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   Force Ouvrière Hebdo n°2752
mercredi 5 avril 2006  

1906 - LE CENTENAIRE DE LA CHARTE D'AMIENS - 2006

Le 13 octobre 1906, IXe congrès de la CGT adopte une «charte» qui se révélera, au fil des ans, une véritable déclaration des droits du syndiqué et du citoyen. Elle proclame hautement que «l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale». Par ces mots la jeune confédération s’affirme en adulte majeur et rejette toutes les tutelles.
Tout au long de l’année 2006, FO Hebdo commémore l’événement en évoquant l’année 1906 dans ses dimensions sociale, économique, politique, internationale et culturelle.

 
 

La vie de la classe ouvrière
PAUVRETÉ ET PRÉCARITÉ GÉNÉRALISÉES

– Cet animal n’est pas méchant: Quand on l’attaque il se défend.
Par Jossot.

Les écrivains Émile Zola et Eugène Sue ont décrit la condition de la classe ouvrière de leur époque: la misère. Une misère qui s’est répandue sur la planète et qui revient en France dans nombre de quartiers et de cités.

Pour les ouvriers du début du XXe siècle, la vie se déroule au jour le jour, sans grandes possibilités de réserves ou d’épargne et, déjà, la crainte de l’insécurité de l’emploi. En 1900, le taux de chômage atteint les 10% et les salaires sont deux fois moins élevés en province qu’à Paris, pour le même travail, ainsi que chez les femmes par rapport aux hommes.

Mieux vaut être métallo à Paris que fileuse à Roubaix. Toutefois, entre 1900 et 1913, les salaires augmentent d’un peu plus de 10%. Mais la vie reste toujours très dure. Une famille ouvrière dépense 62% de son budget rien que pour la nourriture (pain, viande, sucre, café), 15% pour les logements, qui sont en majorité insalubres, que ce soit dans les immeubles du centre, en voie de dégradation, abandonnés par les bourgeois, ou dans les taudis surpeuplés de la banlieue. En 1894 une loi est promulguée pour la construction de logements bon marché, l’ancêtre des HLM, mais très peu ont en fait été construits, déjà!

Le reste du budget familial ouvrier est de 7% pour les vêtements, 5% pour le chauffage et l’éclairage et 10% pour les transports, la santé, l’hygiène et les distractions. Ces dernières sont bien rares avant 1906 et la loi du 13 juillet sur le repos dominical obligatoire.

UNE TROP LENTE AMÉLIORATION

Lors d’une étude sur les héritages faite en 1911, la moyenne française est de 25.000 francs à la succession, alors que les ouvriers ne laissent que 2.000 francs à leurs enfants.

Ainsi la condition ouvrière, pour être meilleure par rapport à celle de la géné-ration des communards, demeure rude. Les travailleurs n’ont pas le sentiment de participer à l’œuvre de progrès, comme veulent les en persuader certains économistes libéraux de l’époque, déjà! D’autant plus que le profit des entreprises a augmenté de 200% entre 1900 et 1913. C’est pourquoi le sentiment de frustration, la prise de conscience plus aiguë des travailleurs, le besoin de justice sociale conduisent les ouvriers à s’organiser et à s’unir pour se défendre, mais aussi pour contester le libéralisme sauvage.

Si le droit de créer des syndicats est reconnu en 1884 dans l’entreprise et l’atelier, les patrons refusent toujours de voir les syndicats ouvriers comme des organes de négociation. Cela entraîne des grèves dures, des lock-out et une répression policière, plongeant les familles dans la précarité, la peur et la pauvreté.

En 1906, les femmes et les moins de 18 ans travaillent 10 heures par jour et les hommes 12 heures, soit près de 60 heures par semaine. Cependant, à la veille de la Première Guerre mondiale, les trois quarts des établissements industriels instaurent la journée de 10 heures. Mais c’est une journée dure, plus dense que par le passé au fur et à mesure que se développent dans les grandes usines les cadences industrielles.

Passé et présent tendent à se rejoindre dans la précarité et la ghettoïsation.

En 2004, 2,4 millions de travailleurs étaient déclarés par l’INSEE comme personnes vivant sous le seuil de pauvreté, contre 1,3 million en 1996. Côté précarité, retour vers le passé également avec le Contrat nouvelles embauches et le Contrat première embauche.


   
Qu’est-ce que la pédagogie?

À chaque fois qu’une réforme se heurte à l’opposition populaire, le même refrain est chanté par le chœur des élites autoproclamées: il faut faire de la pédagogie. Le Contrat première embauche ne passe pas? Faites de la pédagogie! Le référendum a été négatif? Défaut de pédagogie. En apparence, ce sont les dirigeants du pays qui sont visés comme responsables de cette défaillance. En réalité, selon ce discours, c’est le peuple qui n’a pas compris à quel point le plan Juppé de 1995 était bon pour lui; à quel point le CIP de 1994 était bon pour les jeunes; à quel point la réforme des retraites était bonne pour les vieux.

En somme, les pauvres salariés, non informés sur leurs intérêts véritables, auraient besoin d’être conduits vers l’âge adulte de la bonne compréhension des lois de l’économie, des marchés, de la concurrence, ces lois des experts qui prédisent ce qui n’arrive jamais et sont toujours surpris par ce qui arrive vraiment.

S’ils ne comprennent pas, les salariés, c’est que ce sont de grands enfants qu’il faut traiter comme tels quand on est un adulte responsable. C’est d’ailleurs le sens premier et véritable du mot pédagogie, qu’on retrouve dans pédiatre, par exemple. Mais qu’ont donc les grands de ce monde à toujours vouloir prendre les gouvernés pour des enfants? D’où leur vient ce mépris du suffrage universel? Vont-ils un jour imposer un examen de compétence ouvrant l’accès aux urnes? Avec un certificat de moralité, pour faire bonne mesure? Le mieux serait un avis d’imposition sur les grandes fortunes. Ceux qui payent cet impôt (que d’ailleurs ils ne comprennent pas, mais c’est une autre histoire) sont bien ceux qui savent comment marche la société, et donc comment il faut la gouverner. Les autres n’ont qu’à se laisser conduire et à écouter les donneurs de leçons.