g
La France sociale
La France politique
Le monde avant la «Grande Guerre»
La «Belle» époque

 
   Force Ouvrière Hebdo n°2773
mercredi 4 octobre 2006  

1906 - LE CENTENAIRE DE LA CHARTE D'AMIENS - 2006

Le 13 octobre 1906, IXe congrès de la CGT adopte une «charte» qui se révélera, au fil des ans, une véritable déclaration des droits du syndiqué et du citoyen. Elle proclame hautement que «l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale». Par ces mots la jeune confédération s’affirme en adulte majeur et rejette toutes les tutelles.
Tout au long de l’année 2006, FO Hebdo commémore l’événement en évoquant l’année 1906 dans ses dimensions sociale, économique, politique, internationale et culturelle.

 
 

L’artisanat
LE RÈGNE DU PETIT ATELIER

La statistique est imprécise, mais elle révèle un tableau méconnu: en 1906, l’industrie compte en France un million de patrons pour trois millions d’ouvriers.
Aujourd’hui, on parle de PME et l’ancien compagnon est soumis au CNE.

A la fin du XVIIIe siècle, l’atelier de l’artisan urbain bruissait de désirs de libération et d’émancipation. Maîtres, compagnons et apprentis des faubourgs Saint-Antoine, Saint-Denis et Saint-Martin sont partis tous ensemble à l’assaut des bastilles en 1789, renversant la royauté en 1791, boutant l’armée des princes et autres émigrés de Coblence l’année suivante à Valmy. Bref, l’armée des sans-culottes de la Révolution française. Mais chemin faisant, cette aristocratie ouvrière née de la Révolution a été la première à subir les nouvelles lois du capitalisme, comme la loi Le Chapelier (juin 1791), interdisant les sortes de précurseurs des syndicats ouvriers que sont, à l’époque, des regroupements d’artisans compagnons.

En 1906, dans l’industrie, il y avait environ un million d’employeurs pour trois millions d’ouvriers, preuve statistique de la prédominance du petit atelier. C’est surtout dans le domaine du travail des métaux que se maintenaient des traditions artisanales grâce à une spécialisation très poussée: ferronniers, ferblantiers, maréchaux-ferrant, zingueurs, rétameurs… Mais il y avait aussi des niches géographiques comme les horlogers du jura, les tonneliers des régions viticoles, les artisans du luxe à Paris. Sachant que les statistiques de 1906 ne sont guère précises: 4 millions d’ouvriers dont 2,6 millions de travailleurs isolés; sans établir un classement socioprofessionnel rigoureux entre ouvriers et artisans, entre salariés et petits patrons.

LA NOUVELLE EXPLOITATION

Si une chose n’a guère bougé dans cette catégorie professionnelle, c’est la structure de l’entreprise: le mari aux commandes, l’épouse à la caisse ou à la comptabilité et le fiston comme commis et/ou apprenti. Quand l’héritier refuse ce bagne familial pour un désir d’ascenseur social, on trouve un gamin du village ou du quartier, voire un neveu ou un cousin.

Quoi qu’il en soit ce trio de base ne compte pas ses heures et souvent, seul le «patron» gagne lui-même de l’argent.

Aujourd’hui, 383 activités artisanales sont répertoriées par les ministères compétents, soit 800.000 entreprises employant 1,7 million de personnes.

Quatre-vingt-dix pour cent des chefs d’entreprises artisanales sont des hommes ayant entre 40 et 65 ans. Quarante-quatre pour cent sont dans le secteur du bâtiment: plombier, charpentier, maçon, électricien… Dix pour cent sont dans l’alimentation: boulanger, charcutier, boucher, traiteur… Cinq pour cent dans le travail des métaux, l’ancienne aristocratie de l’artisanat du début du XXe siècle, qui ne représente plus grand-chose désormais.

L’ancien atelier révolutionnaire des faubourgs parisiens est devenu une PME de moins de vingt salariés, où le Contrat nouvelles embauches permet au patron de virer son salarié sans lui exposer le moindre motif.


   
Qu’est-ce que la société civile?

Voulez-vous dénoncer la République? Lancez contre elle la société civile! Personne ne sait ce que c’est? Tant mieux! Pourtant, ce terme ancien recouvre quelque chose de simple. Il y a d’un côté l’intérêt général de la nation et, de l’autre, tous les intérêts particuliers de ceux qui la composent: individus, groupes, compagnies, associations, sociétés anonymes, etc.

L’intérêt général du pays est normalement défini par le peuple au moyen du suffrage universel et s’incarne théoriquement dans les pouvoirs définis dans la Constitution de la République. Ainsi, les intérêts particuliers qui s’expriment, s’opposent et s’agitent dans la société civile sont-ils censés se concilier dans l’intérêt général et se transformer en un tout cohérent.

Un des premiers et des meilleurs exemples de cet idéal a été la nationalisation des biens du clergé au cours de la Révolution. L’intérêt général, celui de la nation, s’est opposé à un intérêt particulier, celui de l’Église catholique. La volonté de cette Église, certes d’une puissance quasi hégémonique dans son domaine, s’est révélée inférieure à la volonté du peuple.

Depuis, l’idéal a subi bien des déconvenues et l’État a pris un pli constant, celui de défendre une catégorie des citoyens plutôt qu’une autre, les possédants plutôt que les prolétaires. Mais cela s’est fait en ménageant des compromis, notamment ceux qui se sont établis à la faveur de la lutte des classes. Le Code du travail, l’école publique, les services publics sont les produits les plus éminents de ces progrès.

Aujourd’hui, les classes possédantes veulent remettre en cause ces compromis. Elles considèrent que tout cela est trop coûteux. Alors, elles veulent «moins d’État». Elles affirment que l’État ne défend que lui-même et ses prérogatives et opprime la société civile. Le seul inconvénient de cette théorie où la société civile serait le peuple, c’est que cette société civile prétendument plus démocratique ne s’affranchit que d’une règle, celle du… suffrage universel.