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Le monde avant la «Grande Guerre»
La «Belle» époque

 
   Force Ouvrière Hebdo n°2779
mercredi 15 novembre 2006  

1906 - LE CENTENAIRE DE LA CHARTE D'AMIENS - 2006

Le 13 octobre 1906, IXe congrès de la CGT adopte une «charte» qui se révélera, au fil des ans, une véritable déclaration des droits du syndiqué et du citoyen. Elle proclame hautement que «l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale». Par ces mots la jeune confédération s’affirme en adulte majeur et rejette toutes les tutelles.
Tout au long de l’année 2006, FO Hebdo commémore l’événement en évoquant l’année 1906 dans ses dimensions sociale, économique, politique, internationale et culturelle.

 
 

Le combat pour la liberté
L'ASSOCIATION DES MISSIONS LAÏQUES FRANÇAISES

Le lycée français d’Alexandrie en Égypte, vers 1920

Les années 1905 et 1906 voient la réalisation de la séparation des Églises et de l’État. À travers l’enseignement, ses concepteurs veulent répandre l’idée dans le monde entier. De nos jours, les gouvernements marquent leur préférence relative pour les écoles privées, souvent confessionnelles.

ille neuf cent six marque véritablement la reconnaissance et le développement des Missions laïques françaises dans les colonies et de par le monde. Stéphen Pichon, ministre des Affaires étrangères de l’époque, subventionne pour la première fois les Missions laïques. Ces dernières en profitent pour ouvrir leur première école, à Salonique. Pourquoi?Salonique??Cette ville, encore sous le joug ottoman, est une ville cosmopolite où se croisent Juifs, Turcs, Slaves et Grecs. Par ailleurs, elle est le berceau du mouvement ouvrier et socialiste de toute la région. Enfin, les Jésuites y avaient déjà deux écoles.

Ce n’est donc pas un hasard si l’Association, fondée en 1902, prend le nom de mission en y accolant l’adjectif «laïque». C’est un pied de nez à l’Église et une volonté affirmée de faire de la concurrence aux écoles congréganistes sur toute la planète. Dans ses statuts, on peut lire: «La Mission laïque française s’engage à diffuser dans le monde l’enseignement laïque porteur des idées et des principes de la France républicaine.» À la veille de la Grande Guerre, la Mission est présente en Grèce, en Égypte, au Liban, en Belgique, au Maroc et même en Italie. Dans?l’entre-deux-guerres, elle s’étend à l’Iran, à la Syrie, au Viêt-Nam et au Japon.

20 000 ÉLÈVES, TRENTE PAYS

Ténor du Parti radical, maire de Lyon, président du Conseil en 1931, Édouard Herriot en sera le vice-président, puis le président de 1914 à 1954. Il fut l’un des rares à ne pas voter les pleins pouvoirs à Pétain. La Mission est dissoute en 1940. Elle ne survit qu’en Égypte, sous la protection de la France libre et du gouvernement égyptien.

Aujourd’hui, la Mission laïque scolarise plus de 20 000 élèves dans une trentaine de pays. Elle renaît de ses cendres au Liban, s’implante en Espagne, aux États-Unis, en Croatie, en Bosnie et même au Kosovo. Mais elle doit faire face à une nouvelle concurrence: la multiplication des écoles privées anglo-saxonnes et la désaffection pour le français, largement supplanté par l’anglais et talonné de près par l’allemand et même l’espagnol. Berlin et Madrid n’hésitent pas à financer leurs projets, alors qu’en France l’enseignement laïque s’appauvrit jour après jour. Depuis des décennies, les gouvernements?subventionnent toujours plus les écoles privées confessionnelles, bafouant ouvertement ou subrepticement les principes de 1905. Quant à la loi sur le voile, elle a été si mal ficelée qu’elle ne constitue guère un rempart sérieux contre le retour des signes d’appartenance et de soumission des élèves aux communautés religieuses. Autant de dérives qui semblent survenir de nos jours comme pour montrer l’actualité de la Mission laïque.


   
Qu’est-ce qu’un clergé?

Depuis bien longtemps et partout dans le monde, s’il est un clergé efficace, c’est bien celui de l’Église catholique. Toute une hiérarchie de cardinaux, d’évêques, d’archevêques, de curés, d’abbesses, de prêtres, de chanoines, etc., soumis à une seule autorité, celle du pape. Cette organisation quasi militaire, ce qui est normal pour l’«Église militante», a servi de modèle à bien des dictateurs, au moins pour les signes extérieurs de l’adoration du Sauveur suprême.

Et les autres religions? Même sans chef infaillible, elles ont chacune un clergé, une troupe de fidèles serviteurs veillant sur le troupeau des fidèles. Mais, souvent, les observateurs superficiels jugent que cet encadrement ne constitue pas un vrai clergé. Cela montre, au passage, que, pour ces observateurs anciens et nouveaux, ce qui ne ressemble pas à la référence urbi et orbi... n’existe pas.

Cependant, partout où exerce un pasteur, un rabbin, un bonze, un imam, un pope, ou un gourou, existe un clergé. Un groupe d’hommes ou de femmes plus ou moins coordonnés entre eux, qui excipent de la connaissance de textes sacrés, d’expériences mystiques ou mystérieuses pour exercer un magistère sur des croyants. Une domination, diront les libres-penseurs.

Quand ces influences s’exercent dans le domaine privé, quand l’individu est libre d’adhérer ou de se désaffilier à tout moment, la puissance des clergés se réduit à la confiance qu’ils inspirent. Ce qui explique que, souvent, ils cherchent des appuis auprès des pouvoirs publics... Pour ce qui est des individus, après tout, chacun est bien libre de respecter et de croire les vérités qui lui plaisent ou qu’il ressent comme nécessaires.

Le problème, la tragédie parfois, advient quand les clercs prétendent, au nom de leur foi, imposer leurs règles de vie à toute une population. Vous êtes né ici ou de tels parents: vous êtes obligatoirement soumis à telle confession, membre de telle communauté. Et tout le réseau clérical se soude pour que personne n’échappe à ce destin. C’était la règle dans l’Ancien Régime et c’est l’idéal de bien des idéologues modernes, qui veulent oublier que c’est pour s’en émanciper que les philosophes ont dû combattre les clercs pour répandre les Lumières.