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   Force Ouvrière Hebdo n°2762
mercredi 14 juin 2006  

1906 - LE CENTENAIRE DE LA CHARTE D'AMIENS - 2006

Le 13 octobre 1906, IXe congrès de la CGT adopte une «charte» qui se révélera, au fil des ans, une véritable déclaration des droits du syndiqué et du citoyen. Elle proclame hautement que «l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale». Par ces mots la jeune confédération s’affirme en adulte majeur et rejette toutes les tutelles.
Tout au long de l’année 2006, FO Hebdo commémore l’événement en évoquant l’année 1906 dans ses dimensions sociale, économique, politique, internationale et culturelle.

 
 

Sport, santé, argent
LE TOUR DE FRANCE SE MODERNISE

La petite reine est, depuis longtemps, gangrenée par le dopage aux sommets de ses ompétitions. C’est que ces événements sont les plus retransmis sur les télés dans le monde, avec les Jeux olympiques d’été. Une énorme pression financière s’exerce, à tous les... maillons des épreuves.

Le premier Tour de France a lieu du 1er au 19 juillet 1903. Il va rapidement devenir la plus grande course cycliste du monde. La première boucle est encore très primitive: six étapes sur 2.400 kilomètres. Le vainqueur, Maurice Garin, empoche 6.000 francs et le total des primes est de 20.000 francs. Sur 60 participants, seuls 21 terminent le Tour. La moyenne était de 26 km/heure.

En 1906, le Tour se modernise: treize étapes sur 4.500 kilomètres. La moyenne est de 24 km/heure et le total des primes atteint 25 000 francs. Sur 75 participants, 14 arrivent au bout. C’est le grimpeur René Pottier qui gagne cette boucle. Il a remporté cinq étapes dont quatre de montagne. Dans les Vosges, il fait une échappée solitaire de 220 kilomètres et arrive avec 48 minutes d’avance à Dijon. Mais déjà, pour cette troisième édition, l’ombre des tricheurs se profile. Il ne s’agit pas encore de dopage. Trois coureurs sont exclus pour avoir… pris le train lors de l’étape de Dijon.

En 2000, les choses changent. Armstrong gagne, comment? Les doutes planent. Il y avait 21 étapes sur 3.700 kilomètres et 199 participants. Moyenne du Tour: 40 km/heure! Total des primes 15 millions de francs et 2,2 millions pour le vainqueur! Nous sommes loin des forçats de la route décrits par le grand journaliste Albert Londres.

LES FORÇATS DE LA CHIMIE

Sur le site officiel du Tour de France, après 2000, il n’y a plus de chiffres sur la moyenne. Pudeur devant des chiffres mirobolants? Inquiétants surtout, depuis les scandales du Tour 1998, l’affaire Festina et aujourd’hui l’affaire Armstrong.

Le dopage sur le Tour remonte aux années 50 et s’est généralisé dans les années 60. Des coureurs en exercice, comme Anquetil ou Geminiani, n’hésitaient pas à déclarer ouvertement qu’ils prenaient des «fortifiants». Mais après, le Tour a brassé tellement d’argent que le silence s’est installé. Et les coureurs meurent de plus en plus jeune, Anquetil, Tom Simson, Pantani… Poulidor, lui, n’a jamais gagné le Tour mais il a toujours bon pied bon œil. Lors du Tour 2005, les Français n’ont pas brillé. Et pour cause, les contrôles antidopage sont plus sévères en France.

Aujourd’hui, l’AMA (Agence mondiale antidopage) tente de multiplier les contrôles dans le cyclisme, mais aussi dans l’athlétisme, le football, l’haltérophilie… Depuis 2003, l’UNESCO participe à ce combat et prépare une convention internationale et contraignante. Seul problème, en aura-t-elle les moyens financiers?

C’est qu’il en faut, car les scientifiques tricheurs ont toujours une longueur d’avance sur les médecins contrôleurs.


   
Qu’est-ce que le «burn out»?

Le travail vous fatigue? Après votre journée de travail, vous sentez votre corps et votre esprit aussi à plat que si vous aviez fait le Tour de France? Ne cherchez pas: vous êtes atteint de «burn out», d’épuisement professionnel. C’est aux États-Unis, le pays où Ford inventa le travail à la chaîne, qu’est né ce terme dont le sens littéral s’approche de «complètement brûlé». Bref, au boulot, vous avez brûlé la chandelle par les deux bouts.

Rassurez-vous cependant, vous n’êtes pas au bout du chemin. Au Japon, toujours en avance, ou en retard selon le point de vue, ce qui guette le travailleur est à une autre échelle. C’est le «kaloshi», la mort par fatigue excessive au travail. L’Agence France-Presse a publié, le 1er juin, cette nouvelle qui éclaire d’un jour cru ce qu’on appelle la société des loisirs: «Un nombre record de trois cent trente Japonais sont morts ou sont tombés gravement malades à cause du surmenage au cours de l’année 2005-2006 (avril-mars), tandis que le nombre de suicides a dépassé les trente mille pour la huitième année consécutive.» Les décès des travailleurs qui se sont officiellement tués à la tâche sont principalement dus à des suicides ou à des crises cardiaques.

Un spécialiste de la question, cité par l’AFP, considère que le recours toujours plus fréquent aux travailleurs temporaires entraîne une pression accrue sur les employés à plein temps, qui se sentent obligés de passer plus d’heures au bureau pour éviter de perdre leur place.

Ambiance… Hors de l’entreprise, la vie n’est guère plus engageante: le Japon détient le record du taux de suicides dans le monde industrialisé, 24,1 pour 100.000 habitants, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Et pendant ce temps-là, des «réformes» continuent de se concocter pour adapter le Code du travail aux exigences de la concurrence et de la flexibilité du marché. Visiblement, ces adaptations prendront fin quand la flexibilité des uns se traduira par la rigidité cadavérique des autres.