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La «Belle» époque
La France sociale
La France politique
Le monde avant la «Grande Guerre»

 
   Force Ouvrière Hebdo n°2769
mercredi 6 septembre 2006  

1906 - LE CENTENAIRE DE LA CHARTE D'AMIENS - 2006

Le 13 octobre 1906, IXe congrès de la CGT adopte une «charte» qui se révélera, au fil des ans, une véritable déclaration des droits du syndiqué et du citoyen. Elle proclame hautement que «l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale». Par ces mots la jeune confédération s’affirme en adulte majeur et rejette toutes les tutelles.
Tout au long de l’année 2006, FO Hebdo commémore l’événement en évoquant l’année 1906 dans ses dimensions sociale, économique, politique, internationale et culturelle.

 
 

La littérature française
L’AVANT-GARDE CONTRE LES NATIONALISTES

Maurice Barrès, subtil philosophe.

C’est avant la Grande Guerre que se focalise la bataille des lettres françaises entre des «anciens», très réactionnaires et des «modernes», plutôt démocrates. Aujourd’hui, une partie du marché littéraire se tourne vers une gigantesque braderie commerciale.

Le 25 janvier 1906, le nationaliste-traditionaliste Maurice Barrès (1862-1923), chantre du militarisme français contre l’ennemi prussien, est élu à l’Académie française. Cette année-là coïncide avec la montée de «l’avant-garde esthétique», qui rejette catégoriquement le nationalisme.

Cette avant-garde s’oppose ouvertement au crypto-royaliste Barrès, au préfasciste Charles Maurras (1868-1952) et au catholique traditionaliste Paul Bourget (1852-1935). Barrès sera, après la Première Guerre mondiale, le porte-parole de certains poilus tentés par l’aventure autoritaire, les futures Croix-de-Feu et autres ligues factieuses. Maurras, élu à l’Académie française en 1938, sera proche du pétainisme tout en ayant l’intelligence d’éviter la collaboration ouverte, non par répulsion du fascisme, mais par nationalisme antiallemand. En 1906, il publie un pamphlet: «Le dilemme de Marc Sangnier». Il y dénonce le précurseur du catholicisme social et de la démocratie chrétienne. Quant à Paul Bourget, on pourrait aujourd’hui le qualifier de catholique intégriste, à la manière des émules de l’Helvète monseigneur Lebfèvre. Bourget, lui aussi, a été élu à l’Académie française dès 1894. Bref, une Académie qui ne brillait guère par ses penchants démocratiques.

LA CONTRE-OFFENSIVE DE LA NRF

1906 est aussi l’année où deux écrivains ne s’occupant pas de politique (J.-H. Aubry et Charles Turquet) s’amusent à publier des nouvelles sur les Martiens, posant les premières pierres de la littérature contemporaine de science-fiction.

Mais le fait important de ce début de XXe siècle, c’est l’émergence de cette «avant-garde», qui réunira les plus grandes plumes de la littérature française contemporaine. Une réédition du combat des Modernes et des Anciens. Les écrivains André Gide (1869-1951), Marcel Proust (1871-1922), André Suarès (1868-1948) et le critique littéraire Albert Thibaudet (1874-1936) font front contre les écrivains nationalistes. Ils seront soutenus par le banquier Gallimard et vont créer la NRF (Nouvelle revue française), qui sera le fer de lance de leur combat.

En 1906, Gide publie Amyntas chez Mercure de France et participe en novembre 1908 à la fondation de la NRF avec Marcel Drouin, Jacques Copeau (directeur de la revue de 1912 à 1914), Henri Ghéon, André Ruyters, Jean Schlumberger, Romain Rolland et même le catholique Paul Claudel, qui tentera en vain de convertir André Gide! La NRF reprendra ses activités en juin 1919, s’arrêtera en juin 1940 pour ressusciter en 1953.

Aujourd’hui, la littérature, bonne ou mauvaise, est devenue un produit beaucoup plus marchand, qui se vend certes encore en librairie, mais également de plus en plus dans les hypermarchés, entre les poireaux et les casseroles. Est-ce pour alimenter les gondoles? La rentrée littéraire, qui a lieu en septembre, est une véritable foire où près de sept cents romans sortent en même temps.


   
Qu’est-ce que la culture?

C’est comme la confiture, la culture: moins on en a, plus on l’étale. Un bon dicton assassin pour les fats, les cuistres et autres suffisants, qui croient pouvoir se distinguer du commun des mortels en affichant leur science, souvent imaginaire. Ces beaux parleurs qui prétendent tirer parti de leur savoir pour revendiquer une supériorité intellectuelle sur ceux qu’ils considèrent comme des ignorants, des incultes incapables de briller par le discours.

Voilà bien de ces subterfuges par lesquels une élite, parfois réellement cultivée d’ailleurs, justifie la domination qu’elle croit devoir exercer sur le reste de la société, considéré comme étranger aux connaissances élevées, inaccessibles.

À ce peuple exploité, ces dirigeants idéologiques réservent une sous-culture. Donner Mozart ou Aristote aux banlieues, ce serait donner de la… confiture aux cochons! Restauration rapide, télé-réalité, chansons en tubes à jeter après usage, magazines «people» pour emballer la marchandise: décervelage et matraquage sont les deux mamelles de la France soumise dont rêvent nos aristocrates de la pensée.

Ainsi la culture peut-elle se dresser comme un mur d’incompréhension.

Mais la culture, c’est aussi – c’est surtout – la connaissance et le plaisir de l’intelligence et des arts. Des valeurs d’autant plus inestimables qu’elles seront partagées par le plus grand nombre. Longtemps, la République a pu s’enorgueillir de répandre dans toutes les couches de la société ces acquis de la civilisation. C’est fini, depuis que les gouvernements considèrent que tout cela coûte trop cher, que l’économie a des lois que la culture doit appliquer, auxquelles elle doit se soumettre. L’intelligence du savoir, l’émotion esthétique, ce sont des luxes dans nos économies de boutiquiers.