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   Force Ouvrière Hebdo n°2777
mercredi 1 novembre 2006  

1906 - LE CENTENAIRE DE LA CHARTE D'AMIENS - 2006

Le 13 octobre 1906, IXe congrès de la CGT adopte une «charte» qui se révélera, au fil des ans, une véritable déclaration des droits du syndiqué et du citoyen. Elle proclame hautement que «l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale». Par ces mots la jeune confédération s’affirme en adulte majeur et rejette toutes les tutelles.
Tout au long de l’année 2006, FO Hebdo commémore l’événement en évoquant l’année 1906 dans ses dimensions sociale, économique, politique, internationale et culturelle.

 
 

La découverte de la radioactivité
L'ÉPOPÉE SCIENTIFIQUE DES CURIE

Les époux les plus célèbres de la physique théorique étudiaient dans des conditions matérielles déplorables.
Un siècle plus tard, les laboratoires français sont toujours aussi pauvres.

Marie Curie est née Maria Sklodowska en novembre 1867 dans une Varsovie sous occupation russe. Son père était professeur de mathématiques et de physique. Sa fille suivra sa voie. Elle obtient son bac à 16 ans. Fait rare chez les Polonais, surtout à l’époque, elle n’est pas croyante, est patriote mais pacifiste. L’université étant fermée aux femmes, elle rejoint sa sœur à Paris en 1891 et elle obtient une licence de physique et une autre de maths. Elle rencontre un chercheur libre-penseur, Pierre Curie (1859-1906), avec qui elle se marie en 1895 et aura deux filles (Irène et Ève). En 1897, elle commence sa thèse sous la direction d’Henri Becquerel qui travaille sur les rayons X. L’année suivante, elle découvre la radioactivité du thorium, du polonium et du radium. Elle poursuit ses recherches avec Pierre dans un hangar misérable où il ne fait que 6°C l’hiver. Les époux refusent de breveter leurs inventions pour permettre aux autres chercheurs de travailler librement.

Ils lancent la curiethérapie qui soigne les tumeurs malignes par le radium. En 1903, Becquerel et les Curie reçoivent le prix Nobel de physique pour leur découverte de la radioactivité naturelle.

LES MISÈRES DES LABORATOIRES

Affaibli physiquement et perdu dans ses pensées, Pierre est écrasé par un fiacre et décède le 19 avril 1906. Marie va lui succéder à la chaire de physique de la Sorbonne le 5 novembre 1906, devenant ainsi la première femme professeur d’université en France. Mais à cause de la xénophobie et du sexisme ambiants, elle ne pourra entrer à l’Académie des sciences.

En 1911, elle reçoit le prix Nobel de chimie pour avoir déterminé le poids atomique du radium. Durant la Grande Guerre, elle met au point des voitures radiologiques pour les blessés et forme cent cinquante radiologues. En 1918, elle dirige l’Institut du radium où l’on commence les premiers traitements contre le cancer.

En janvier 1934, sa fille Irène et son mari Frédéric Joliot découvrent la radio-activité artificielle (nobélisés en 1935), à l’origine de l’énergie nucléaire et de la bombe atomique. Sept mois plus tard, Marie meurt d’une leucémie pour avoir trop manié de radium.

Aujourd’hui, l’Institut Curie c’est 1.300 chercheurs et 70.000 consultations par an. Si ce n’est plus le hangar des Curie, ce n’en est pas moins une misère moderne. Les étudiants, faute d’emploi, partent à l’étranger. Les budgets publics de fonctionnement sont si bas que l’Institut doit faire appel à la générosité populaire et, au printemps dernier, en est arrivé à vendre des jonquilles devant le Panthéon. En févier 2005, tous les directeurs de laboratoire ont

remis leur démission. Durant les manifestations de février-mars, tout le personnel, des secrétaires aux étudiants, des paillassiers aux mandarins, a participé aux manifestations contre la mort lente de la recherche publique française.


   
Qu’est-ce que la recherche?

Que recherchent donc les savants, les scientifiques, les chercheurs, tous ceux qui hantent les laboratoires longtemps, bien longtemps après avoir terminé leurs études? Pour des salaires ridiculement bas, si on les compare à ceux des ignorants célèbres qui hantent les écrans de télévision, ils passent leurs jours et leurs nuits à essayer de comprendre les secrets du monde qui nous entoure. À découvrir que les choses qu’on croyait les plus simples sont les plus mystérieuses. Que la Terre est ronde alors que l’observation simple montre chaque jour le contraire. Que les courants électriques existent et qu’on peut les maîtriser, alors que personne ne les a jamais vus.

C’est qu’ils s’occupent de ce qui n’existe pas nos chercheurs, de ce qui n’existe pas encore. Comme Louis de Broglie travaillant sur la mécanique ondulatoire, sur la lumière et mettant au... jour, dans les années 1920-1930, les phénomènes grâce auxquels les rayons laser nous servent aujourd’hui à écouter de la musique, à voir des films et à mille autre choses encore.

Cependant, aujourd’hui, les pouvoirs publics, censés encourager la recherche, chargés qu’ils sont de veiller à l’avenir, se désintéressent de la recherche et préfèrent se pencher sur le très court terme: les élections et la maîtrise des déficits publics. Or ce qui s’étudie dans les laboratoires ne sera visible que dans plusieurs années. Or ces travaux coûtent cher, très cher, quand sont à l’ordre du jour les critères de la Banque centrale européenne.

Cependant, il faut bien afficher son souci pour la culture, pour l’avenir de l’humanité et de la planète. Alors les gouvernements ont décidé qu’il fallait que les universités et les organismes de la recherche publique s’allient à l’industrie. Coup double: la recherche sera financée, ce qui fait bien dans le tableau, et les entreprises trouveront des procédés nouveaux pour valoriser leurs produits, en partie aux frais du contribuable. Pour le citoyen, c’est un coup de Jarnac. La recherche scientifique se mue en recherche du profit.