Economie

45% des joueurs de football professionnels gagnent moins de 960 € par mois

, Nadia Djabali

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InFOgraphie de F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Rémunérations modestes, clauses abusives dans les contrats, discrimination. La Fifpro a remis les points sur les i en publiant une vaste étude sur le football mondial. Et l’image que s’en fait le grand public est loin de la réalité rencontrée sur les terrains.

L’univers du ballon rond est actuellement agité par des scandales de toutes natures. Dernier en date, l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev, propriétaire et président de l’AS Monaco depuis 2011 a acheté via un fond d’investissement immatriculé à Chypre, des morceaux de joueurs, dont certains évoluant dans son club.

Moins grave mais mettant en jeu des sommes démesurées, d’après le Dailymail, le gouvernement chinois, qui souhaite mettre un coup de projecteur sur la Chinese Super League, aurait mis sur la table 120 millions d’euros pour appâter Zlatan Ibrahimovic, actuellement en club à Manchester. Salaire proposé : 67 millions d’euros par an. Zlatan aurait décliné l’offre chinoise.

Le monde du football professionnel est souvent décrit par ses rémunérations mirobolantes et ses conditions d’emploi dignes du star système. Au top : Lionel Messi (Barça) avec 65 millions d’euros annuel, suivi de Cristiano Ronaldo (Real Madrid) et ses 54 millions d’euros. Neymar touche quant à lui 36,5 millions et Thiago Silva (PSG), 27,5 millions.

Pourtant, ces salaires colossaux dissimulent une réalité moins glorieuse tant en termes de rémunérations qu’en terme de conditions de travail pour une grande partie de la profession. C’est ce que révèle une vaste enquête commandée par la FIFPro, le syndicat mondial des joueurs de foot.

Des conditions très disparates

La FIFPro a interrogé via des questionnaires près de 14 000 joueurs en poste dans 54 pays et 87 ligues en Europe, en Afrique et en Amérique du nord et du sud. Résultat : un secteur très fragmenté qui comporte des disparités de traitements selon les pays mais également au sein de mêmes clubs.

La FIFPro distingue trois niveaux. Le top niveau est formé par une élite mondiale de joueurs dont les talents font l’objet d’âpres négociations entre les clubs les plus réputés. Ces joueurs se voient offrir des salaires démesurés et les conditions de travail qui vont avec. Ces footballeurs jouent principalement dans les cinq grandes ligues européennes (Premier League, Bundesliga, La Liga, Serie A, Ligue 1) ainsi que dans les ligues émergentes.

Le deuxième niveau comprend un grand nombre de joueurs professionnels en contrat dans des clubs offrant des conditions d’emploi moins importantes que le top niveau. Mais ces conditions demeurent décentes. Les clubs se situant en Scandinavie, en Australie, aux États-Unis et en Amérique du Sud, ainsi que dans les deuxièmes divisions des pays où le football rempli les stades.

Clauses abusives

Le troisième rang représente la majorité des joueurs. Ils font face à des conditions précaires d’emploi, et à des contrats aux nombreuses clauses abusives. Des conditions que l’on trouve en Europe de l’Est, en Afrique et certains pays d’Amérique latine.

Les joueurs au top niveau de l’étude sont les moins nombreux. C’est pourtant leur niveau de rémunération qui est considéré par tout un chacun comme la norme dans le milieu. Ce qui est loin d’être le cas. Les résultats les plus importants de l’étude faisant état d’une réalité faite d’incertitudes, de salaires modestes et de carrières remarquablement courtes pour la grande majorité des joueurs professionnels.

Moins le salaire est élevé, plus il est versé en retard

Ainsi, moins de 2 % des joueurs gagnent plus de 690 000 € (720 000 $ US) par an tandis que plus de 45% gagnent moins de 957 euros par mois (1000 $ US). 41% des joueurs constatent des retards de paiement et moins leur salaire est élevé et plus le phénomène est courant. Une situation aggravée par la faiblesse des normes réglementaires au sein de l’activité ; par le manque de surveillance du marché du travail au niveau national ; et par la non viabilité économique de nombreux clubs et ligues.

La durée moyenne d’un contrat pour un joueur est de deux ans. Contrairement à toute autre industrie, le système de transfert incite les clubs à considérer les joueurs comme des employés et comme des actifs. Les clubs cherchent souvent à gagner un revenu en vendant leurs joueurs avant l’échéance du contrat afin de percevoir des honoraires. La majorité des joueurs subissent donc une pression constante pour étendre et maximiser leur carrière. 72% des personnes questionnées ne sont pas allés au-delà du lycée et 10% au-delà de l’école primaire.

Un recours aux contrats des droit à l’image pour réduire le montant des cotisations sociales

29% des joueurs ont changé de club contre leur volonté. En moyenne, 8% des joueurs n’ont pas de contrat écrit avec leur club. Dans certains pays, les contrats secondaires qui couvrent généralement la rémunération pour l’utilisation des droits à l’image sont fréquemment signés par les clubs et les joueurs. Le recours à ces contrats peut être un moyen pour les clubs de réduire le montant des cotisations sociales ou des impôts. Ces contrats secondaires sont par ailleurs des documents plus difficiles à faire valoir devant un tribunal en cas de différend avec le club.

9% de joueurs sont victimes de violence, 8% de discrimination et 16% de harcèlement. Par ailleurs, 6,6% des joueurs témoignent avoir été approchés pour truquer un match, le chiffre grimpant à 11% pour ceux qui ont passé 33 ans.

Didier Drogba, président d’honneur de la division Afrique de la FIFPro, s’est récemment indigné des conditions réservées aux joueurs africains. Plus de 85 % des footballeurs professionnels de République démocratique du Congo n’ont pas de contrats écrits et gagnent entre 287 € et 574 €. Et 57% des joueurs congolais n’ont aucun jour de pause dans la semaine.

En France, la situation des footballeurs est tout de même meilleure. Seulement 2,7% des joueurs sont payés moins de 957 euros par mois (contre 45% dans le monde). 10 % des joueurs de la Ligue 1 gagnent plus de 690 000 € mensuels (contre 2% dans le monde).