L’Éditorial de Jean-Claude Mailly

« Plus on est fort, plus on pèse et plus on pèse, plus on est fort »

, Jean-Claude Mailly

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Nous le savons toutes et tous : dans les périodes de crise profonde, ce qui est actuellement le cas sur le plan international, européen et national, les mobilisations de caractère interprofessionnel sont difficiles, ce constat ne s’appliquant pas aux situations locales ou sectorielles. Ajoutons, pour la France, que le conflit de 2010 sur les retraites, conflit fort mais qui n’a pas bloqué la contre-réforme [1], a pesé et pèse encore dans les esprits.

Depuis, les problèmes d’emploi et de pouvoir d’achat se sont aggravés et entamer un conflit long n’est pas évident. Face à une telle situation, il arrive également que les travailleurs, si l’occasion se présente, utilisent leur bulletin de vote en tant que citoyens, y compris par l’abstention, pour marquer leur mécontentement.

Dans ce cadre, un écueil est à proscrire et deux directions s’imposent.

L’écueil serait de baisser les bras et d’accompagner la logique économique et sociale mise en œuvre par les gouvernements. Ce serait une forme d’association à la crise et d’institutionnalisation du syndicalisme, contraires à la liberté et à l’indépendance syndicales et pénalisantes pour les salariés. Cet accompagnement c’est, par exemple, accepter le principe des baisses de salaires et de la mobilité forcée (cf. ANI de 2013) ou valider les 54 milliards de réduction de dépenses publiques et sociales avec le pacte de responsabilité, dont une étude confirme le caractère récessif.

N’oublions pas, en effet, qu’en France comme ailleurs le libéralisme économique s’accompagne d’autoritarisme social.

Ce n’est pas et ce ne sera jamais le choix de Force Ouvrière.

Nous nous déterminons, au-delà et en fonction de nos positions et analyses de fond, sur les questions à traiter. Quand nous sommes d’accord, nous assumons notre position (exemple : sur la convention d’assurance-chômage), quand nous ne le sommes pas nous le faisons savoir avec la même détermination.

C’est notre liberté de comportement et, comme je le dis souvent, un syndicat qui dit toujours oui, comme un syndicat qui dit toujours non, ce n’est pas normal. Dans ce cadre, les deux directions complémentaires qui s’imposent sont :

Garder la tête haute et maintenir nos positions et revendications générales et particulières. Un exemple : nous revendiquons la remise en place, compte tenu de l’augmentation du chômage des seniors, de mécanismes de cessation anticipée d’activité et la réactivation de l’AER.
Les gouvernements refusent pour des raisons financières. Mais ces mécanismes existent encore, sauf qu’ils sont supportés par les entreprises (quand elles en ont les moyens), par l’assurance-vieillesse (pour les carrières longues), ou par l’assurance-chômage pour les ruptures conventionnelles.
Le désengagement de l’État, donc de la solidarité nationale, est transféré de manière inégalitaire sur le travail.
Garder notre comportement et nos positions, c’est une garantie pour les travailleurs et un espoir pour une sortie de crise. Quand on milite on sait qu’on peut changer le cours des choses.

Accélérer notre développement par l’accroissement du nombre de syndiqués là où l’on est présent et par de nouvelles implantations. Les initiatives se multiplient localement et nationalement avec des résultats. Il convient de les généraliser et de les amplifier.
La présence sur le terrain, au plus près des salariés, est une condition de ces réussites.
Il ne s’agit pas de se substituer aux syndicats, mais de les appuyer et de répondre à leurs besoins.
Plus on est fort, plus on pèse et plus on pèse, plus on est fort.
C’est une évidence, mais on la mesure tous les jours dans les entreprises comme dans les administrations.

Allier la liberté, l’indépendance et la détermination, c’est notre marque de fabrique.

Notes

[1Sans revenir ici sur les conditions du conflit.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Éphéméride

19 janvier 1949

Crise à la Fédération syndicale mondiale
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement syndical mondial ressent le besoin de fonder une organisation internationale, la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). Mais cette organisation unie ne survivra pas à la guerre froide. Face au noyautage communiste, de nombreux syndicats décident de (...)

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement syndical mondial ressent le besoin de fonder une organisation internationale, la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). Mais cette organisation unie ne survivra pas à la guerre froide. Face au noyautage communiste, de nombreux syndicats décident de créer la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL).

Le 24 octobre 1945, la FSM est fondée à Paris sous l’impulsion des Trade Unions britanniques, du Congress of Industrial Organizations (CIO) américain et des syndicats soviétiques. Son premier président en est l’ancien confédéré Louis Saillant, qui anime une tendance"centriste"entre Jouhaux et Frachon dans la CGT en 1946-1949. La FSM réunit la vieille Internationale d’Amsterdam créée en 1901 et l’Internationale Syndicale Rouge, fondéeà Moscou en 1921.
Nous sommes encore dans l’atmosphère de l’entente entre alliés, vainqueurs des nazis. La FSM obtient donc un droit consultatif au sein du comité permanent du conseil économique et social de l’ONU. Dès 1946, avec les prodromes de la Guerre froide, trois tendances se dessinent au sein de la FSM : les communistes (syndicats russes, syndicats des pays en voie de satellisation et la majorité de la CGT), les travaillistes (syndicats anglais, scandinaves, suisses et du Bénélux) et un centre (le CIO américain, la minorité de la CGT, la CGT italienne et le CHU chinois). Dès le 1er février 1947, le leader de l’American Federation of Labor (AFL), Matthew Woll, déclare que la FSM est la nouvelle forme du Komintern.
Le 11 mars 1947, le président américain Truman annonce sa doctrine visant à combattre l’expansionnisme soviétique. Deux mois plus tard, les ministres communistes sont renvoyés du gouvernement français. Le 5 juin suivant, les Américains lancent le plan Marshall visant à reconstruire l’Europe par une aide massive. Le 29, Staline refuse cette aide. Les communistes du monde entier doivent lui emboîter le pas. Les dirigeants polonais, tchèques, roumains et bulgares le regrettent mais sont obligés d’obéir. Les communistes français de la CGT n’ont pas ces états d’âme. Au comité confédéral du 12-13 novembre 1947, ils refusent catégoriquement le plan Marshall.
Un mois plus tôt le Komintern renaissait sous le nom de Kominform. En revanche, la minorité de la CGT est pour le plan Marshall. Le journal Force Ouvrière écrit le 3 juillet 1947 : « Dans les pays qu’ils gouvernent par l’intermédiaire des communistes, les Russes s’efforcent de supprimer toute liberté d’opinion, d’empêcher les contacts avec l’Europe occidentale... Ainsi la Russie refuse le plan Marshall ». Quant à Léon Jouhaux, il écrit le 24 juillet : « Le plan Marshall peut offrir une base positive à la reconstruction d’une Europe unie. »
En mars 1948, les antisoviétiques de la FSM constituent le Comité Consultatif Syndical International (CCSI), qui prépare la construction d’une nouvelle internationale indépendante des communistes. Le 19 janvier 1949, Anglais, Américains et Hollandais quittent la FSM. En juin le CCSI décide de former une nouvelle organisation. Les Américains de l’AFL et du CIO acceptent d’en faire partie. La CISL naît donc le 7 décembre 1949, avec comme vice-président Léon Jouhaux, 46 millions d’adhérents et comme slogan : « Ni Staline, ni Standard Oil ».