Précarité - FO Hebdo

Un quart des sans-domicile a un emploi

, Clarisse Josselin

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Selon une récente étude de l’Insee, un SDF sur quatre travaille, mais dans des conditions qui restent très fragiles.

Au lieu de rentrer chez eux après une journée de travail, ils rejoignent –souvent à l’insu de leurs collègues– leur voiture, un squat, un centre d’hébergement ou restent même dans la rue. Un quart des SDF travaille. C’est ce que révèle une étude de l’Insee intitulée « Les sans-domicile et l’emploi », publiée le 8 avril.

L’enquête s’est focalisée sur les 66 300 SDF adultes francophones des agglomérations de plus de 20 000 habitants qui utilisaient, début 2012, les services d’hébergement et de distribution de repas. Soit 41 300 hommes et 25 000 femmes, dont le rapport à l’emploi est globalement tout aussi fragile.

43% de chômeurs de longue durée

S’ils ont quasiment tous connu une période d’activité au cours de leur vie et pour plus de la moitié d’entre eux de façon régulière, aujourd’hui seuls 23% des hommes et 25% des femmes sans-domicile ont un emploi (contre 53% de la population globale). Ce taux d’emploi a baissé de trois points depuis 2001, date de la dernière étude sur ce sujet. Les autres se déclarent au chômage (39%) ou inactifs (37%). Les étrangers sont un peu plus nombreux (27%) à travailler que les Français (22%). Ce taux monte à 36% pour ceux qui vivent en France depuis plus de cinq ans.

« Les sans-domicile ayant un emploi ont des conditions d’hébergement plus stables que les autres sans-domicile, mais ils occupent des emplois très précaires », expliquent les auteurs de l’étude, Françoise Yaouancq et Michel Duée. Leur ancienneté est faible puisque les deux tiers d’entre eux travaillent pour le même employeur depuis moins d’un an. Et ils sont plus d’un sur cinq (22%) à travailler sans contrat.

La quasi-totalité (96%) d’entre eux est salariée. Ces emplois sont peu qualifiés, 93% sont employés ou ouvriers, contre la moitié de la population en général. Les deux tiers travaillent pour une entreprise ou chez des particuliers, 19% pour une association et 8% dans la fonction publique. Les 5% qui travaillent pour un foyer ou un centre d’hébergement le font souvent en contrepartie d’un lit ou d’un repas. Les hommes travaillent principalement dans le bâtiment ou l’hôtellerie-restauration, tandis que presque la moitié des femmes sont employées dans les services aux particuliers.

Dans l’ensemble, seuls deux SDF sur cinq ont un CDI contre 87% des salariés en général. Un quart est en CDD et 15% sont saisonniers, intérimaires ou stagiaires. « Les femmes ont des emplois plus stables que les hommes : près d’une sur deux est en CDI contre un homme sur trois, poursuit l’étude. Elles sont également plus souvent en CDD (31% contre 19% chez les hommes) et travaillent beaucoup moins souvent sans contrat de travail (10% d’entre elles contre 30% des hommes). »

Leurs revenus sont faibles puisque 60% d’entre eux déclarent un salaire inférieur à 900 euros par mois. Les femmes surtout, dont 63% sont à temps partiel. « Beaucoup de sans-domicile cherchent à travailler davantage, notamment parmi les femmes », constatent les auteurs de l’étude.

Cette population est plus que les autres touchée par le chômage de longue durée. Ainsi, 43% des chômeurs sont en recherche d’emploi depuis plus de deux ans, contre 20% de la population globale. Le coût ou l’absence de transport est leur premier obstacle à l’emploi, suivi des frais liés aux recherches ou, pour certains, le manque de vêtements convenables.

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Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

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C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

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