Le Tour Histoire - FO Hebdo

TDF 2016 - À l’époque de la démesure

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Tour de France 1905.

Bien avant de devenir ce qu’il est, une course équilibrée de 21 étapes de plus ou moins 200 kilomètres, le Tour a longtemps joué la surenchère. Voyage dans le temps.

Une seule des 21 étapes de l’édition 2016 du Tour de France dépasse les 220 kilomètres. En 1903, pour la première édition, aucune ne faisait moins de 250 bornes ! La plus longue, la première, arpentait 467 kilomètres entre Paris et Lyon ; suivaient Lyon-Marseille, Marseille-Toulouse, Toulouse-Bordeaux (la plus courte, 268 km), Bordeaux-Nantes et enfin Nantes-Paris. Ce parcours sommaire fut répété en 1904, avant de voir le nombre d’étapes augmenter et se stabiliser autour de la quinzaine, avec un parcours souvent identique à 90 % d’une année sur l’autre jusqu’à la fin des années 1920. L’idée, à l’époque, était d’épouser les frontières de la France : Roubaix, Dunkerque, Metz, Strasbourg, Grenoble, Nice, Marseille, Nîmes, Perpignan, Luchon, Bayonne, Bordeaux, La Rochelle, Nantes, Brest, Cherbourg, Caen sont alors de grandes habituées du Tour, qui démarre et finit toujours à Paris.

Le Tour le plus long

En 1926, le Tour de France propose 17 éta­pes, pour un total de 5 745 kilomètres : c’est le plus long de son histoire, avec près de 2 000 kilomètres de plus que les standards actuels, et aussi celui dont le vainqueur, le Belge Lucien Buysse, affiche la vitesse moyenne la plus faible (24,063 km/h). Parti pour la première fois d’ailleurs que Paris, en l’occurrence d’Évian-les-Bains, cette Grande Boucle propose de sympathiques étapes : 433 kilomètres entre Metz et Dunkerque, 405 entre Cherbourg et Brest, 412 entre Brest et Les Sables-d’Olonne, 427 entre Perpignan et Toulon, etc. et une seule étape à moins de 275 kilomètres !

L’étape la plus longue

Ce n’est pourtant pas en 1926, mais entre 1919 et 1924, que le Tour a connu l’étape la plus longue de son histoire. Six fois de suite, le parcours propose une journée de 482 kilomètres entre Les Sables-d’Olonne et Bayonne, sorte d’interminable ligne droite avant d’aborder les Pyrénées. Une épopée qui sourit deux fois au Français Jean Alavoine (1919 et 1922), ainsi qu’à son compatriote Robert Jaquinot (1923) et aux Belges Firmin Lambot (1920), Louis Mottiat (1921) et Omer Huyse (1924).

Les demi-étapes jusqu’à l’overdose

Après-guerre, les étapes interminables laissent la place aux demi-étapes : organiser, la même journée, deux étapes, une le matin et une l’après-midi, pour maximiser le nombre de villes-étapes. Apparue dans les années 1950, la mode atteint son apogée dans les années 1970 : en 1973, ce sont pas moins de six journées qui sont ainsi saucissonnées ! Le 18 juillet, par exemple, les coureurs doivent d’abord courir la 16e étape a, 210 kilomètres entre Fleurance et Bordeaux, avant de disputer la 16e étape b, un contre-la-montre de 12,4 kilomètres dans les rues de Bordeaux… Lassés, les coureurs décident de faire grève au départ de la 12e étape du Tour 1978 pour protester contre ces demi-étapes, qui réduisent leur temps de sommeil et rallongent les transferts. Le Tour y renonce progressivement et l’UCI (la fédération internationale de cyclisme) finira par les interdire sur les épreuves majeures du calendrier.