Fédération

FO-Défense en congrès

, Valérie Forgeront

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Pour son 40e congrès, la fédération FO de la Défense des industries de l’Armement et des secteurs assimilés (FEDIASA), réunie du 26 au 30 septembre à Nîmes, accueillait 300 délégués issus des différents secteurs de la fédération. Les ouvriers d’Etat ou encore fonctionnaires administratifs, techniques et paramédicaux organisaient aussi pendant cette semaine les congrès de leurs différents syndicats nationaux. L’occasion pour tous d’évoquer les revendications à commencer par l’augmentation des effectifs civils du secteur de la Défense et leur rééquilibrage avec les postes militaires.

« On est à deux doigts d’y arriver ». Réélu à l’unanimité au mandat de secrétaire général de la fédération, Gilles Goulm évoque ce 28 septembre à l’ouverture du congrès le rapport réalisé par le contrôle général des Armées. Ce rapport du CGA –dit rapport Hamel- présente une information susceptible d’induire une bonne nouvelle.

Le ministère de la Défense évalue en effet à 15 000 le nombre de postes militaires qui pourraient être transformés en postes civils. Beaucoup de postes occupés par des militaires sur les fonctions de soutien aux armées n’ont pas en effet une portée opérationnelle. De fait, par les compétences qu’ils nécessitent, ils devraient être occupés par des personnels civils plutôt que par des militaires.

« On demande juste à occuper nos vrais postes civils » rappellent ainsi les personnels FO de la Défense qui demandent que ce rééquilibrage se fasse à travers un recrutement de civils par concours interne et externe, par un plan de requalification des personnels actuellement en postes et par la reconversion de personnels militaires.

La Fédération évalue de son côté ce besoin de rééquilibrage à 30 000 postes. Le calcul effectué par le ministère va toutefois dans le bon sens estime-t-elle. « Nous avons été écoutés et nous sommes en passe d’obtenir le 1er plan de transformation de postes militaires en postes civils ». Le plan pourrait entrer en action dès 2017 espère FO.

Moins de 60 000 civils

Il faudra veiller à ce que ce rééquilibrage ne se réalise pas « au détriment d’embauches sous statut » souligne Jean Noël Heitz de l’atelier industriel aéronautique (AIA) de Clermont-Ferrand. Comme d’autres, le militant remarque la tendance massive de « recrutements d’ingénieurs et cadres techniciens-commerciaux (ICT) et de techniciens (TCT) sous le statut de contractuel mais non sous statut de fonctionnaire ».

Le rééquilibrage des postes civils et militaires ne doit pas faire oublier pour autant les besoins en termes de recrutement « classique » insiste FO-Défense. Et pour cause. Le secteur a perdu 54 000 postes, civils et militaires, entre 2007 et 2012. « La Défense a participé à la RGPP à hauteur de 60% » indique Gilles Goulm. La perte des effectifs ne s’est pas arrêtée là.

« L’annonce de l’arrêt de la déflation des effectifs pour 2019 est une annonce en trompe l’oeil ». En effet, malgré les créations de postes décidées suite aux attentats « la suppression de 30 000 postes reste programmée ». Depuis une dizaine d’années, l’évolution des effectifs est ainsi en baisse constante résume FO-Défense. De 145 000 personnels civils, les effectifs ont été ramenés à 72 000 autour de 2010. Et la situation a encore empiré remarque FO.

« Aujourd’hui les effectifs sont passés sous la barre des 60 000 » constate Gilles Goulm. En 1996, la professionnalisation des militaires n’avait pas entraîné pour autant de créations de postes civils. Il n’y a pas eu non plus un rééquilibrage entre les postes civils et militaires en 2008 à l’occasion de la création des bases de défense (BDD) actant d’une nouvelle organisation territoriale des forces de soutien regrette FO.

Dans le cadre d’une organisation mutualisée de ces forces, les militaires « devaient rendre » aux civils près de 55 000 postes. Cela n’a pas encore eu lieu ajoute FO-Défense.

De restructurations en dysfonctionnements

Le manque d’effectifs civils représente cependant des dangers indique à la tribune du congrès Thierry Picard de la base aérienne 105 d’Evreux. « Le secteur de la Défense est fragilisé. Après la RGPP et la MAP (Modernisation de l’action publique), nous sommes parfois dans l’incapacité de remplir nos missions. Il aura fallu les attentats pour que le gouvernement comprenne ce que peut entraîner le manque d’effectifs ».

Denis Monnier de la BDD de Carcassonne (où FO occupe la première place) souligne de son côté les sous-effectifs en matière de personnels civils gestionnaires. Plus largement le délégué pointe les dégâts des multiples réformes. « On a vécu la restructuration des armées et dans le même temps des fonctions RH », l’organisation et la gestion des personnels. « Aucune entreprise n’aurait survécu à cela ! » assure-t-il s’élevant contre des dysfonctionnements fréquents.

« Il y a de plus en plus de retard de paiement des astreintes, des heures supplémentaires, etc. Les agents gestionnaires sont frustrés de ne pouvoir réaliser leur mission dans de bonnes conditions et de ne pouvoir aider leurs collègues ». Dans les industries de défense, les personnels fustigent eux aussi les conséquences sociales des restructurations intempestives intervenues en une quinzaine d’années.

Les emplois dans la tourmente à la DCNS

Claude Le Hénau délégué FO basé à Cherbourg et travaillant au sein du groupe DCNS (direction des constructions navales, systèmes et services) souligne ainsi que dans certains établissements du groupe industriel (détenu désormais à 35% par Thales) « il y a 80% de sous-traitance ». A Cherbourg « on a perdu 700 postes d’ouvriers d’Etat en quelques années ». En 2015, la DCNS a présenté un « plan de performance » comptant quatre accords dont un PSE.

Face aux actions syndicales, la direction qui prévoyait plus d’un millier de suppressions de postes sur l’ensemble des sites a présenté finalement un plan de 523 suppressions. Moins dramatique mais pas satisfaisant La DCNS (13200 salariés) comptait 6500 ouvriers d’Etat en 2010. Elle n’en compte plus que 3500 aujourd’hui explique le militant.

A la Direction générale à l’Armement (DGA/8000 agents répartis dans 120 établissements) les militants FO s’inquiètent aussi pour l’avenir des emplois et du statut. « Il faut éviter ce qui s’est passé à la DCNS » lance un délégué rappelant les « multiples restructurations depuis 2008 » et faisant part de ses craintes d’un « désengagement de l’Etat et une installation de la précarité des emplois ».

Les salaires des Ouvriers d’Etat gelés depuis 2011

Lors de ce congrès au cours duquel les délégués ont approuvé à l’unanimité les rapports d’activité et de trésorerie de la Fédération, les militants FO de la Défense ont aussi particulièrement évoqué le dossier épineux des salaires. Et pour cause. Ces délégués, fonctionnaires ou ouvriers d’Etat, n’ont pour l’instant pas de quoi se réjouir. Dans les deux cas, leur évolution salariale a été pour le moins maltraitée depuis des années.

Les premiers ont vu leur traitement/salaire (calculé sur la base du point d’indice) gelé entre 2010 et 2016. Au 1er juillet dernier, ces agents ont bénéficié enfin d’une hausse générale des salaires. Toutefois, cette hausse minime de 0.6% du point d’indice ne fait pas oublier la perte de plus de 8% du pouvoir d’achat en six ans.

De leur côté, les ouvriers d’Etat (moins de 20 000 personnes actuellement après la suppression de 3500 postes en 2015 au nom de la Modernisation de l’action publique/MAP) subissent eux un gel de leur salaire depuis 2011.

Ce gel de ce que l’on appelle les « bordereaux de salaire des ouvriers » (BSO) a « dégagé près de 200 millions » pour l’Etat fulmine l’Union fédérale FO des syndicats ouvriers (l’UFSO-FO). Pour le délégué Denis Monnier, cette situation salariale mérite d’être mise en perspective avec le CICE, le crédit d’impôt aux entreprises. « Après tous ces milliards de cadeaux versés aux entreprises, où sont les emplois promis ? A la Défense, il ne nous aurait pas fallu tant de milliards pour augmenter le point d’indice ou les bordereaux de salaire ». Applaudissements nourris dans la salle de congrès.

Depuis 1978, FO est la 1re organisation à la Défense

Tentative d’attaque du statut d’ouvrier de l’Etat, arrêt des recrutements, absence de mesures catégorielles… ces dernières années les ouvriers d’Etat ont dû faire faire à de multiples menaces. Mais grâce aux actions de FO notamment, le projet de « quasi-statut » interministériel des ouvriers de l’Etat a été abandonné en juillet dernier par le gouvernement de même que le moratoire bloquant les recrutements d’ouvriers de l’Etat.

Si les différentes actions menées par la FEDIASA-FO et ses trois syndicats nationaux (UFSO ; SNPTP/personnels techniques et paramédicaux ; SNPAD/personnels administratifs) se montrent déterminantes pour la prise en compte des revendications par le ministère, c’est que la fédération FO occupe une position leader au sein du ministère de la défense. Et cela depuis 1978. Cette position leader s’étend y compris parmi les personnels civils recrutés localement (PCRL) à l’étranger. FO réalise ainsi 80% des voix à Djibouti et 50% au Gabon.

« Etre encore plus efficace sur le terrain »

Lors des élections professionnelles de 2014, l’objectif de la FEDIASA-FO était bien sûr de conserver sa première place parmi les organisations syndicales du ministère de la Défense. Mission accomplie une nouvelle fois… Et ce malgré le changement dès 2011 des règles calculant la représentativité. Ce changement découle de la loi de 2010, elle-même inspirée des accords de Bercy sur le dialogue social adoptés en 2008 et contestés par FO.

Pour garder sa position d’organisation syndicale leader, la FEDIASA-FO que des militants de l’Unsa vont bientôt rejoindre, doit effectuer un travail de terrain important. « C’est au plan local que cela se passe et il faut être encore plus efficace sur le terrain » rappelle Gilles Goulm soulignant que les syndicats nationaux restent « la colonne vertébrale de la fédération ».

Pour être efficace sur le terrain, la fédération FO a mis en place de nouvelles structures depuis quelques années. « On s’est adaptés aux bases de défense (BDD) et aux groupements de soutien des bases de défense (GSBDD) » La fédération a ainsi créé des unions syndicales de bases de défenses (USBDD) dotées de secrétaires généraux.

De même elle a dû penser à l’organisation du travail syndical au sein des grands Centre ministériels de gestion, les six CMG répartis sur le territoire. Tout cela permet « d’avoir une vision fédérale sur le terrain ».

Cela participe notamment à donner à la FEDIASA-FO sa capacité à rester la première organisation au ministère.