Revue de presse

Agile : un tour de force

, Michel Pourcelot

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Agile, agile, vous avez dit agile ? Un « CDI agile » : c’est ainsi que sept organisations patronales, dont le Medef, ont qualifié leur « contrat sécurisé », proposé le 10 janvier au chef de l’Etat. Un mot emprunté au vocabulaire des techniques managériales. Agile, habile, malhabile ? La presse s’est pliée en quatre pour se pencher sur le sujet.

Challenges
« Les sept organisations patronales réclament de l’agilité, sans offrir de lutter contre la précarité. Peut-on avoir le beurre et l’argent du beurre ? Le patronat a donc inventé le contrat de travail "agile". Dans leur lettre à François Hollande, publié dimanche 10 janvier par le Journal du Dimanche, les représentants de sept syndicats ou cercles patronaux (Medef, Afep, Croissance plus…) font campagne » en faveur d’« un contrat de travail agile, prévoyant un plafonnement des indemnités prud’homales […] et des motifs de rupture liés à la situation de l’entreprise ou la réalisation d’un projet ». Bref, corvéable à merci, avant d’être remercié.

Le Républicain Lorrain
« Ce "n’est qu’un contrat de travail fragile", a raillé Jean-Claude Mailly (FO). "Ça n’est pas en facilitant le licenciement qu’on va créer de l’emploi", a complété Philippe Martinez (CGT). La dernière pelletée de terre sur le projet est venue de Laurent Berger (CFDT) : "Il est hors de question de toucher au contrat de travail. C’est une ligne jaune, il est hors de question de faire peser sur les salariés la responsabilité du chômage" ».


L’Express
« Quelle mouche a piqué Pierre Gattaz ? Alors que le plan d’urgence pour l’emploi de François Hollande sera dévoilé le 18 janvier, les patrons réclament à cor et à cri un CDI sécurisé (ou CDI agile). Sur son blog, le président du Medef publie un billet pour expliquer pourquoi le CDI sécurisé ne conduit pas à la précarité du salarié. Désopilant ». Extrait : « Est-ce que cela précarise les salariés ? Des salariés dans une entreprise dont le chiffre d’affaires baisse sont en situation de stress, et ont conscience que des licenciements sont probables. Savoir que le chef d’entreprise aura désormais la capacité d’agir assez tôt pour redresser la barre me semble plutôt de nature à les rassurer. » Ou comment l’agilité mène à la sérénité.

Le journal du Dimanche
Agile, un tour de force ? Même « Gilbert Cette, économiste à l’université Aix-Marseille, est contre (cette agilité) si elle est limitée au niveau de l’entreprise : "Le CDI sécurisé est une proposition aberrante. Quel est le pouvoir de négociation d’un candidat à un poste qui discute seul face à l’employeur ? La relation est déséquilibrée. On peut s’interroger si les législations française et européenne autoriseraient une telle relation contractuelle." Coauteur avec Jacques Barthélémy de Réformer le droit du travail (Odile Jacob), il préconise d’autres pistes ». Pour « Philippe Ravisy, avocat au cabinet Astaé, spécialisé en droit du travail : "La loi permet déjà de licencier lorsque la performance n’est pas au rendez-vous." Au sein de l’exécutif, on y voit "un marqueur idéologique du patronat". » A marqué, marqué et demi.

La Dépêche
D’ailleurs, la ministre du Travail « a confirmé qu’elle travaillait à un nouveau plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, une mesure de la loi Macron qui avait été censurée par le Conseil constitutionnel ». Après avoir « écarté la proposition du Medef d’un contrat de travail agile ». Agile, pardon, habile...

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