Economie

Autoroutes : une dose de privatisation en plus

, Valérie Forgeront

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By Bodoklecksel (Own work) [CC BY-SA 3.0 or GFDL], via Wikimedia Commons

La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) se déleste actuellement de parts détenues dans plusieurs entreprises, cela afin d’axer son action sur de nouvelles priorités de politiques publiques. La CDC vend ainsi pour 700 millions d’euros les 15% de participation qu’elle possède dans le capital de l’opérateur autoroutier Sanef. Pour les usagers des autoroutes, la privatisation consommée du réseau est de plus en plus pesante en termes de coûts.

L’État se dégage un peu plus encore des autoroutes. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) a annoncé le 23 janvier qu’elle cédait ce qui lui reste de parts dans le capital de l’opérateur autoroutier Sanef (la société des autoroutes du nord et de l’est de la France) dont le conseil d’administration est présidé par Alain Minc.

La CDC vend ainsi ses 15% de participation pour 700 millions. Le groupe Abertis, actionnaire majoritaire de Sanef (3 000 salariés) et détenteur jusque-là de 52,55% du capital de Sanef acquiert une nouvelle participation de 10,52%. Il ancre donc sa puissance majoritaire chez Sanef.

Les autres actionnaires, minoritaires, de Sanef -Axa, Predica (filiale du groupe Crédit Agricole Assurances), CNP assurances et FFP Invest (famille Peugeot)- vont se partager une participation nouvelle de 4,48%. L’opération devrait se conclure d’ici le mois de mars.

2006 : année de la grande privatisation

Groupe espagnol, Abertis est un géant. Il est le premier gestionnaire d’autoroutes au monde avec plus de 8 300 km dans douze pays d’Europe et d’Amérique. En 2015, il a réalisé plus de 4,3 milliards de chiffre d’affaires et a dégagé un bénéfice net de 1,88 milliards. Pas encore consolidés, les résultats de 2016 promettent toutefois d’être à la même hauteur.

Ce nouveau délestage par l’État de sa participation dans Sanef (qui gère en 2 000 km d’autoroutes dont l’axe Paris-Lille) est dans le prolongement du vaste mouvement de privatisation du réseau autoroutier qui avait débuté au début des années 2000.

En 2006, sous le gouvernement de M. de Villepin l’État avait privatisé les autoroutes (9 000 km à péage) contre 14,8 milliards de recettes. Depuis, les sociétés privées délégataires (Vinci, Eiffage, Sanef…) n’ont cessé d’augmenter leurs marges bénéficiaires. Ainsi, plus de 14 milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires entre 2006 et 2013.

Des hausses de tarifs jusqu’en 2023

Parallèlement les tarifs autoroutiers ne cessent d’être révisés à la hausse. L’an dernier, l’augmentation moyenne s’élevait ainsi à 1,12%. Une partie de cette hausse visait à compenser le gel exceptionnel des tarifs de péage en 2015.

Dès le mois d’avril de cette même année, un accord passé entre les sociétés d’autoroutes et l’État avait en effet prévu de rattraper de ce gel. Les autoroutes avaient ajouté à leur demande une prise en compte de la répercussion de leurs deniers de l’augmentation à hauteur de 50% en 2012 de la redevance domaniale… Cela fut fait via des décrets. L’on apprenait alors que les tarifs de péages augmenteraient jusqu’en 2023.

Pour cette année 2017, le tarif des péages augmentera ainsi de 0,76% en moyenne au 1er février. Sur le terrain, les hausses varient selon les sociétés d’autoroutes de 0,57% à près de 1,20%. Et ce n’est pas fini… Le plan d’investissements dans le réseau autoroutier qui était négocié entre l’État et les différentes sociétés d’autoroutes vient de faire l’objet d’un accord ce 26 janvier.

La CDC vend différentes participations

Ce plan prévoit pour 800 millions de travaux. Plus de la moitié seront financés par les collectivités locales. Le reste le sera par les recettes provenant d’une partie des hausses de tarifs autoroutiers. Cela aurait pu être pire. Les sociétés d’autoroutes visaient au départ des travaux à hauteur de 10 milliards.

De son côté, en vendant ses parts dans la Sanef, la Caisse des dépôts illustre le désengagement désormais consommé de l’État vis-à-vis des autoroutes. Cette vente n’est pas la seule. La CDC, qui assure depuis 200 ans un soutien aux grandes orientations publiques et notamment un rôle d’investisseur de long terme pour l’État, se sépare actuellement de beaucoup de ses participations.

Elle a ainsi vendu la moitié de ses parts dans Véolia Environnement (soit 4% environ du capital de Véolia), cédé aussi la participation qu’elle détenait (soit 34%) dans les clubs de vacances Belambra (ex VVF)… Au total, les cessions de participations de l’établissement public pour 2016 sont estimées à 1,35 milliard.

Pour la CDC, il s’agit de consolider ses fonds propres et d’assurer quatre nouvelles actions prioritaires dites de « transition ». La CDC doit accompagner la « transition territoriale » (la réforme territoriale), la transition écologique et énergétique, la transition numérique et la transition démographique et sociale.

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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