Emploi et Salaires

Aviation civile : la menace de la grève a contré l’austérité

, Valérie Forgeront

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Contrôleurs aériens et élèves contrôleurs à la tour de Brest
Par Axel Péju (originally posted to Flickr as P7170038.JPG) [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Les personnels de l’aviation civile viennent de décrocher de belles avancées sociales au plan des effectifs et des rémunérations. En conséquence, les cinq organisations syndicales du secteur, dont trois syndicats FO, ont accepté de lever le préavis pour la grève prévue des 3 au 6 juin. Explications.

Cette « nouvelle reculade du gouvernement démontre une fois de plus que le rapport de force est le moyen le plus efficace pour se faire entendre…. Et obtenir satisfaction » Dans un communiqué ce jour 2 juin, la Fédération FO de l’Equipement de l’Environnement des Transports et des Services (FEETS-FO) se réjouit ainsi de la victoire que viennent de remporter les personnels de l’aviation civile.

Et pour cause. Hier 1er juin, à l’issue d’une nouvelle réunion de conciliation entre les cinq organisations syndicales du secteur dont FO et la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), les personnels ont obtenu de sérieuses avancées et perspectives sur trois ans tant en termes de rémunérations que d’effectifs.

Ainsi d’ici 2019, il n’y aura aucune suppression d’effectifs à la DGAC. Et du côté des rémunérations, les personnels bénéficieront de hausses de primes et d’une amélioration des carrières.

L’administration a déchaussé ses bottes

Si toutes les mesures décrochées ce 1er juin doivent encore être actées dans le protocole triennal (2016-2019) dont la négociation doit s’achever fin juin, la victoire des personnels de l’aviation civile (environ 11 000 personnes) met un arrêt au « double dogme austéritaire de réductions des emplois et des rémunérations » dans lequel la DGAC envisageait d’inscrire les négociations.

Désormais, elles se dérouleront « dans le cadre d’un climat social apaisé et constructif » acte le relevé de conclusion de la réunion du 1er juin.

Cette victoire n’est toutefois pas arrivée pas hasard rappelle la FEETS-FO.

Ainsi « il aura fallu que plusieurs syndicats de la DGAC –dont les trois syndicats nationaux FO- appellent à la grève, du 3 au 6 juin prochains, pour amener l’administration à déchausser les bottes dans lesquelles, jusqu’à hier, elle se tenait droite et… inflexible ».

Cinq organisations syndicales de la DGACC appelaient en effet à ce mouvement de grève. Parmi elles, trois syndicat FO : le syndicat national de la navigation aérienne FO (SNNA-FO) représentant les personnels techniques, le syndicat national des ingénieurs et cadres de l’aviation civile (SNICAC-FO/ syndicat leader depuis plusieurs années chez les ingénieurs et attachés avec respectivement 54% et 57% des voix), le syndicat national FO des personnels de l’aviation civile et de la météorologie (SNPACM-FO) représentant les ouvriers d’État et les administratifs.

Le protocole 2016-2019 revu et corrigé

Présenté en février dernier par la DGAC la première version du protocole 2016-2019 ne satisfaisait pas du tout les personnels notant entre autres qu’après 116 suppressions d’emplois cette année, trois-cents autres étaient programmées sur trois ans.

Cette première version expliquent les trois syndicats FO « détaillait les objectifs de l’administration aussi bien en termes de performances que de réorganisations mais ne comportait aucune avancée sociale pour les personnels ».

Le projet présenté fin mai par la DGAC aux syndicats n’a pas non plus convaincu. Il ne tenait pas plus compte des revendications des personnels.

En revanche, l’appel de tous les syndicats du secteur à une grève des 3 au 6 juin prochains a rapidement fait avancer le dossier…

Après deux rencontres entre la DGAC et les syndicats, celle du 1er juin a porté ses fruits. Ce qui a conduit les cinq syndicats à signer un protocole de sortie de grève et donc à lever le préavis.

Le conflit actuel des salariés du privé comme du public engagés dans la mobilisation pour le retrait du projet de loi Travail n’est jamais bien loin…

Un encouragement à l’ensemble des syndicats

Pour la FEETS-FO qui « salue l’opiniâtreté de ses syndicats à la DGAC, cette victoire des personnels de la DGAC est « aussi un encouragement à l’ensemble des syndicats à amplifier la mobilisation pour imposer la satisfaction de leurs revendications catégorielles et pour le retrait de la loi El Khomri ».

Au-delà de l’arrêt des suppressions d’emplois, les personnels de la DGAC ont obtenu que dès 2017, la prime d’intéressement et de performance collective (PIPC) soit doublée pour l’ensemble des personnels. Elle passera ainsi de 100 à 200 euros.

Le relevé de conclusion du 1er juin acte aussi d’une revalorisation minimum de 3% d’ici 2019 des primes des administratifs et ouvriers d’État (plus de 3 000 personnes) dans le cadre du nouveau régime indemnitaire RIFSEEP.

Sans tenir compte de l’évolution du point d’indice, le protocole 2016-2019 devra amener aussi une hausse des rémunérations pour les contrôleurs : 3% en 2017, 1% en 2018 et 1% en 2019. L’administration proposait initialement 1% à 2% d’ici la fin 2019…

Amélioration des primes et des carrières

Ce protocole « va encore être travaillé dès la semaine prochaine en vue de sa signature par le ministre des transports peut être fin juin » explique Jean-Christophe Mazin pour le SNPACM-FO. Le document de fin de grève acte aussi des avancées en matière d’amélioration des carrières.

Ainsi un groupe de travail va être mis en place pour étudier les parcours de carrières des techniciens supérieurs (les contrôleurs aériens) avec pour objectif de permettre des passages vers des postes d’encadrement.

Le protocole prévoit encore d’étudier une augmentation du nombre de grades de contrôleurs de même qu’une « valorisation des fonctions d’encadrement » doit être « envisagée ».

Par ailleurs l’administration de la DGAC s’est engagée à « rechercher la stabilisation des taux de promus-promouvables sur les trois ans à venir. Ces taux définissent les possibilités d’avancement. Or, ils ont baissé en 2016 commente Jean-Christophe Mazin, jusqu’à faire craindre aux personnels l’impossibilité totale d’avancement dans la carrière.

Le retour social

A la veille de la signature du relevé de conclusion les trois syndicats FO rappelaient que « dans un contexte de croissance du trafic aérien -+2%/an prévus pour les trois ans à venir- qui permet d’engranger plus de 40 millions d’euros de recettes supplémentaires chaque année (pour ses missions, la DGAC dont les recettes et les dépenses relèvent du budget annexe de l’État perçoit aussi des redevances versées par les compagnies aériennes, NDRL), tous les personnels doivent bénéficier d’un retour social pour leurs efforts de productivité ».

La menace de la grève a conduit la DGAC à entendre ces revendications sociales. « Peut-être y a t-il eu aussi une consigne donnée par l’État de dégonfler le conflit… » hasarde avec humour Jean-Christophe Mazin.

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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