Revue de presse

Brexit : de quoi l’UE est-elle le nom ?

, Michel Pourcelot

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Le vote des Britanniques en faveur de la sortie de l’Union européenne, le « Brexit », le 23 juin, a laissé sous le choc les médias français, qui ont multiplié les analyses pour expliquer un tel rejet. Aperçus au-dessus du Channel.

Journal du Dimanche
« Les électeurs constatent qu’il y a une distance entre eux et l’élite, la classe politique, qui ne les écoute pas et ne comprend pas leurs souffrances, notamment économiques, depuis plusieurs années. Il y a quand même eu un programme d’austérité soutenue, dont la classe ouvrière a beaucoup souffert ». explique Sarah Pickard, maîtresse de conférences au CREW (Center for Research on the English-Speaking World), qui ajoute « d’autre part, l’équation "immigration = problèmes" a été largement instrumentalisée pour créer une ambiance désagréable et violente (...) Nigel Farage et Boris Johnson (NDR : partisans du Brexit) ont montré du doigt les immigrés au lieu de considérer les problèmes structuraux de la société liés au manque de financements et à la politique d’austérité ».

Marianne
Pas plus enclin à voir le rejet d’une politique libérale, Alain Minc, ancien conseiller du président Sarkozy : « La victoire du Brexit serait donc celle d’un Royaume-Uni arriéré et poussiéreux sur sa frange dynamique et ouverte à la modernité, condamnée à subir le choix de ceux qui n’en savent pas assez pour pouvoir prendre les bonnes décisions. C’est du moins ce qu’Alain Minc laisse entendre dans une nouvelle saillie :"Ce référendum n’est pas la victoire des peuples sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués". Ah, ce satané peuple de "gens peu formés" qui osent se rendre aux urnes lorsqu’on leur demande leur avis… ».

Le Monde
Et les médias dans tout cela ? Les journaux populaires allant dans le sens de leurs lecteurs pro-Brexit et « les quotidiens qui, à l’inverse, défendent le maintien dans l’UE – le Guardian et le Financial Times – ont un grand prestige et une forte influence, mais une audience réduite, avec respectivement 180 000 et 210 000 exemplaires. Quant à Rupert Murdoch, le milliardaire qui possède à la fois le Sun et le Times (400 000 exemplaires), il joue gagnant au référendum à tous les coups, puisque, marketing oblige, le premier titre soutient la sortie de l’UE, tandis que le second s’est prononcé pour y rester ». L’art de gagner sur tous les tableaux, tabloïds compris.

L’Alsace
A y voir de plus près, « la cartographie du vote dessine les clivages très nets d’un pays divisé. Le vote eurosceptique a été important dans les villes côtières, les zones défavorisées à forte proportion de votants non-diplômés et de laissés pour compte, les zones à majorité blanche, les zones avec une majorité de retraités. La sortie de l’Europe a triomphé dans la région des Midlands au centre de l’Angleterre, également au nord-est dans le Yorkshire, le plus vaste comté du Royaume-Uni. Le sud et l’est rural de l’Angleterre, qui ont connu un afflux important d’immigrés en provenance d’Europe de l’est ces dernières années, ont aussi largement voté la sortie, de même que des grandes villes dans le nord désindustrialisé de l’Angleterre, ex-bastion travailliste ». A force de chanter l’option libérale, austérité et privatisations en figures de proue, comme seule option possible, les sirènes bruxelloises se seraient-elles fait rejeter à la mer ?

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