Multinationales

Ces entreprises européennes qui ne veulent pas de syndicats dans leurs filiales américaines

, Nadia Djabali

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Des salariés du Westin Long Beach manifestent devant l’hôtel, au mois de septembre 2016 © Unite Here

Natixis et Renault-Nissan, pour la France et Volkswagen pour l’Allemagne sont accusés d’empêcher leurs salariés nord-américains de se syndiquer. Plusieurs plaintes ont été déposées devant la justice. Avec un bonus pour la banque Natixis, qui fait face à une plainte pour violation des principes directeurs de l’OCDE.

On se croirait presque plongé dans Bread and Roses, le film de Ken Loach. Le réalisateur britannique avait mis sur pellicule 35mm la lutte des travailleurs immigrés à Los Angeles pour de meilleures conditions de travail et la reconnaissance d’un droit syndical.

Un film devenu réalité pour les salariés de l’hôtel Westin Long Beach de Los Angeles. Le 14 septembre 2016, épaulés par le syndicat américain Unite Here, ils se sont tournés vers le Point de contact national de l’OCDE (PCN) pour obtenir des réponses de l’entreprise qui gère l’établissement : Natixis, une filiale du groupe de BPCE.

La responsabilité sociale des entreprises

Le Point de contact national est chargé de veiller au respect par les entreprises multinationales de principes directeurs. Des recommandations favorisant le comportement responsable des entreprises (RSE), qui s’appliquent partout où des entreprises multinationales des États signataires exercent leurs activités. Trente-quatre États membres de l’OCDE et une douzaine d’autres pays ont mis en place un PCN. En France il est coordonné par la direction du Trésor et met autour de la table des représentants des ministères (Économie, Santé, Travail, Affaires Étrangères et Écologie), les syndicats français et le Medef.

La saisine du PCN français par Unite Here fait suite aux tentatives, toutes soldées par un échec, d’établir un dialogue avec les dirigeants de Natixis.

Fin mai 2016, deux salariés de l’hôtel, accompagné de représentants syndicaux avaient même traversé l’Atlantique. Juana Melara, femme de chambre et Francisco Abdul Estin, employé de banquet, ont fait le voyage pour interpeller Natixis au cours de son assemblée générale. La direction de la banque a refusé de les recevoir.

Pauses déjeuners qui passent à la trappe

Femmes de chambre, réceptionnistes et serveurs dénoncent des conditions de travail contraires au droit américain et les pratiques anti syndicales qui ont cours dans leur établissement.

Deux cents salariés œuvrent quotidiennement dans cet hôtel de luxe de 500 chambres facturées à partir de 230 € la nuit. Le Westin Long Beach appartient au fonds de pension des retraités des services publics de l’Utah. Ce fonds en a confié la gestion à AEW Capital Management, filiale de Natixis. Du coup les salariés ne savent plus vers qui se tourner pour négocier des conditions de travail acceptables. Le fonds de pension renvoyant la balle la banque à Natixis qui reste sourde à leurs demandes.

Les salariés se plaignent de travailler plus d’heures qu’ils ne sont payés. Les femmes de chambres, majoritairement d’origine latino-américaines, doivent arriver une demi-heure avant de pointer pour préparer leurs chariots de matériel en dehors de leurs heures de travail.

Les pauses déjeuners ne sont pas les seules à passer à la trappe. De nombreux salariés ont du se renoncer à leurs pauses alors que la législation californienne en prévoit deux de dix minutes pour huit heures de travail.

L’hôtel a décidé de réduire le temps de travail alors que les assurances santé dépendent du nombre d’heures travaillées.

Une responsable a même distribué aux femmes de ménages des loupes afin que ces dernières ne passent pas à côté d’éventuels poils. À Hollywood, la scène n’aurait pas été retenue dans un film de série B.

Actions en justice

Tant et si bien que le l’établissement de luxe fait l’objet d’une action de groupe devant la justice américaine, initiée par le personnel d’entretien, les serveurs du restaurant et les employés de banquet. Un recours toujours en cours d’instruction.

Cette procédure à l’encontre du Westin Long Beach n’est pas la seule, indique Jeremy Blasi, l’avocat de Unite Here : « en mars 2016, un bureau régional National National Labor Relations Board (NLRB), un organisme indépendant du gouvernement américain, a déposé une plainte contre l’hôtel suite aux accusations exprimées par le syndicat. Ces allégations font l’objet d’une procédure devant le juge administratif du NLRB. »

Menaces et pressions

La guerre a été déclarée, lorsque qu’en février 2015, un certain nombre de salariés ont informé la direction qu’ils souhaitaient ouvrir une section de Unite Here. Le syndicat, qui a une branche hôtellerie, regroupe 270 000 travailleurs d’Amérique du Nord. Et 20 000 salariés dans sa délégation californienne.

La direction a menacé de réduire les salaires de ceux qui prendraient leur carte. Accusations de déloyauté, montage de réunions pour discréditer l’action syndicale. L’une des employées à la tête de ce mouvement de syndicalisation a été mise à pied trois jours pour avoir renversé du miel dans l’office.

« Depuis le début de leur campagne de syndicalisation, les employés de l’hôtel réclament la mise en place d’un processus équitable, dans une ambiance respectueuse, qui permettrait aux travailleurs d’exercer leur droit d’adhérer à un syndicat », poursuit Jeremy Blasi. « Ils demandent également des garanties contre le type de conduite antagoniste dont font souvent preuve les employés et la direction dans le cas de campagnes de syndicalisation contentieuses aux États-Unis. »

Chez Nissan dans le Mississippi

Malheureusement ces pratiques anti-syndicales de la part d’entreprises françaises ou européennes ne sont pas exceptionnelles aux États-Unis. Une situation dénoncée également par l’AFL-CIO. « Les entreprises européennes sont contraintes chez elles par une législation plus protectrice des travailleurs, mais quand elles arrivent aux États-Unis, elles adoptent souvent la même mentalité anti syndicale et intransigeante que les entreprises américaines », regrettait Cathy Feingold, la responsable des relations internationale de cette fédération de syndicats.

Comme en témoigne l’expérience des ouvriers de l’usine Nissan à Canton dans l’État du Mississippi. Quatre ouvriers, de cette usine qui emploie 5 000 salariés, accompagnés de représentants du syndicat américain United Automobile Workers (UAW), n’ont pas hésité à parcourir 7500 km pour interpeller à Boulogne-Billancourt, Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan. Depuis des années, ces salariés à 80% afro-américains à la production subissent pressions et intimidations de leur direction. Leur tort : vouloir créer une section syndicale. Le P-DG du groupe n’a pas souhaité les rencontrer.

Chez Volkswagen dans le Tennessee

Autre cas d’entrave syndicale, celui de Volkswagen. Alors que le constructeur allemand négocie avec les syndicats outre Rhin, l’entreprise a refusé l’implantation d’une section syndicale dans son usine de Chattanooga dans le Tennessee. Le Conseil fédéral des relations sociales (NLRB) a décidé en septembre 2016 que les 160 ouvriers avaient le droit de rejoindre le syndicat du secteur United Automobile Workers (UAW) mais le constructeur a indiqué dans un communiqué à l’AFP avoir déposé un recours devant une cour d’appel fédérale.

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