Solidarité

Chine : trois défenseurs des droits des travailleurs condamnés

, Evelyne Salamero

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Zeng Feiyang, Zhu Xiaomei et Tang Huanxing.

Alors que les grèves se multiplient depuis deux ans, en particulier dans la province industrielle du Guangdong, on assiste à un regain de répression en Chine. Au terme d’un procès éclair, trois défenseurs des droits des travailleurs, emprisonnés depuis le 5 décembre 2015, ont été condamnés le 26 septembre à plusieurs années de prison avec sursis et de mise à l’épreuve, ce qui aura de lourdes conséquences sur leur activité professionnelle en particulier.

Les trois défenseurs des droits des travailleurs, qui avaient dû attendre plusieurs mois en prison avant de pouvoir rencontrer leurs avocats au mépris de la déclaration internationale des droits de l’Homme et de la convention internationale sur les droits civiques et politiques , ont été jugés coupables d’avoir « ignoré la loi du pays en organisant des rassemblements de masse qui ont troublé l’ordre social ».

En réalité, ils ont juste aidé des ouvriers à obtenir le paiement d’arriérés de salaires.

Zeng Feiyang, directeur d’un centre d’aide aux travailleurs, situé dans la ville de Panyu, une ville de la province industrielle du Guangdong surnommée « l’atelier du monde », a été condamné à trois ans de prison avec sursis et à quatre ans de mise à l’épreuve. Ses deux collaborateurs Tang Huanxing et Zhu Xiaomei ont été condamnés à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve.

Men Han, un jeune ouvrière et mère de famille qui avait été arrêtée en même temps qu’eux sera jugée le 10 octobre.

Le centre de Panyu dispense une aide juridique et propose une formation syndicale (comment élire des représentants, s’adresser à l’employeur, négocier, agir solidairement...) aux ouvriers qui le souhaitent, notamment les migrants venus des zones rurales, palliant ainsi de fait la passivité du syndicat officiel. Le centre de Panyu agit toujours dans le cadre de la loi chinoise et de ce qu’elle permet en l’état, expliquait déjà en janvier dernier, dans une interview à FO Hebdo, Cai Chong Guo, l’un des responsables du China Labour Bulletin qui collaborait avec celui-ci depuis cinq ans au moment des arrestations.

Cai Chongguo soulignait également la recrudescence des grèves y voyant d’ailleurs la raison de cette nouvelle vague de répression.

Une déclaration publique des organisations de Hong Kong, dont la confédération syndicale HKCTU

Zen Feiyang, Tang Huanxing, Zhu Xiaomei et Men Han ne sont en effet pas des cas isolés.

« Depuis 2015, la société civile de la Chine continentale a été fréquemment confrontée à la répression, avec des arrestations à grande échelle d’avocats et de défenseurs des droits des femmes et des travailleurs », dénoncent dans une déclaration publique commune plusieurs organisations de Hong Kong, dont la confédération des syndicats (HKCTU) et le China Labour Bulletin. Elles citent les cas de plusieurs avocats condamnés en août à des peines de trois à douze ans de prison.

Concernant les quatre militants ouvriers, ces organisations commencent par rappeler que « quand les droits légaux des travailleurs ont été violés, il est naturel qu’ils s’organisent et cherchent un soutien social ». Elles ajoutent : « Même si cela cause des pertes pour l’usine, cela ne constitue pas "l’organisation d’un rassemblement de masse pour troubler l’ordre social". Les droits des travailleurs à la liberté d’association et de négociation collective devraient être respectés et les militants n’ont commis aucun crime en défendant les droits du travail ».


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Cai Chongguo dans les locaux du China Labour Bulletin à Hong Kong, appelant à « la libération immédiate des militants pour la défense des droits des travailleurs ».

Voir en ligne : Site internet du China Labour Bulletin