XXIIe congrès de la fédération FO-Métaux

Congrès FO Métaux : trois jours au cœur des revendications

, Valérie Forgeront

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Photographie : Valérie Forgeront / FO Hebdo

Près de 900 délégués FO et leurs invités français et internationaux ont participé du 25 au 27 mai au XXIIe congrès de la fédération FO-Métaux à La Rochelle (Charente-Maritime). L’occasion pour les militants de croiser leurs expériences et de bâtir leurs revendications.

Placé sous la présidence du Secrétaire général de la Confédération FO, Jean-Claude Mailly, ce XXIIe congrès réunissait, du 25 au 27 mai à La Rochelle, près de 900 délégués et invités. Il a été l’occasion de dresser un bilan des activités militantes et de la situation économique et des emplois au sein des plus de vingt branches industrielles (aéronautique, automobile, électrique, nucléaire, équipementiers automobiles…) relevant de la responsabilité et de l’action de la fédération FO-Métaux.

Conjoncture inédite pour ce congrès 2016 qui se situait dans une nouvelle semaine de mobilisation, notamment le 26 mai, la détermination des militants pour le retrait du projet de loi Travail a été particulièrement été évoquée au cours de la soixantaine d’interventions des délégués à la tribune.

Plus largement, ces derniers ainsi que le secrétaire général, Frédéric Homez, ont aussi évoqué bien sûr la vie de la Fédération de la métallurgie. Mettant en avant avec satisfaction un gain de 4000 adhérents depuis son dernier congrès en 2012, les responsables de la fédération se félicitent « des bons scores » de FO-Métaux là où l’organisation « est présente ».

FO progresse de 9%

Au plan général, avec 18.94% des voix, FO est la 3e organisation dans le secteur de la métallurgie.

Lors des dernières élections CE en juillet 2015, la représentativité de FO s’élevait dans la métallurgie à près de 29.78% dans 627 entreprises. De fait, entre 2009 et 2016, FO a progressé de 9%.

Par ailleurs, en 2012, lors des dernières élections dans les TPE (très petites entreprises) qui concernaient à l’échelle de la fédération près de 330 000 salariés sur les quatre millions employés par ces petites structures, FO consolidait sa troisième place en obtenant 15.25% des voix.

Ces bons résultats doivent appuyer encore le mouvement vers de nouvelles implantations syndicales, soulignait Frédéric Homez devant le congrès tandis que les rapports d’activités et de trésorerie de la fédération étaient approuvés à l’unanimité par les délégués.

« Pour notre industrie et nos emplois »

Entre 2014 et 2015, FO-Métaux a ainsi réalisé 155 nouvelles implantations.

En matière de nouveauté encore, la communication. Depuis janvier 2015, FO-Métaux a en effet adopté « l’efficacité réformiste » comme slogan.

Pour « notre industrie et nos emplois » explique la fédération dans sa communication visuelle, il s’agit d’« Agir au cœur » pour les « emplois », pour leur « création et maintien », d’agir aussi au cœur des « implantations » par la « présence et développement », d’agir aussi en faveur des « Cadres » par leur « défense » et pour leur « représentativité ».

Ce travail que mène la Fédération FO pour la défense des salariés, cadres et non cadres, n’est pas l’histoire d’un long fleuve tranquille ont souligné tous les intervenants à la tribune. Et pour cause. La situation de certains secteurs industriels qui relèvent de FO-Métaux est en effet difficile au plan de l’emploi.

Frédéric Homez a ainsi souligné que « les actions contre les travailleurs » ont été nombreuses depuis 2012.

Du pacte de responsabilité, en forme de « marché de dupes » en ce qui concerne l’affichage des créations d’emplois, au projet de loi Travail en passant par la réforme sur la retraite complémentaire qui est « une ouverture vers l’allongement de l’âge de la retraite »… Tout cela n’est pas « social » relevait Frédéric Homez, « révolté » dans le cadre du débat sur le projet de loi Travail, par les « arrangement au niveau de l’État (entre la CFDT et le gouvernement, Ndlr) » visant à « casser l’ADN de FO ».

Quand FO signe

Une hypothétique loi Travail que Frédéric Homez juge sévèrement car portant une « généralisation des dérogations » servies sur un plateau aux employeurs.

« Le code du Travail doit rester l’outil de défense des salariés » insiste-t-il, indiquant que l’inversion de la hiérarchie des normes, donnant la faveur à l’accord d’entreprise contre l’accord de branche, impacterait « 76 conventions collectives territoriales du secteur de la métallurgie seraient menacées et impactées. »

FO-Métaux rappelle qu’entre 2012 et 2015, elle a signé 59 accords au niveau interprofessionnels, 139 au niveau des différentes branches et 259 au plan territorial, soit 68.70%. « Nous quand on négocie, ce n’est pas pour couler » lance Frédéric Homez…, à destination de la CFDT et de ses pratiques.

Le numérique : une nouvelle préoccupation

Il faut faire attention par ailleurs aux modalités de mise en place de la révolution numérique. « Il faut s’organiser pour que cette 4e révolution industrielle soit source de progrès et ne soit pas contre les salariés et leurs droits ».

L’épreuve du terrain

Si les salaires demeurent un des grands domaines des négociations, des délégués évoquant leurs entreprises ont démontré que celles-ci, quels qu’en soient les thèmes, sont souvent difficiles à mener.

Nombre de militants ont ainsi évoqué des conflits, parfois longs et douloureux et souvent ponctués de grèves, à l’instar de l’affaire Arcelor-Mittal à Florange ou encore de l’usine Delphi de Périgny près de la Rochelle, qui fermera son site fin 2016 supprimant ainsi plus de 300 emplois.

Des militants sont revenus aussi sur leurs combats pour défendre les emplois et les sites à travers des accords quand les directions des groupes industriels tels PSA ou encore Renault font la course à la baisse des coûts de production et à la réduction de la masse salariale et exercent un « chantage à l’emploi et à la fermeture de site » sur les salariés.

Chez Renault, « oui on a eu raison de signer en 2013 un accord sur la mobilité » expliquait une déléguée expliquant « qu’on est passé de journées chômées à, désormais, la gestion des heures supplémentaires. »

Chez PSA à Mulhouse, où FO est leader, le syndicat signataire d’un accord dit "nouveau contrat social", constate que l’entreprise va mieux et « exige actuellement des embauches en CDI. »

18.4% de hausse de salaire sur cinq ans…

Un délégué de chez Cameron (matériel pour l’exploitation pétrolière) à Béziers se réjouit que FO soit majoritaire dans l’entreprise rachetée en avril dernier par Schlumberger.

Il s’inquiète en revanche d’un « carnet de commandes qui s’amenuise. »

Chez Airbus, plus de 30 000 salariés, « fleuron français de l’aéronautique » et où FO pèse plus de 51% en termes de représentativité, François Klepper s’inquiète de quelques « mutations ».

« Après l’entreprise sans usine, maintenant on a le CDI intérimaire qui transforme l’emploi en service. Airbus utilise déjà ce CDI intérimaire. »

Le délégué s’insurge contre cette situation et s’inquiète du rapport charge de travail/emploi qui diminue de même que de l’externalisation des emplois « ce qui est un facteur de perte de maîtrise » des compétences dans l’entreprise.

Elément positif en revanche, se félicite le délégué FO, « notre représentativité nous a permis de négocier des accords » sur les salaires. Et pas n’importe lesquels… « Nous avons obtenu 18.4% de hausse des salaires sur cinq ans... »

Les coups de pression des employeurs

Un militant de Toyota Motor annonce que le prochain combat du syndicat FO « sera de faire reconnaître la pénibilité au travail. »

Il annonce fièrement les incidences financières positives de la signature par FO de deux accords sur la participation et l’intéressement dans l’entreprise. « Cela équivaut à une hausse de salaire de 1300 euros minimum depuis un an. »

Salarié de l’entreprise Thirard (fabrication de système de sécurité), Jean-Jacques Leleu souligne la difficulté de négocier face aux tentatives véhémentes des employeurs de réduire des droits.

« Des demandes de postes d’astreinte moins rémunérés ou encore moins de journées d’absence pour raisons personnelles (décès mariage…)… voilà à quoi nous avons affaire lors des négociations ! »

Dans cette entreprise de 300 salariés, se félicite le délégué, FO est passée d’une représentativité de 48% en 2011 à 71.64% depuis avril 2015.

Taxer la révolution 4.0 ?

Le délégué FO du groupe Legrand en Limousin s’inquiète de la perte de 50% des effectifs en dix ans, Philippe Pillot pour Alstom Transport rappelle de son côté que « le groupe Alstom a explosé avec la bénédiction du gouvernement. Or, la partie Energie vendue à General Electric est déjà en restructuration ! »

Pour FO Thalès à Toulouse, Philippe Samson s’inquiète des conséquences sur le salariat de la révolution numérique.

« Peut-être faudrait-il penser à mettre en place une taxe, un impôt sur les machines ? » Il faut en tout cas « se préparer à cette révolution sous peine de voir notre système social s’effondrer complètement. »

D’ores et déjà, la fédération avait décidé de mettre en place un groupe de travail sur cette révolution 4.0.

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Photographie : Valérie Forgeront / FO Hebdo