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Crise de gouvernance à EDF : une démission éclairante

, Evelyne Salamero

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Par Rick Crowley, CC BY-SA 2.0

La démission du directeur financier d’EDF, M.Thomas Piquemal, annoncée dimanche 6 mars, a brutalement mis en lumière les faiblesses de la politique financière, mais aussi industrielle, de l’entreprise et de son principal actionnaire, l’Etat (à 84,5%). La fédération FO Energie et Mines a qualifié cette démission de « courageuse ». Explication.

Le projet de construction de deux EPR (réacteur à Hinkley Point au Royaume-Uni, que dénoncent FO et deux autres organisations syndicales depuis plusieurs semaines comme un risque inconsidéré dans l’immédiat pour l’entreprise, semble bien être au cœur de la crise de gouvernance à EDF et avoir motivé le départ de son directeur financier. Dès lundi après-midi, les gouvernements français et britannique ont réitéré leur soutien à ce projet et au PDG du groupe Jean-Bernard Lévy.

Le projet de construction de deux réacteurs au Royaume Uni doit être reporté

Pourtant, explique la fédération FO Energie et Mines, ce projet « n’est pas actuellement en l’état d’être lancé ni sur le plan industriel, ni sur le plan financier » et doit être reporté de deux ou trois ans.

L’idée de construire deux EPR (Réacteurs pressurisés européens, en français) à Hinkley Point au Royaume-Uni a été lancée en 2013. A cette époque EDF a conclu un partenariat avec la Chine et Areva qui devaient cofinancer le projet, respectivement à hauteur de 40% et 10%. EDF devait assurer 40% et il restait 10% à trouver.

Un risque financier inconsidéré

Depuis, le contexte financier a changé. Areva en difficulté ne peut plus assurer sa part. La Chine a diminué la sienne de 7%. Il manque toujours les derniers 10% et le contexte est nettement moins favorable aujourd’hui pour les trouver. Résultat : EDF doit désormais financer 67% du projet, soit les deux-tiers. De plus, le fait de dépasser les 50% l’oblige à consolider l’intégralité de l’investissement - 23,2 milliards d’euros- dans son budget, alors que l’entreprise affichait déjà une dette nette de 37,4 milliards d’euros fin 2015.

Un choix industriel en dépit du bon sens

Mais le problème n’est pas seulement financier. Il s’agit aussi d’un choix industriel. Et d’une question de bon sens. Un EPR est un réacteur de troisième génération conçu par Areva au début des années 2000. A ce jour, il n’en existe aucun ayant déjà fonctionné. Quatre EPR sont en construction dans le monde : deux en Chine, un en France (à Flamanville) et un en Finlande. Il s’agit donc de prototypes et par définition un prototype doit être testé, ce qui entraîne en général quelques modifications avant sa mise en route définitive. Le plus avancé des quatre EPR en construction est celui de Taishan en Chine, dans lequel EDF est impliquée et pour lesquels les tests viennent de commencer. Le plus cohérent serait donc, souligne la fédération FO, d’attendre le résultat de ces tests, avant de se lancer dans une nouvelle construction.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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