RDV de Grenelle

Emploi : le gouvernement change sa communication

, Clarisse Josselin

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Mardi 5 Septembre 2017, au ministère du Travail, premier Rendez-vous trimestriel de Grenelle, organisé par Muriel Pénicaud. Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Muriel Pénicaud a lancé le 5 septembre les « RDV de Grenelle », une rencontre trimestrielle d’analyse de la situation du marché du travail, en lieu et place du commentaire mensuel des chiffres du chômage.

La ministre du Travail ne commentera plus tous les mois l’évolution des chiffres du chômage. A la place, elle analysera tous les trimestres les tendances du marché du travail lors des « RDV de Grenelle » au ministère du Travail, dont la première édition s’est tenue le 5 septembre.

A l’appui de ses commentaires, fini le seul indicateur du nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi. La ministre a estimé qu’il s’agissait là de données très volatiles et pas assez signifiantes. Désormais, elle utilise un cahier de graphiques compilant une quarantaine d’indicateurs nationaux et internationaux, mêlant création d’entreprises, taux d’emploi, PIB, taux de chômage, indice des prix à la consommation... Des statistiques qui seront mises à jour tous les trois mois.

Le taux de chômage au sens du BIT désormais mis en avant

Comme ce sera le cas à chaque fois, cinq faits saillants du trimestre écoulé ont été retenus, en particulier la baisse du taux de chômage. Muriel Pénicaud ne se penche plus sur les chiffres publiés par la Dares, reprenant le nombre d’inscrits à Pôle emploi. Désormais, elle privilégie ceux publiés chaque trimestre par l’Insee au sens du Bureau international du travail (BIT). Ces derniers sont basés sur un sondage auprès de 100 000 personnes et comptabilisent les personnes en recherche active d’emploi, qu’elles soient ou non inscrites à l’assurance chômage. Pourquoi ce choix ? Avant tout selon la ministre parce que, répondant à un standard international, le taux de chômage « BIT » permet des comparaisons entre pays.

Mais si les modes de calcul diffèrent, les résultats aussi. Au cours du deuxième trimestre 2017, le nombre d’inscrits à Pôle emploi en catégorie A (sans aucun emploi) a augmenté de 1,3 % selon la Dares. Selon l’Insee au contraire, le chômage a baissé de 0,1 % au deuxième trimestre 2017 pour s’établir à 9,5 %. Il atteint même son niveau le plus bas depuis le premier trimestre 2012.

Outre la baisse du chômage, la ministre s’est aussi félicitée de l’accélération de la création d’emploi salarié privé, +91 700 au deuxième trimestre 2017 et plus de 290 000 en 2016, avec un redémarrage dans presque tous les secteurs d’activité.

Dégradation de la qualité des emplois

Si Muriel Pénicaud s’est montrée plutôt optimiste quant à l’évolution du marché du travail pour les mois à venir, certains experts présents à cette rencontre ont relevé quelques ombres au tableau. Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) a ainsi confirmé la baisse du chômage au sens du BIT mais notamment grâce à une hausse très frappante des CDD, de l’intérim et du temps partiel. Il a appelé à être attentif à la dégradation de la qualité des emplois.

Xavier Timbaud a également souligné les difficultés à anticiper l’impact de la réforme du travail et de la baisse des emplois aidés sur l’évolution du marché du travail. Selon lui, ces derniers vont entraîner une hausse du nombre de chômeurs.

Quant à Philippe Gudin, chef économiste chez Barclays, il estime que la réforme du code du travail pourrait entraîner une hausse des licenciements, en les facilitant. Ça s’est vu de manière massive en Espagne lors de la réforme, a-t-il rappelé.

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