Congrès

Enseignement, culture et formation professionnelle : une fédération en plein développement et prête à en découdre

, Evelyne Salamero

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La salle est immense. Derrière la tribune se dresse un écran géant sur lequel défilent les photos des mobilisations récentes, contre la Loi El Khomri, contre les réformes découlant de la loi de refondation de l’école de Vincent Peillon, celle des rythmes scolaires et celle du Collège, mais aussi des images d’archives sur la grande grève des mineurs de 1953. En fond sonore, le chant rebelle italien Bella Ciao. Le ton est donné. Pour les délégués de la FNEC-FP FO réunis pour ce XVIIe congrès, à Gravelines (59) du 10 au 14 octobre 2016, l’heure est toujours au combat.

Ils sont près d’un millier de délégués, représentant 430 syndicats, contre environ 800 lors de leur dernier congrès il y a trois ans pour 281 syndicats. Incontestablement, FO a le vent en poupe à l’Education nationale, et pour qui a connu les précédents congrès de cette fédération, son développement depuis une dizaine d’année est tout bonnement impressionnant, avec un rajeunissement et une féminisation des troupes très nets.

Nous avons progressé de 17% en cartes et de 35% en timbres en trois ans. Ils peuvent faire toutes les lois qu’ils veulent, notre représentativité c’est celle-là !, s’est exclamé Hubert Raguin, secrétaire général de la Fédération nationale de l’enseignement, de la culture et de la formation professionnelle (FNEC-FP FO), réélu à ce 17e congrès, en concluant son complément oral au rapport d’activité. Un rapport voté à l’unanimité moins neuf abstentions.

« Oui, nous avons la capacité d’être la première organisation syndicale de l’Education nationale ! »

Forte des résultats aux dernières élections professionnelles de 2014 qui l’ont vue opérer une nouvelle percée alors que la première organisation, la FSU, reculait, la FNEC-FP FO aborde visiblement avec confiance le prochain scrutin qui aura lieu en 2018. Il est évident que notre progression n’est pas le résultat d’une stratégie de communication, même si elle est nécessaire, mais le fruit de notre combat sur le terrain. C’est notre action syndicale en défense des revendications de toutes les catégories qui nous fait progresser, en nombre d’adhésions, en nombre d’implantations, ce qui se répercute ensuite en nombre de voix, a insisté Hubert Raguin, concluant : Oui, nous avons la capacité d’être la première organisation syndicale de l’Education nationale !.

Autre caractéristique, qui n’est pas nouvelle mais qui s’affirme de plus en plus et contribue au renforcement de la FNEC-FP FO par rapport aux autres organisations : elle n’est pas la fédération des seuls enseignants. Les personnels administratifs, les personnels de direction des établissements, les infirmières, les assistants sociaux, les médecins scolaires, ceux de la Culture, de la Formation professionnelle, ceux du ministère de la Jeunesse et des sports, se sont tous exprimés avec vigueur. Tous ont relié leurs revendications spécifiques à celle commune à tous d’une Ecole et plus largement d’une Fonction Publique dotées de moyens suffisants et qui continuent de garantir l’égalité d’accès et la qualité du service rendu à l’ensemble des citoyens de ce pays. Le syndicat FO de l’enseignement privé a également pris toute sa place.

« Nous n’étions pas dans les manifestations contre la loi El Khomri en soutien, nous sommes directement concernés »

Une réforme du collège qui remet en cause les programmes nationaux en permettant qu’ils soient en grande partie définis localement établissement par établissement, une réforme des rythmes scolaires dans le premier degré qui permet que chaque école ait des horaires différents et expose les enseignants à l’ingérence de plus en plus forte des élus locaux, une privatisation de l’université qui scelle la fin des diplômes nationaux et, pour reprendre les termes d’un délégué de l’Enseignement supérieur, instaure un droit souple laissé à l’appréciation des petits chefs locaux, une loi qui vise à faire disparaître l’enseignement professionnel au profit de formations placées sous la coupe des régions…

Nous n’étions pas dans les manifestations contre la loi El Khomri en soutien aux autres salariés, mais bien parce que nous sommes directement concernés par l’inversion de la hiérarchie des normes a déclaré un des intervenants à la tribune, résumant ainsi le sentiment exprimé par la plupart des intervenants.

D’autant que toutes ces réformes destinées à en finir avec des diplômes nationaux débouchant sur des qualifications garanties par les conventions collectives nationales visées, elles, par la Loi El Khomri, se déploient dans le cadre de la réforme territoriale qui transfère le pouvoir normatif aux régions, y compris d’ailleurs en matière de culture, de formation professionnelle et de jeunesse et sports.

« Réforme territoriale et inversion de la hiérarchie des normes sont de même nature »

Réforme territoriale et inversion de la hiérarchie des normes sont de même nature et de même inspiration. L’objectif poursuivi est le même : détruire les normes et réglementations nationales, les faire exploser, pour les remplacer par une gouvernance locale au niveau des services, des établissements, des entreprises, synonyme en réalité de destruction de toutes les garanties collectives, statutaires, de démantèlement et de marche à la privatisation du service public, résume la résolution générale du congrès, adoptée à une écrasante majorité ( 9 voix contre et 15 abstentions).

Toutes ces réformes ne sont pas étanches les unes par rapport aux autres, a souligné le représentant du syndicat des personnels administratifs de l’Education nationale (SPASEN), une catégorie particulièrement menacée par la nouvelle « gouvernance », dans un contexte où 10 000 emplois ont déjà disparu depuis 2004.

La défense du statut, une priorité

Pour le gouvernement, détruire le cadre national de l’Education nationale impose de mettre à bas le statut général du fonctionnaire d’État et les statuts particuliers nationaux. Pour FO, c’est donc le rempart à défendre en priorité.

C’est pourquoi, la FNEC-FP FO s’est totalement engagée, avec la FGF-FO (Fédération générale des fonctionnaires) contre le PPCR (Protocole d’accord sur les parcours professionnels, carrières et rémunérations), que d’ailleurs les délégués au congrès ont préféré appeler « non protocole », dans la mesure où il a été rejeté par les syndicats majoritaires de la Fonction Publique (FO, CGT et Solidaires) et imposé par le Premier ministre.

Le PPCR, ont souligné les délégués, n’est pas qu’un protocole salarial. Son volet Ressources Humaines favorise la destruction aussi bien des statuts particuliers que des missions mêmes des agents qui les exercent, piétinant les garanties individuelles et collectives de tous. C’est le couteau suisse de la destruction du service public et la boîte à outils d’un plan social d’envergure.

Au cœur du congrès : le refus du nouveau système d’évaluation des enseignants

Le refus du nouveau système d’évaluation que la ministre voudrait imposer aux enseignants et dont on peut dire qu’il est une déclinaison du PPCR a été au cœur du congrès.

Alors qu’en 2012, face à la mobilisation des enseignants, le ministre Vincent Peillon avait dû abroger la réforme de l’évaluation des enseignants imposée par son prédécesseur M. Chatel, la ministre actuelle, Najat Vallaud Belkacem revient à la charge et tente d’imposer une nouvelle méthode d’évaluation par compétences en lieu et place de la notation chiffrée des enseignants.

Il ne s’agit plus de noter la manière de servir des fonctionnaires d’État sur la base d’obligations définies nationalement mais de juger l’engagement (terme ministériel) selon le projet local de l’établissement et les réformes, remettant en question l’indépendance découlant du statut de fonctionnaire d’État et ouvrant la voie à une contractualisation individuelle et à un devoir de résultat, comme dans le secteur privé, ont notamment dénoncé les congressistes.

Dans la continuité du combat engagé pour l’abrogation de la loi Travail

De nombreux délégués ont témoigné de réunions dans les établissements ayant d’ores et déjà débouché sur des positions communes, avec les autres organisations syndicales ayant participé à la mobilisation contre la loi El Khomri, pour demander le retrait de ce projet de nouvelle évaluation.

Fort de ce constat, les congressistes ont estimé que l’heure est à la reconstitution du front syndical qui a permis la mobilisation des personnels et qui a abouti à l’abrogation du décret Chatel en 2012.

Les délégués ont donc appelé toutes les structures de la fédération à poursuivre la campagne d’information et à chercher les prises de positions intersyndicales à tous les niveaux et réunir toutes les conditions pour le retrait de ce projet.

Particulièrement applaudi à ce moment-là, Hubert Raguin a souligné : Si nous obtenons l’accord de toutes les autres organisations syndicales pour un texte demandant l’abandon du PPCR et de l’évaluation nous ne nous en priverons pas et si nous obtenons un texte pour l’abandon de l’évaluation, nous ne nous en priverons pas non plus ! Le plus important c’est la mobilisation des personnels, parce que l’évaluation nous n’en voulons pas !.

Déterminés à s’appuyer sur les acquis de la mobilisation contre la loi El Khomri pour mener leur combat pour l’abrogation de toutes les réformes qui les concernent directement et le retrait de ce projet de nouvelle évaluation, les délégués ont souligné leur volonté de privilégier l’action commune sur des revendications claires, qu’ils opposent à l’intersyndicale permanente.

La résolution générale du congrès se conclut d’ailleurs par la citation de celle du dernier CCN de la confédération qui considère notamment que construire le rapport de force à même de faire reculer le gouvernement et le patronat obtenir en particulier l’abrogation de la loi Travail et faire aboutir les revendications de Force Ouvrière est indispensable.

Fiers d’appartenir à la Confédération FO

Répondant à la soixantaine d’intervenants qui ont défilé à la tribune du congrès en séance plénière, Hubert Raguin a constaté : ce qui nous unit, c’est la fierté d’être dans une confédération qui a joué tout son rôle en interdisant le syndicalisme rassemblé par la définition d’une revendication claire.

La résolution générale le réaffirme : La FNEC-FP FO appuie sans réserve la position d’indépendance de la CGT-Force Ouvrière […] qui a joué un rôle déterminant dans la réalisation de l’action commune pour le retrait et l’abrogation de la loi Travail […] L’action commune FO, CGT, rejoints par la FSU et Solidaires et les organisations de jeunes, a brisé le carcan du syndicalisme rassemblé, qui ne vise qu’à enfermer les travailleurs dans un cadre qui exclut la revendication indépendante. Faire cause commune avec la CFDT et l’UNSA, qui collaborent à tous les plans contre la classe ouvrière et ses acquis, c’est préparer la défaite.

Le rappel par le secrétaire général de la fédération que la Confédération FO ne donnera aucune consigne de vote aux élections présidentielles, ni au premier, ni au second tour, a également déclenché une salve d’applaudissements.

Enfin, autre moment fort du congrès : l’adoption à l’unanimité des délégués d’une motion de soutien aux salariés d’Alstom engagés avec leurs syndicats dans la défense de leurs emplois.