Congrès d’UD

Gironde : un département en pleine ébullition où FO a le vent en poupe

, Evelyne Salamero

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« Le XXVIIe congrès des syndicats FO du privé et du public de la Gironde est ouvert ». La phrase résonne solennellement dans la salle municipale Jean Lurçat de Bègles, en banlieue bordelaise, ce 23 juin au matin. Dans quelques heures se dérouleront les manifestations contre la loi El Khomri, y compris à Paris, où le gouvernement a finalement renoncé à l’interdire. A Bordeaux, tous les militants et adhérents FO qui ne sont pas au congrès ont été appelés à y participer. Et cette actualité va bien évidemment imprégner ce congrès…

Certains délégués, comme une partie de ceux du syndicat des routiers, expliquera le secrétaire général du syndicat des transports de la Gironde à la tribune, n’arriveront que l’après-midi pour pouvoir participer à la manifestation. Plusieurs invités seront également retardés, retenus eux aussi par l’organisation des manifestations.

25 intervenants dans une salle archicomble

La salle n’en est pas moins archicomble et ne désemplira pas durant toute la durée des travaux. Plus de 300 délégués représentant 119 syndicats FO y sont réunis, ainsi que 80 invités, parmi lesquels la plupart des secrétaires des onze autres unions départementales de la « Nouvelle Aquitaine »- y compris les plus lointaines, comme la Corrèze.

Patrick Privat trésorier général de la Confédération FO va co-présider la première journée des travaux avec Vincent Meyrat du syndicat des municipaux de Bègles puis Denis Tonadre du syndicat départemental de l’action sociale, car ici en Gironde c’est une tradition à laquelle on tient : ce sont les syndicats qui président le congrès. Il y sera dérogé toutefois le lendemain, puisque la présidence sera confiée au secrétaire général de la confédération Jean-Claude Mailly.

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Jean-Claude Mailly

Malgré une chaleur écrasante (et la proximité d’une buvette installée à l’extérieur pour l’occasion), l’une des caractéristiques de ce congrès est d’avoir compté des délégués particulièrement assidus et attentifs, avec une discussion nourrie de 25 interventions à la tribune.

En toile de fond, des grèves dures et longues

Il faut dire que l’ordre du jour était particulièrement chargé dans un contexte marqué par un climat social en ébullition dans le département, avec bien évidemment la mobilisation contre la loi El Khomri comme partout ailleurs, mais aussi plusieurs grèves dures et longues autour de revendications catégorielles : des éboueurs de Bordeaux Métropole à leurs collègues de Véolia propreté en passant par les transports urbains ou encore les personnels du centre de rééducation de la Tour de Gassie , établissement de l’Assurance maladie (Ugecam)…

On assiste en ce moment à un véritable « bouillonnement » dans le département a souligné Jean-Pierre Deligey, secrétaire général sortant, en présentant le rapport d’activité (voté à 95%). Plusieurs délégués responsables des syndicats de ces secteurs n’ont d’ailleurs pu eux non plus assister que partiellement au congrès, appelés à être présents sur le terrain.

Renouvellement des instances

Le congrès avait aussi la lourde tâche de renouveler les instances de l’Union départementale, sachant que le secrétaire général Jean-Pierre Deligey et Alain Boutareaud, le trésorier général, ne souhaitaient pas renouveler leur mandat et que deux candidats, Philippe Mano (enseignant) et Stéphane Martegoute (métallurgie), étaient candidats au mandat de secrétaire général. Philippe Mano a finalement été élu.

Mais l’autre caractéristique de ce congrès a précisément été de ne pas se laisser déborder par cette difficulté, chacun faisant preuve de responsabilité. Et dans une situation sociale particulièrement tendue, les débats ne se sont pas focalisés sur les questions internes, bien au contraire.

En préambule, avant même que la discussion sur le rapport d’activité et de trésorerie ne commence, une motion solennelle a été unanimement adoptée par laquelle le Congrès « se félicite que la détermination commune des organisations syndicales et de jeunesse avec notre Confédération Force Ouvrière ait fait reculer le gouvernement et obtenu le droit de manifester à Paris ce 23 juin ».

La motion a été intégrée dans la résolution générale, elle aussi votée à l’unanimité.

Contre la loi El Khomri et pour les revendications catégorielles

Le combat contre la loi El Khomri a été évoqué par la quasi-totalité des 25 intervenants à la tribune, issus de secteurs aussi divers que la métallurgie, le commerce, la poste, les télécoms, le rail, le transport urbain, la police, la santé publique et privée, l’enseignement, l’action sociale, l’AFPA (Association pour la formation professionnelle des adultes)… « Il faut déjà nous battre sans cesse contre les suppressions d’emplois, demain, avec cette loi ce serait “no limit“ pour les employeurs (…) l’heure n’est plus au combat chacun de notre côté, il faut renforcer l’action interprofessionnelle », a notamment déclaré Stéphane Martegoute, de l’Union des syndicats de la métallurgie. « Le 31 mars et le 28 avril, pour le retrait de la loi Travail, c’est plus de 100 écoles girondines qui étaient en grève dont une cinquantaine totalement fermées. Les enseignants girondins ont bien compris qu’obtenir le retrait de cette loi serait un point d’appui considérable pour nos revendications catégorielles », a expliqué Marlène Fernandez, du syndicat FO des directeurs et instituteurs (SNUDI).

Tous ont également évoqué leurs revendications spécifiques. Le délégué de la santé a expliqué qu’il n’y aura que deux places créées dans les Ehpad de Gironde pour les deux prochaines années alors que la population des personnes âgées va augmenter de 18% pour les plus de 85 ans et de 11,70% pour les plus de 71 ans… La déléguée syndicale centrale de Leroy Merlin a rappelé l’action du syndicat contre l’ouverture du travail le dimanche… Un délégué postier a expliqué les conditions de travail effroyables des 500 jeunes employés au centre d’appel de Free à Bordeaux-Lac et comment malgré un très fort turn-over, le syndicat a réussi à maintenir un taux de syndicalisation stable et à passer de 8% à 26% aux élections professionnelles…. Pour n’en citer que quelques-uns.

Le vent en poupe… pour aller toujours plus loin

Ce qu’il faut retenir en dernier lieu de ce congrès est la vitalité de l’Union départementale, avec une forte progression des timbres placés ces trois dernières années et de nombreux exemples de syndicats en pleine expansion fièrement annoncés à la tribune : au CHU de Bordeaux FO est passé de 140 adhérents à plus de 500 en quelques années, 8 syndicats ont été créés en trois ans dans la santé et le médico-social et le syndicat départemental de la santé est passé pour la première fois devant la CGT, devenant ainsi première organisation syndicale de la santé dans le département, le SNUDI FO a enregistré une hausse de 103% de ses timbres placés en trois ans…

Signe des temps, le nombre d’adhésions directes auprès de l’Union départementale, par téléphone ou internet ne cesse d’augmenter, à un rythme désormais quasi quotidien. Forts de ces résultats, la nouvelle équipe de l’Union départementale de la Gironde n’a qu’une idée en tête : faire encore mieux. Au vu du dynamisme exprimé au cours de ce congrès, on peut gager qu’ils y arriveront.

« Bouillonnement »

Le terme « bouillonnement » employé par Jean-Pierre Deligey secrétaire général sortant pour résumer le climat social actuel en Gironde est parfaitement approprié. Rencontrés au fil du congrès plusieurs responsables de syndicats nous ont expliqué leurs conflits.

Grève chez Kéolis (bus et trams)

Jean-Luc Doucereux, secrétaire général du syndicat FO Kéolis Bordeaux (bus urbains et tramway) : « (…) Nous revendiquons de meilleures conditions de travail et que des efforts de maintenance soient réalisés sur les véhicules. La Délégation de service public (DSP) a demandé à Kéolis de réduire le nombre de bus. Ils roulent donc beaucoup plus, 20 heures au lieu de 12 ou 13 h chaque jour et donc s’usent beaucoup plus vite. Il y a quelques jours un bus a perdu deux roues ! Les rétroviseurs tiennent avec du scotch, les stores avec de la ficelle… Hier, jour de première grosse chaleur, 55 bus sont tombés en panne ! (…) Nous avons désormais des temps de conduite supérieurs à 5h30 dans les bus et à 3h30 dans les trams, alors que normalement ils doivent être au maximum de 5h et 3 h (…). Nous revendiquons aussi une prime en lien avec tous les événements qui compliquent notre travail (fête du vin, fête du fleuve, fête de la musique, Euro…) (…) Le 5e jour de grève ciblée aura lieu le 2 juillet pour le quart de finale de l’Euro. Nous avons été reçus par la préfecture mais n’avons eu aucune rencontre avec la direction (…) Lors de notre dernière manif, nous scandions “ Reçois, nous, reçois nous !“ (…) ».

Grève au centre de rééducation de La Tour de Gassies (Ugecam) depuis le 26 mai

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Au bout de la rangée à droite, Agnès Vaysette, déléguée syndicale centrale à l’Ugecam Aquitaine.

Agnès Vayssette, déléguée syndicale centrale FO à l’UGECAM (Union générale des établissements de l’assurance maladie) Aquitaine : « notre priorité est de pouvoir bien soigner les patients et c’est pour cela que nous sommes en grève depuis presque un mois. Nous n’avons pour l’instant obtenu aucune réponse de la direction. Nous revendiquons l’arrêt des suppressions de poste, et nous nous opposons à la diminution du taux de remplacement des personnels absents. Nous voulons au contraire la création d’un pool de remplacement immédiat dans tous les secteurs d’activité afin de permettre une prise en charge des patients de qualité, avec du personnel formé et que la direction arrête de recourir systématiquement à l’intérim qui en plus a un coût financier énorme. Les patients ont bien compris que nous agissons dans leur intérêt et nous avons leur soutien depuis le début du conflit ».

Après une semaine de grève chez Véolia propreté, quelques avancées obtenues

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René Massie, Veolia Propreté.

René Massie, délégué syndical central chez Véolia propreté, entreprise privée de collecte des ordures ménagères et de déchets industriels : « nous avons été en grève toute la semaine dernière pour l’augmentation des salaires, le maintien des emplois et de meilleures conditions de travail. Nous avons obtenu 0,97 % d’augmentation au lieu des 0,47% que la direction a voulu imposer. Nous avons aussi obtenu une prime de 100 euros sur tous les salaire , en guise de rattrapage car nous n’avions rien eu l’année dernière. La part patronal sur la mutuelle va augmenter de 30 euros à 38,50 euros et il y aura un abondement exceptionnel de 50 euros sur les chèques vacances. Nous avons calculé que cela représentait environ 2,1% d’augmentation sur l’année (…) Il y a cinq ans, FO représentait 8%, aujourd’hui nous avons obtenu 30% aux élections professionnelles qui ont eu lieu juste avant la grève. »

Les poubelles s’accumulent dans les rues des 27 communes de la métropole

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Raymond Léglise du Syndicat FO Bordeaux Métropole.

Raymond Léglise, secrétaire général du syndicat FO métropole : « (…) Il y a trois semaines, juste avant l’Euro, auquel des millions sont consacrés, la Métropole nous a annoncé que nos cotisations à la complémentaire santé augmenteraient de 15% en 2017 puis de 10% en 2008, soit 50 euros de plus par mois. De plus, il nous a été signifié que le régime indemnitaire ne serait toujours pas renégocié en 2016, ni en 2017, ni même peut être en 2018, alors qu’un accord de 2012 prévoyait qu’il le soit dès 2014 et qu’on n’a jamais rien eu. Avant le déclenchement de la grève, nous avons demandé à être reçus et nous l’avons été par un élu, et deux représentants de la direction. Après nous avoir écoutés, ils nous ont dit qu’ils attendraient de voir la mobilisation pour voir comment ils allaient négocier (…) Aujourd’hui, la grève impacte 100% des services de la propreté, 80 % de la collecte des ordures ménagères, 100% des centres de recyclage et même quelques agents administratifs. Ni les élus, ni la direction n’ont bougé d’un iota. Et maintenant M. Juppé nous dit qu’il refuse de négocier sous la pression ! »