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Insertion professionnelle - Le parcours du combattant

, FO Jeunes

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L’insertion professionnelle est une lutte. Elle ne vient plus récompenser des efforts scolaires et la réussite aux examens, elle hante notre génération du collège au diplôme, agitant le spectre du chômage et de la pauvreté.

Les obstacles à franchir sont nombreux. Réussir son parcours scolaire n’est plus une évidence tant il y a de jeunes laissés sur le bas-côté sans aucun diplôme, on en dénombre 140 000 par an sur un effectif total de 740 000 jeunes par tranche d’âge. Se former pas alternance nécessite de trouver un employeur, ce qui se raréfie, en baisse de 8% sur 2013, alors que le besoin de formations alternatives pour des jeunes déscolarisés est important. Au total, on dénombre aujourd’hui 1,9 millions de jeunes Not in Education, Employment or Training (NEET) [1], dont 41% ne sont pas inscrits auprès de Pôle emploi ou d’une Mission Locale en 2012 [2]. À noter que le nombre de jeunes suivis par une mission locale était en baisse de 5% en 2011 [3] (dernier chiffre disponible).

Un nombre croissant de formations ont recours aux stages– 1 600 000 stagiaires en 2012 contre 600000 en 2006–, difficiles à trouver, dépendants du réseau familial, sous-payés et souvent détournés de leurs objectifs initiaux.

Le passage au monde du travail se fait par le chômage, qui touche, en 2014, 22,9% des jeunes actifs [4], le CDD ou l’intérim qui concernent 53% des jeunes en emploi [5] et enfin, en bout de course, par un CDI, à l’âge moyen de 29 ans [6] au terme d’un compromis inadmissible entre qualifications et emploi, 30% des jeunes étant sur qualifiés pour leur emploi [7].

« Des initiatives insuffisantes »

De nombreuses initiatives tentent de pallier cette situation. Pour ne citer que les plus récentes : le gouvernement Ayrault a lancé en 2013 le plan « Priorité Jeunesse », suivi par un « Comité Interministériel de la Jeunesse », proposant 47 mesures pour améliorer la situation des jeunes, 100 000 Emplois d’Avenir ont été créés en 2013, 50 000 contrats supplémentaires devraient s’y ajouter en 2014, enfin les Contrats de génération ont vu le jour fin 2012 sans atteindre les objectifs fixés par le gouvernement. La Garantie Jeunes, dispositif d’accompagnement vers l’emploi ouvrant droit au versement d’une indemnité équivalente au RSA aux jeunes intégrant le dispositif, est en cours d’expérimentation et devrait, à terme, concerner 100 000 jeunes par an à partir de 2016.

Plus anciens mais toujours en cours, les Contrats Uniques d’Insertion, dans l’entreprise (CIE) ou les collectivités locales (CAE), proposent comme les Emplois d’Avenir une baisse des cotisations patronales pour l’emploi d’un jeune éloigné de l’emploi. À noter sur ces contrats l’absence de contraintes en termes d’âge et de qualifications, entraînant une surreprésentation de jeunes diplômés parmi les bénéficiaires, confirmant la généralisation des difficultés d’insertion professionnelle aux jeunes diplômés et justifiant la création des Emplois d’Avenir pour les moins qualifiés.

En 2011, deux Accords Nationaux Interprofessionnels ont été signés par les interlocuteurs sociaux pour l’emploi des jeunes, l’un concernant l’accompagnement et l’aide à la recherche d’un emploi, qui a remporté un franc succès [8], reconduit en 2014, et le second concernant l’aide à la prise d’un emploi, notamment pour l’achat de matériel professionnel, au résultat plus mitigé.

Ces initiatives n’arrivent pas à faire baisser sensiblement le chômage des jeunes pour la simple et bonne raison qu’elles ne créent pas d’emploi, ou trop peu.

Les emplois aidés sont amoindris par un certain effet d’aubaine et de substitution [9]. On notera à ce titre l’effet négatif des Emplois d’Avenir sur l’apprentissage en 2013, bien que la chute de 8% des entrées en apprentissage soit aussi due à la baisse de l’emploi en général et à la réforme des aides. Bien qu’essentiels pour les bénéficiaires, pour la majorité peu ou pas qualifiés et éloignés de l’emploi, le volume des emplois aidés reste insuffisant pour impacter significativement les chiffres du chômage : 100 000 Emplois d’Avenir contre 1 millions de jeunes NEET de moins de 25 ans voire 2 millions pour les moins de 30 ans.

Cependant, et il faut le rappeler, les emplois aidés doivent aussi être considérés, dans une vision structurelle de l’insertion professionnelle comme une transition, un moyen de raccrocher des jeunes en voie de marginalisation plutôt qu’un emploi pérenne. C’est pour cette raison qu’il est important pour FO Jeunes que ces emplois s’accompagnent d’une formation et de l’acquisition d’une qualification. De même le passage d’un emploi aidé à un emploi standard doit être préparé et facilité. Les emplois aidés ont deux vocations : favoriser l’emploi des plus précaires et lutter contre le chômage conjoncturel de la frange la plus fragile des jeunes chômeurs (5 à 10%).

L’explosion du chômage des jeunes lors de la crise de 2008 et l’incapacité du système à le résorber de lui-même démontrent sa fragilité. De nombreuses réformes structurelles sont demandées concernant l’emploi des jeunes, en premier lieu celle de l’apprentissage et de l’alternance. Rappelons toutefois qu’une telle réforme, présentée comme une recette miracle, par comparaison à d’autres pays, développe « l’employabilité » et non l’emploi, autrement dit ne créés par d’emploi. Veillons de surcroit à ne pas idéaliser la situation d’autres pays parfois plus exposés à la précarité, au temps partiel subi et à la pauvreté.

Les politiques centrées sur « l’employabilité » des jeunes sans créer d’emploi ont un effet de répartition du chômage entre générations. Et bien que ce soit plus juste vis-à-vis des jeunes mais aussi des séniors, ciblés par des politiques similaires et dont le chômage a fortement augmenté ces dernières années [10], il ne s’agit là que d’une baisse du chômage en trompe l’œil. Surtout, la pratique qui consiste à supprimer des emplois dans la fonction publique –on estime les suppressions à 500 000 emplois dans les trois volets de la fonction publique– pour en recréer dans une moindre mesure, dans des conditions précaires, par des contrats de courte durée, nous interpelle.

« Revenir aux fondamentaux »

Lutte contre les stéréotypes
La mixité des métiers a été déclarée cause nationale 2013.
Pour cela, les jeunes étudiants doivent être sensibilisés aux métiers sans distinction de genre. Ce doit être un des objectifs du stage « découverte » de 3e.
Surtout, l’étape d’orientation de fin de collège doit être l’occasion de favoriser cette mixité auprès des jeunes amenés à s’insérer professionnellement rapidement en évitant des choix d’orientation « par défaut » qui consisteraient à orienter les filles et garçons dans des filières distinctes sur la base de stéréotypes de genre, indépendamment des aspirations du jeune concerné.

Enfin, la formation est aujourd’hui fortement remise en cause. La première remise en cause, ce sont les 140 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans aucun diplôme (supérieur au brevet du collège) chaque année, nommés, de façon culpabilisante, « décrocheurs ». La seconde vient des entreprises qui favorisent largement les formations faites en partie dans le monde professionnel, par le biais de l’alternance et des stages. Cela montre à la fois une défiance par rapport aux enseignements mais surtout un manque de lisibilité des diplômes –on compte à ce jour 270 mentions de licence différentes [11] – et du contenu des formations.

Attention toutefois à toute idée qui consisterait à généraliser l’alternance dans l’enseignement, secondaire et supérieur. D’une part, si les formations en alternance affichent in fine un taux d’insertion professionnelle meilleur que des formations plus traditionnelles, il s’agit avant tout d’un avantage concurrentiel, aucun emploi n’est créé. D’autre part, ne soyons pas dupes, il n’y a pas de solution miracle, il s’agit d’un dispositif qui a ses propres limites et inconvénients, et dont les dérives peuvent être nombreuses s’il n’est pas suffisamment encadré, comme c’est le cas aujourd’hui pour le stage.

À tous ceux qui pensent avoir « the » réforme, nous prévenons et avertissons qu’il n’y a pas de solution miracle. L’unique solution consiste à se donner les moyens de ses ambitions. Dégrader les conditions de travail des enseignants, diminuer leur pouvoir d’achat et « masteriser » leur recrutement n’ont eu d’autre impact que de fragiliser la qualité de l’enseignement. L’augmentation du recrutement d’enseignants est une bonne chose. Seul bémol : à effectif public constant dans la fonction publique d’État, cette augmentation pèse sur d’autres services publics.

Notes

[1Op. Cit, (Cahuc, Carcillo, & Zimmermann, 2013).

[2(Insee, 2013), calculs DARES. Champ : France métropolitaine.

[3Parcours 3, exploitation DARES, Champ : France entière.

[4Insee. (2014). Enquête emploi. Taux de chômage au sens du BIT,
15-24 ans, T1 2014.

[5(Insee, 2013).

[6Op.Cit, (Michel Sapin, 2013)

[7Op.Cit, (Philippe Lemistre, Janvier 2013)

[8GESTE. (Novembre 2013). Bilan quantitatif et évaluation qualitative des conventions sur le financement de l’accompagnement des jeunes demandeurs d’emploi dans leur accès à l’emploi.

[9Cour des Comptes. (Octobre 2011). Les contrats aidés dans la politique de l’emploi.

[10Augmentation de 70% en 4 ans, Pôle emploi, Dares.

[11Liaisons Sociales. (2014). Les jeunes, le travail et l’emploi.

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