Agir pour et avec les jeunes

Introduction - « Ce cahier, une nécessité »

, FO Jeunes

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La jeunesse préoccupe beaucoup, voire obnubile, les générations aînées. Notre génération fait l’objet de très, voire trop nombreuses études. Parfois contradictoires et souvent répétitives, ces études ont un point commun : elles n’ont pour le moment rien fait avancer. Pire, elles nous font parfois croire que notre comportement ne serait pas la conséquence mais la cause de notre situation : chômage de masse et dépendance financière.

Pourtant notre génération ne diffère pas tant des autres, elle est simplement confrontée à une situation de crise majeure de l’emploi et elle réagit comme elle le peut. Et la faiblesse apparente de notre engagement syndical ou politique ne révèle pas notre absence de conscience politique, mais simplement sa non-expression. Sa non-expression parce nous sommes précaires. Sa non-expression parce que les gouvernements eux-mêmes ont abandonné l’idée de progrès pour notre génération.

La France possède un système scolaire de plus en plus inégalitaire, notre insertion professionnelle, caractérisée par un taux de chômage élevé nous met en concurrence les uns avec les autres et le parcours jusqu’au CDI est une lutte acharnée : cumul études et petits boulots, stages sous-payés, chômage, intérim, chômage, CDD, chômage, CDD et enfin CDI. Fraîchement diplômés, on nous reproche de coûter trop cher, la protection sociale va en s’amenuisant, nos parents se retrouvent au chômage après des années de bons et loyaux services et l’avenir des retraites est en constant débat aujourd’hui, qu’en sera-t-il pour nous… On fait peu pour nous aujourd’hui et l’avenir nous promet toujours moins demain. Dans cette jungle, notre comportement individualiste tant décrié est un moyen de survie, une fatalité, en aucun cas notre way of life.

Aussi, pour couper court aux préjugés et aux idées fausses, la jeunesse réunie au sein de FO Jeunes s’est attelée d’une part à présenter un constat clair et net de notre situation, pour sensibiliser, et d’autre part à formuler des revendications que nous portons tous : jeunes, moins jeunes, vieux et carrément vieux, simplement parce que nous sommes tous travailleurs.

Ce cahier revendicatif doit servir à tous et toutes pour y trouver de l’information, des axes de travail, des pistes de réflexion et un support de revendications.

Ce travail se concentre ainsi sur la situation des jeunes, les types d’emploi qu’ils occupent, les dérives existantes, leurs conséquences sur le long terme et les moyens d’y remédier, à court ou moyen terme par des mesures concrètes. Rappelons en préambule que l’emploi des jeunes dépend avant tout de la situation globale de l’emploi en France et en Europe. L’unique solution durable et pérenne au chômage des jeunes ne peut passer que par une relance générale de notre économie, centrée sur le soutien à la consommation et la redistribution équitable des richesses.

Avant de présenter plus en détail notre travail, il nous semble important de dénoncer une idée fausse érigée en vérité : ce n’est pas en abaissant les cotisations sociales que les entreprises créeront de l’emploi. L’emploi est généré par l’activité économique, la demande, qui produit le besoin auquel les entreprises répondent. Cette demande provient de la consommation des ménages, d’où l’importance du salaire minimum et du soutien à la consommation par des aides contra-cyliques en période de crise.

« Une génération dans l’incapacité de se projeter dans l’avenir »

14 millions de jeunes chômeurs au sein de l’Union Européenne [1], 1,9 millions parmi les jeunes français de 15 à 29 ans [2], le chômage est une des plaies de notre génération. Bien que nous soyons mieux formés que nos aînés [3], le chômage de longue durée touche un jeune sur cinq et impacte négativement nos qualifications [4]. La concurrence à l’embauche et la nécessité d’obtenir une rémunération pour vivre entraînent un mouvement général de déclassement [5], relayant les uns dans des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés et condamnant les autres au chômage de longue durée. Cette situation est un gâchis, et pour parler en termes économiques, une perte d’« efficacité » de notre système scolaire [6]. Cette remise en cause de la méritocratie et cette panne de l’ascenseur social entraînent une démotivation générale et une perte de productivité [7]. Il est urgent de redonner toute son « efficacité » à notre système de formation en permettant aux travailleurs d’occuper un emploi à la hauteur de leurs compétences !

La précarité nous touche intensément. La crise de 2008 a frappé de plein fouet le monde du travail en France et le manque de réactivité des politiques ainsi que leur inadéquation, tant au niveau national qu’européen, ont coupé court à la reprise de la croissance et installé durablement une situation de crise de l’emploi, dont les jeunes et les femmes sont les premiers à souffrir. Bien que le diplôme demeure une protection contre le chômage il permet de moins en moins d’accéder immédiatement à un CDI qui pour nombre d’entre nous qui sommes en CDD, plus de la moitié de ceux en emploi [8], devient un graal.

Avec le CDI à un horizon toujours plus lointain (29 ans) [9], c’est l’avenir, c’est le temps de l’indépendance, de la construction d’un parcours professionnel, d’un foyer qui s’éloigne pour notre génération. Et loin de ne toucher que les jeunes, cette précarité qui est la nôtre provoque le déséquilibre du système, que ce soit des retraites, du chômage, de la consommation [10] et donc de l’économie, de l’emploi et de la démographie, bref, un cercle vicieux.

Cette précarité se vit dans le travail bien entendu, mais aussi dans l’accès au logement, à la santé et aux loisirs. La situation de l’emploi entraîne notamment un exode rural vers les zones urbaines, pourvoyeuses d’emploi. Par conséquent, les jeunes sont confrontés à des loyers élevés, leur taux d’effort atteint en moyenne 18,7% contre 10% pour la population totale [11] (déduction faite des aides au logement). Cette moyenne recouvre des réalités très disparates, entre zones urbaines et rurales. Ainsi, 42% des locataires parisiens de moins de 30 ans consacrent plus du tiers de leur revenu pour se loger [12] (contre 12% en moyenne pour les autres classes d’âge). Aujourd’hui, 18,8% des jeunes sont pauvres, contre 7,8% toutes classes d’âge confondues [13].

Enfin, cette situation globale des jeunes aujourd’hui en France a de nombreuses répercussions. Ainsi, le fort taux de chômage, les faibles salaires, bref, la précarité sont aussi en corrélation avec la délinquance [14].

« Le rejet du mieux que rien ! »

Nous vivons aujourd’hui avec la certitude de vivre, pour une bonne part d’entre nous, moins bien que nos parents et grands-parents. Nous ne pouvons accepter cette situation au nom du « c’est mieux que rien » qui caractérise si bien la politique d’aujourd’hui. Chaque génération grandit et prospère dans le progrès, nous refusons d’être celle du déclin ! Nous avons le droit aux mêmes aspirations que nos aînés. Nous ne revendiquons pas l’emploi pour l’emploi, mais l’emploi de qualité avec du sens !

Deux piliers doivent guider la politique de l’emploi : redistribution des richesses et réduction du temps de travail. Ces deux principes fondamentaux ont été oubliés, si bien que depuis 15 ans, l’augmentation de la productivité a été deux fois plus élevée que celle des salaires [15] dans les pays développés.

Cette situation, commune à toute l’Europe, doit être résolue avec l’Europe. Après quatre années d’austérité budgétaire et quatre années d’échec, les chantres mêmes de cette politique délétère économiquement émettent des doutes sur la pertinence de leurs propres recommandations. Il est désormais temps de tirer les conclusions de ce raté monumental. La crise doit être combattue par une politique contra-cyclique de soutien de la demande. C’est pourquoi les organisations syndicales constitutives de la Confédération Européenne des Syndicats dont FO fait partie revendiquent un plan d’investissement de 2% du PIB de l’Union Européenne [16], seul capable de relancer la croissance de notre bon vieux continent.

Enfin, tout le monde le répète, la jeunesse n’est qu’une étape, un état passager. Aussi ce cahier se construit autour de deux axes de transition interdépendants, le premier vers l’emploi et le second vers l’autonomie.

Notes

[1Eurofound. (2013, Novembre 13). Young people and « NEET’s ». Récupéré sur Site web Eurofound : http://www.eurofound.europa.eu/emcc/labourmarket/youth.htm

[2Cahuc, P., Carcillo, S., & Zimmermann, K. F. (2013). L’emploi des jeunes peu qualifiés en France, Les notes du Conseil d’Analyse Economique, n°4.

[3Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop). (2012). Future skills supply and demand in Europe : Forecast 2012, rapport de recherche n°26. Luxembourg.

[4Christophe Barret, F. R. (2013). Enquête Bref du Cereq - 2013 auprès de la Génération 2010 - Face à la crise, le fossé se creuse entre niveaux de diplôme.

[530% déclassement selon Philippe Lemistre, c. a.-C. (Janvier 2013). Le déclassement, entre mythe et réalité. Alternatives Economiques Poche n°059.

[6Bureau International du Travail. (2014). Des politiques de l’emploi pour une reprise et un développement durables.

[7Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop). (2010). The skills matching challenge : Analysing skill mismatch and policu implications. Luxembourg.

[8Insee. (2013). Enquête emploi en continu 2012.

[9Michel Sapin, Ministre du Travail. (2013, Septembre 1). Tous Politiques - France 24. (R.F. Fauvelle, Intervieweur).

[10Klemm, M. (2010). The impact of job insecurity on the saving behavior of German households. DIW Berlin, 1-26.

[11Conseil Economique Social et Environnemental. (2013). Le logement autonome des jeunes.

[12Insee. (2013). Enquête emploi en continu 2012.

[13Observatoire des inégalités, 18-29 ans, au seuil de pauvreté 50% du revenu médian, 2010.

[14Fougère, D., Kramarz, F., & Pouget , J. (2003). Crime and Unemployment in France. CREST.

[15Bureau International du Travail. (2013). Rapport mondial sur les salaires 2012/2013 : Salaires et croissance équitable.

[16Confédération Européenne des Syndicats. (2013). A new path for Europe : ETUC plan for investment, sustainable growth and quality jobs.