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Italie : rejet massif de la réforme constitutionnelle, mais pas seulement

, Evelyne Salamero

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Jobs Act : manifestation de Milan pendant la grève générale du 12 décembre 2014. Steve Best (CC BY-NC-SA 2.0)

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a annoncé sa démission dans la nuit de dimanche à lundi, après que 59,1% d’italiens ont rejeté la réforme de la constitution. La centrale syndicale CGIL avait appelé à voter non au référendum. Nul doute que la réforme du travail en vigueur depuis un an et demi n’a pas non plus échappé à la sanction des électeurs.

Le chef du gouvernement italien avait annoncé qu’il démissionnerait en cas de victoire du non au référendum sur la réforme constitutionnelle. C’est chose faite. Celui qui s’était fait investir sur sa volonté affichée de réformer son pays de fond en comble, avec pour ambition de le porter au rang de troisième économie de la zone euro, vient d’être balayé.

La réforme constitutionnelle aurait notamment consisté en une réduction des pouvoirs du Sénat qui n’aurait plus eu la capacité de voter la confiance au gouvernement et ne se serait plus prononcé que sur les lois constitutionnelles, la participation de l’Italie à l’Union européenne et la protection des minorités linguistiques. Le nombre des sénateurs serait tombé de 315 à 100 qui n’auraient plus été élus au suffrage universel direct. La réforme prévoyait également la suppression des provinces (échelon des départements français).

Le poids du « Jobs act » dans la balance

Si sur les trois organisations syndicales italiennes, la confédération syndicale UIL n’a pas donné de consigne de vote et la CSIL a appelé à voter oui, la CGIL, s’est, elle, engagée dans la campagne pour le non, soulignant le danger que feraient courir aux droits sociaux une telle concentration du pouvoir entre les mains du chef du gouvernement. De plus, Matteo Renzi ayant mis sa démission dans la balance, une victoire du oui serait apparue comme un plébiscite en faveur de celui qui a aussi porté la réforme du travail en application depuis mars 2015.

Le « Jobs act » italien a notamment supprimé l’article 18 du Code du travail italien en vertu duquel un salarié abusivement licencié pouvait être réintégré dans son entreprise s’il le souhaitait. La réintégration du salarié ne reste possible qu’en cas de discrimination, mais encore faut-il que celui-ci en apporte « la preuve matérielle ».

La réforme a également créé un nouveau type de contrat : le CDI « à protection croissante », avec une période d’essai de… trois ans, pendant laquelle l’employeur n’a donc pas à justifier la rupture du contrat. Les indemnités de licenciement sont croissantes (de 4 à 24 mois de salaire) en fonction de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise.

Une reprise très fragile

Contrairement à ce qu’a prétendu le gouvernement de Matteo Renzi, cette réforme ne règle absolument pas le problème du chômage, dénoncent la CGIL et l’UIL qui avaient appelé à une grève générale pour s’y opposer. Les organisations syndicales s’attendent à ce que les employeurs cessent d’avoir recours à ce nouveau contrat précaire quand il ne leur donnera plus droit aux exonérations de charges sociales, celles-ci étant prévues pour une période limitée.

Depuis que l’Italie est sortie de la récession en 2014, la reprise reste en réalité très fragile. La croissance devrait être de 0,8% cette année. Mais, selon le FMI, le PIB italien ne retrouvera pas son niveau d’avant la crise avant 2025.

C’est donc dans un contexte économique et social particulièrement tendu que s’est nouée la crise politique actuelle.

Signe des temps, pour la première fois depuis vingt ans, les salariés du textile étaient en grève le 18 novembre dernier, à l’appel de leurs fédérations CGIL, UIL et CISL pour obtenir le renouvellement de leur convention collective nationale et des augmentations de salaires.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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