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L’euro responsable d’une flambée des prix ? Non répond l’Insee

, Nadia Djabali

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Contrairement au ressenti des Français, le passage à l’euro n’a eu qu’un impact modéré sur la hausse des prix.

La rupture est consommée entre la réalité statistique et le ressenti des Français. Alors que nombre d’entre eux sont convaincus du contraire, l’Insee démontre que les prix à la consommation n’ont pas explosé après l’introduction de l’euro en 2002. Ils ont certes augmenté entre 2002 et 2016, mais beaucoup moins que durant les quinze années qui ont précédé l’apparition de la monnaie unique dans les porte-monnaie.

Depuis 2002, les prix à la consommation ont augmenté de 1,4 % en moyenne par an. Ce qui est bien moins que les 10,1 % entre 1950 et 1980, et les 2,4 % annuels enregistrés entre 1986 et 2001.

Alors pourquoi les Français ne sont-ils pas en phase avec la réalité des prix ? Prudent, l’Insee avance plusieurs pistes. Tout d’abord, l’attention des ménages serait plus captée par les prix en hausse que par ceux qui baissent, avec un impact psychologique plus important lorsque la hausse des prix concerne un produit de consommation courante. Le consommateur est plus sensible aux hausses du prix du pain qu’aux baisses de l’électroménager, explique l’Insee.

Le dernier prix connu en franc

Ensuite, les Français n’auraient pas fait table rase du passé et auraient gardé en mémoire la hausse des prix ayant eu lieu juste avant l’introduction de l’euro, lorsque les enseignes ont réadapté les « arrondis » et les nouvelles grilles tarifaires psychologiques en euro (les prix à 9,90 euros…).

Enfin, les ménages auraient tendance à se souvenir du dernier prix connu en franc. Ainsi pour la baguette, par exemple, ils auraient tendance à comparer son prix actuel (0,87 centimes en moyenne) à son dernier prix de 2001, soit un peu plus de 4,30 francs en moyenne (0,66 euro). D’où l’impression d’une hausse importante, alors que cette augmentation se situe dans la moyenne des années 1990.

D’autres éléments pourraient toutefois expliquer cet écart entre la perception des Français et les mesures de l’Insee. Notamment l’utilisation des moyennes, une méthode qui lisse de fortes disparités. Ainsi, parmi les plus fortes hausses de prix entre 2014 et 2015 on trouve des produits et services qui touchent au quotidien : les services postaux (+ 8,9 %), les parkings (+ 7,1 %), les légumes frais (+ 6,8 %), l’électricité (+ 4,8 %), les fruits frais (+ 4,8 %), les journaux (+ 3,8 %), le chauffage urbain (+ 3,3 %), la complémentaire santé (+ 3,2 %) et les billets de train (+ 3,1 %). 

 

Zoom : Et le pouvoir d’achat ? Pour comprendre ce sentiment de vie chère, il faut également rapprocher l’évolution des prix de celle du pouvoir d’achat. Ce dernier dépend de l’évolution des revenus qui, eux, ont été très malmenés depuis la crise de 2008. Comme le démontre une autre étude de l’Insee, publiée en janvier 2017, qui place le salaire moyen annuel de 2014 à 20 670 euros. Un salaire moyen en baisse depuis 2009, qui lui aussi cache de très grandes disparités : les cadres sont quasiment payés deux fois plus que la moyenne nationale, soit environ 40 282 euros par an. En dessous de la moyenne nationale, les employés, dont le salaire annuel moyen est de 13 748 euros, et les ouvriers, à 15 111 euros. Des catégories sociales plus sensibles aux augmentations des prix.

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