Exposition à Bordeaux

« L’île des esclaves oubliés » revient en mémoire

, Michel Pourcelot

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L’île Pitcairn des mutins du Bounty pourraient passer pour un camp de vacances à côté de l’îlot Tromelin. L’histoire se passe peu ou prou à la même époque, vers la fin du XVIIIe siècle. Une nuit de tempête de juillet 1761, dans l’Océan indien, un navire de la Compagnie française des Indes orientales s’échoue sur la barrière de corail de l’île Tromelin, alors appelée « l’île de sable », au nord de l’île de la Réunion. A bord de L’Utile, 150 membres d’équipages et 160 esclaves malgaches achetés illégalement et devant être vendus à l’île de France, aujourd’hui l’Île Maurice. Promettant de revenir bientôt, les 122 membres rescapés de l’équipage partent sur une embarcation de fortune en laissant quelque 80 esclaves survivants seuls sur l’îlot désert. Ils vont rester 15 ans sur cette petite langue de sable, haute de quelques mètres. Balayée par les vents, elle ne possède pas d’autre végétation que des arbustes et des morceaux de corail et guère d’animaux autres que des tortues et des oiseaux. C’est l’histoire de ces esclaves abandonnés qui est l’objet d’une exposition organisée à Bordeaux jusqu’au 30 avril 2017 et intitulée « Tromelin - L’île des esclaves oubliés ». Elle découle de plusieurs expéditions d’archéologie navale, sous-marines et terrestres, menées sur place entre 2006 et 2013 par le Gran, le Groupe de recherche en archéologie navale, et l’Inrap, l’Institut national de recherches archéologiques préventives. Elles ont permis d’étudier les conditions de survie et de replacer cette tragédie dans l’histoire de la traite et de l’esclavage dans l’océan Indien, largement abordée dans cette exposition, qui est également illustrée par des planches originales de la bande dessinée de Sylvain Savoia, Les esclaves oubliés de Tromelin (aux éditions Dupuis). Itinérante, l’exposition a déjà été présentée dans des hauts-lieux de la traite négrière comme Nantes et Lorient.

15 ans après

A Madagascar, les autorités françaises refusèrent d’envoyer le moindre bateau de secours vers cet îlot situé à 450 kilomètres à l’est de à 535 kilomètres au nord de l’île de La Réunion, au milieu de fonds marins de quelque 4 000 mètres. La nouvelle finit par parvenir à Paris, où quelques intellectuels entrèrent dans une brève effervescence vite dissoute dans des sujets européens, comme les arcanes de la Guerre de Sept ans. Ce n’est que 15 ans après le naufrage, le 29 novembre 1776, qu’un vaisseau commandé par un certain Tromelin parvint à débarquer sur l’îlot où il ne restait plus que sept femmes et un bébé de 8 mois, les trois derniers hommes de l’îlot et trois femmes venant de disparaître en mer en tentant le tout pour le tout avec un radeau de fortune. Huit ans après la Révolution française éclatait et le 4 février 1794 l’esclavage était aboli par un décret lui-même aboli en 1802. On ne plaisantait pas avec le coût du travail et la distorsion de concurrence avec les Anglais, qui, eux, n’avaient pas cédé à ce luxe. Ces derniers jours, la question de l’îlot Tromelin est revenue à l’Assemblée nationale sans que la dénonciation de l’esclavage, ancien ou nouveau, soit à l’ordre du jour. C’est que l’île Maurice et la France se disputent la possession de l’îlot non pour la station météo qui s’y trouve ou l’érection d’un quelconque mémorial mais pour la zone économique qui selon le droit international l’entoure. La logique économique, elle, reste sauve.

Exposition « Tromelin - L’île des esclaves oubliés », jusqu’au 30 avril 2017, au Musée d’Aquitaine, 20 cours Pasteur 33000 Bordeaux. Ouvert du mardi au dimanche de 11 à 18 heures sauf jours fériés. Tarifs de 3,50 à 6,50 €. Tél. : 05 56 01 51 00.
Plus loin sur le Net :
http://histoireenbulles.wordpress.com/2016/01/18/seules-au-monde/
http://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr/fr/evenement/tromelin-lile-des-esclaves-oublies