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L’Insee prévoit une stagnation de l’espérance de vie en retraite sans perte d’autonomie

, Evelyne Salamero

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Les retraités partis plus tôt en retraite ont plus de chances de profiter plus longtemps d’une vie en bonne santé, sans invalidité majeure et sans perte d’autonomie. © G. Ducrot

Combien de temps pouvons-nous espérer profiter de notre retraite en bonne santé ? Ou plus exactement, si l’on s’en tient aux critères retenus par l’Insee pour répondre à cette question [1], combien de temps pouvons-nous espérer vivre à la retraite sans invalidité majeure et donc sans perte d’autonomie ?

L’Institut national de la statistique établit que l’espérance de vie en retraite sans incapacité sévère devrait être stable pour les générations nées entre 1960 et 1990. Autrement dit, elle ne progresserait pas.

L’Insee précise : Si la mortalité et les incapacités continuent d’évoluer selon les tendances actuelles, la génération née en 1960 peut espérer, à 50 ans, vivre en moyenne dix-neuf années à la retraite sans incapacité sévère, c’est-à-dire sans restriction dans les activités de la vie quotidienne.

Être en incapacité sévère signifie avoir des difficultés à réaliser au moins une des activités suivantes : s’habiller, se déplacer dans une pièce, prendre son bain ou sa douche, manger (par exemple couper les aliments), utiliser les toilettes (y compris s’y asseoir et s’en relever), se mettre au lit ou se lever.

Le progrès médical compenserait les effets des réformes… Pour l’instant

Les projections de l’Insee reposent sur une juxtaposition de la simulation de l’état de santé avec celle des âges de départ en retraite. Les possibles interactions entre les deux phénomènes n’ont pas été modélisées, ce qui constitue une limite de l’étude, reconnaissent ses auteurs.

Toutefois, font-ils remarquer, cette limite est atténuée par le fait que les incapacités sévères surviennent le plus souvent plusieurs années après la retraite, en particulier après 70 ans. Autant dire qu’il vaudrait mieux éviter de reporter encore l’âge de la retraite, sous peine de s’approcher dangereusement de cette limite fatidique.

Les incapacités sévères surviennent après 70 ans.

Mécaniquement en effet, partir à la retraite plus tard, du fait du recul de l’âge de fin d’études, mais aussi des réformes (allongement de la durée de cotisation pour avoir une pension à taux plein et report de l’âge légal), ne peut que réduire la durée de vie à la retraite en bonne santé.

Pour autant, selon l’Insee, l’augmentation de la durée de vie et le progrès médical compenseraient suffisamment les cessations d’activité de plus en plus tardives pour que l’indicateur de qualité de vie à la retraite (c’est-à-dire sans incapacité sévère) se stabilise. Il pourrait même s’améliorer à partir de la génération née en 1975, la durée de cotisation requise et l’âge de fin d’études n’augmentant plus après cette génération et l’âge moyen de départ en retraite atteignant donc un niveau stationnaire.

À législation constante, est-il précisé. L’institut indique en effet que les gains pour les générations nées après 1975 seraient atténués en cas de poursuite de l’augmentation de la durée d’assurance nécessaire pour obtenir le taux plein au-delà de la génération née en 1973

Zoom : Une espérance de vie inégale
Selon les projections de l’Insee, les femmes nées en 1960 vivraient en moyenne six ans de plus à la retraite que les hommes mais seulement quatre de plus sans incapacité. Selon une autre étude de l’Insee, l’espérance de vie d’un ouvrier de 35 ans est inférieure de six ans à celle d’un cadre (jusqu’à 77,6 ans, contre 84 ans pour un cadre). Cette inégalité existe parmi les femmes, bien que moindre : une ouvrière de 35 ans peut espérer vivre jusqu’à 84,8 ans au lieu de 88 ans pour une femme cadre.

Notes

[1Portrait social de la France, édition 2016.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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