La Lettre de l’UCR-FO n°92

La baisse du pouvoir d’achat et sa perception par les retraités FO

, Union Confédérale des Retraités-FO

Recommander cette page

PDF - 560.1 ko
La Lettre de l’UCR-FO n°92 - PDF - 560.1 ko

La retraite doit être une période qui permette à tous les retraités de vivre non seulement de façon décente, mais aussi à chacune et chacun de s’épanouir, d’avoir les activités de leur choix, de continuer à bâtir des projets, etc., avec un niveau de vie assuré. Pourtant, les retraités toutes catégories confondues, sont inquiets de voir, de mois en mois, d’année en année, se dégrader leur pouvoir d’achat.

Cette inquiétude monte à chaque fin du mois, lorsqu’arrivent les factures, les déclarations d’impôt, lorsque se multiplient à leur encontre les mesures fiscales ou sociales prises pour réduire les déficits publics et lorsqu’ils n’ont plus de perspective d’augmentation du montant de leurs retraites ou de leurs pensions.

Ils redoutent que la baisse de leur pouvoir d’achat se continue dans les prochains mois car il est impossible de réduire les dépenses contraintes (loyer, gaz, électricité, assurances, impôts et taxes, alimentation, coût de la vie…), sans oublier les coûts financiers lorsque survient une perte d’autonomie qu’il faut pallier.

Les retraités Force Ouvrière déclarent qu’ils sont inquiets pour leur pouvoir d’achat. Ils ont raison de l’être !

La question du pouvoir d’achat des retraites et des pensions est un sujet de préoccupation permanente des retraités Force Ouvrière. Cette question sensible soulève bien des controverses, voire même des malentendus. Les études d’experts sont aussi nombreuses que diverses. Certaines concluent que le pouvoir d’achat des retraités a beaucoup souffert. D’autres (souvent avancées par ceux qui veulent opposer les générations pour plaider en faveur d’une profonde réforme systémique) s’attachent à montrer que l’évolution du pouvoir d’achat des retraités s’apparenterait à celle des actifs, voire même serait plus favorable.

L’UCR-FO n’entend en aucune façon prendre part à une « guéguerre » des chiffres ou à des conflits de doctrines.

Elle a pris le pouls des camarades retraités qui, dans leur Union départementale de retraités, dans leur section fédérale de retraités, voire dans des associations de retraités, ont exprimé les difficultés économiques et financières qu’ils rencontrent dans la vie quotidienne.

Qu’ils soient issus du secteur privé ou public, une même opinion se dégage : la baisse du pouvoir d’achat ne fait aucun doute ; c’est même une âpre certitude.

Un groupe de travail constitué de camarades issus du Comité exécutif de l’UCR et des structures locales de retraités, a mené un véritable travail d’enquêtes de terrain et de recueil de témoignages. L’étude réalisée dans ce cadre présente l’avantage de fournir une représentation de la « vérité pragmatique » de la situation des retraités Force Ouvrière qui peut être confrontée à « la vérité statistique » des études d’experts.

Les retraités ne sont ni des privilégiés, ni des nantis, les montants moyens de retraite en témoignent

➣ 1 282 euros bruts par mois : c’est le montant moyen de la pension de droit direct des 15,3 millions de personnes vivant en France ou à l’étranger. C’est, selon les estimations de la Drees en 2012, le montant moyen de retraite acquis en contrepartie de toute une vie professionnelle.

➣ Les retraités Force Ouvrière ressentent les inégalités de manière croissante. Ils constatent que les inégalités de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres s’accroissent pour les retraités et personnes âgées comme elles se sont accrues pour les salariés en activité. Les retraités sont de plus en plus présents dans la moitié la plus modeste de la population. Aujourd’hui, 10,2 % des retraités vivent en-dessous du seuil de pauvreté (977 euros par mois pour une personne seule).

➣ Les inégalités de revenus entre hommes et femmes dans la vie active perdurent une fois l’âge de la retraite atteint. Avec 967 euros bruts par mois en moyenne, la pension de droit direct des femmes est inférieure de 40 % en moyenne à celle des hommes (1 617 euros).

➣ On dénombre, fin 2012, 564 400 personnes relevant d’une des allocations du minimum vieillesse (soit 371 400 de l’ASV et 193 000 de l’ASPA). Elles représentent 3,6 % de l’ensemble des personnes âgées de 60 ans ou plus et 14,7 % de l’ensemble des allocataires des minima sociaux.

Les réformes des retraites se succèdent et toutes contribuent à diminuer le niveau des retraites actuelles et futures

➣ Le mode de calcul des droits à retraite a connu de nombreux changements visant à limiter la progression des dépenses de pensions en part du Produit intérieur brut. Le décret de 1987, la réforme de 1993 dite réforme « Balladur » (par laquelle les retraites sont calculées sur les 25 meilleures années –au lieu des dix meilleures années– et les salaires portés au compte ainsi que les retraites déjà liquidées ont été indexés sur l’évolution des prix et non pas sur les salaires), celles de 2003, 2010 et 2014 (qui ont repoussé l’âge légal de la retraite et augmenté la durée de cotisation permettant de liquider une retraite à taux plein), ont entraîné une baisse significative du niveau des taux de remplacement (différentiel entre le niveau du dernier salaire perçu et le montant de la pension).

➣ L’Insee démontre que « si on avait conservé l’intégralité des règles qui ont prévalu jusqu’au milieu des années 1980, la part des dépenses de pensions dans le Produit intérieur brut se serait élevée à près de 21 points de PIB en 2060. Avec l’ensemble des modifications intervenues depuis, jusqu’à la réforme de 2014, cette part se limiterait à environ 14 points, si on retient une hypothèse d’évolution annuelle de la productivité de 1,3 % à moyen et long termes ».

➣ Conséquence pour tous les retraités : la baisse du taux de remplacement par rapport au dernier salaire perçu ou au salaire moyen courant. Avec la revalorisation sur les prix (et non plus sur l’évolution des salaires), les retraités ne bénéficient plus des effets de la croissance et l’écart se creuse entre pensions en cours de service et le salaire courant. A l’indexation sur les prix des salaires portés au compte, s’ajoute l’effet de l’indexation après liquidation. Le ratio entre la pension moyenne de l’ensemble des retraités et le revenu d’activité moyen a baissé de plus de 30 % depuis 30 ans et on estime qu’entre 2010 et 2060, ce ratio devrait passer de 66 % à une valeur comprise entre 48 % et 57 % !

Les attaques frontales portées au pouvoir d’achat des retraités

Les retraités subissent de plein fouet la politique d’austérité des gouvernements successifs. Les multiples mesures qui grignotent un peu plus chaque mois le pouvoir d’achat des retraités alimentent à la fois l’incompréhension et la colère des retraités.

Les mesures d’austérité et de rigueur prises à leur encontre, le matraquage fiscal des retraités, toutes ces dispositions qui s’enchaînent et se cumulent, pèsent très lourdement sur le budget des retraités et plus spécialement sur celui des plus modestes d’entre eux.

PARMI LES MESURES LES PLUS RÉCENTES QUI DÉGRADENT PLUS ENCORE LE POUVOIR D’ACHAT DÉJÀ ÉRODÉ DES RETRAITES, L’UCR-FO DÉNONCE :

✔ Le gel des pensions de base subi depuis avril 2013 et programmé jusqu’en octobre 2015 (et c’est à craindre, voire au-delà). Pour la deuxième année consécutive, les retraites de base des salariés du privé et de la fonction publique sont de fait gelées.

✔ Le décalage de la date de revalorisation des régimes de base et des régimes alignés. Le décalage de la date de revalorisation des retraites d’avril à octobre est une perte sèche de pouvoir d‘achat pour tous les retraités et leurs ayants-droit.
Coût annuel : 1,5 milliard d’euros (900 millions pour les retraités du régime général, 600 millions pour les retraités des autres régimes de base) !

✔ La fiscalisation des majorations familiales accordées aux retraités qui ont élevé trois enfants ou plus.
Cette mesure ignore que leur non-imposition avait pour vocation de traduire la prise en compte par la fiscalité des charges de famille supportées par les ménages, lesquelles ont pesé sur leurs revenus.
Coût annuel pour 3 millions de foyers : 2 milliards d’euros !

✔ La hausse de la TVA depuis le 1er janvier 2014.
Cette hausse (de 19,6 % à 20 % pour la majorité de biens et services et de 7 % à 10% pour le taux intermédiaire concernant par exemple l’hôtellerie, la restauration, le transport de voyageurs, les travaux de rénovation d’un logement) affecte tout particulièrement les retraités qui ont les plus faibles revenus.

✔ La suppression de la demi-part supplémentaire pour les parents isolés, veufs ou veuves n’ayant pas élevé seuls leurs enfants.
En supprimant la demi-part fiscale supplémentaire attribuée aux veuves et veufs ayant élevé des enfants, on a ainsi « fabriqué » de nouveaux retraités imposables et détérioré les conditions de vie de milliers de retraités (en grande majorité des femmes, pour des raisons naturelles physiologiques).
Coût annuel pour des millions de personnes et en particulier pour une majorité de retraitées veuves : 1,7 milliard d’euros !
Pour nombre de retraités, cette mesure a entraîné des conséquences en cascade. En devenant imposables, ou en voyant leur revenu fiscal de référence augmenter, certains ont perdu le bénéfice de l’exonération ou d’allégements d’impôts locaux ainsi que de la redevance télé. Des retraités, qui, jusque-là étaient exonérés de la cotisation maladie sur leur pension, sont devenus assujettis à cette cotisation. Des aides ont pu aussi leur être supprimées (prise en charge d’une aide-ménagère, gratuité des transports…).

✔ Le gel du barème de l’impôt sur le revenu, la baisse du quotient familial, le relèvement du seuil du revenu fiscal de référence (lequel conditionne les exonérations d’impôts, de taxe d’habitation, de la redevance audiovisuelle… ou détermine le bénéfice de certaines allocations).
Les retraités ont vu se succéder toute une panoplie de mesures qui ont eu pour effet mécanique, de lourdes pénalisations financières avec l’augmentation des impôts de toute nature auxquels ils ont soumis.

✔ La Contribution additionnelle de solidarité (CASA) de 0,3 %. La taxe est acquittée depuis le 1er avril 2013 par les seuls retraités imposables pour financer le coût de la prise en charge de la perte d’autonomie (dont le produit a d’ailleurs été détourné de son objet en 2013 et 2014, rappelant la manipulation de la « vignette pour les vieux »).
Coût annuel pour les millions de retraités imposables : 645 millions d’euros !

✔ Le report à 2016 de la mise en application de la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement.
En reportant de six mois en six mois la mise en application de la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement et, par voie de conséquence, la revalorisation de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), l’année 2015 sera ainsi une année blanche pour près de 700 000 personnes âgées dépendantes à domicile. Selon les données de la CNSA, 684 millions d’euros auront été ponctionnés aux retraités (via la collecte de la CASA) et n’auront pas été affectés à la prise en charge de la perte d’autonomie, soit 684 millions d’euros d’économies réalisées au détriment des personnes âgées dépendantes !

✔ Le plafonnement de l’abattement fiscal de 10 %.
Alors que les retraités, comme les salariés, ont droit à un abattement fiscal de 10 %, le plafonnement de l’abattement qui leur est appliqué contribue à amputer le niveau de vie de tous les retraités imposables et à étrangler financièrement nombre de petites retraites rendues imposables.
NB : Il faut rappeler que l’abattement de 10 % avait été instauré par Raymond Barre en 1978 en vue de compenser la baisse de revenus à laquelle les retraités devaient faire face en arrêtant de travailler et pour égaliser la pression fiscale entre salariés et non salariés.

✔ Le refus inique de prendre en compte des augmentations du coût de la vie auxquelles les retraités doivent faire face, pour calculer les revalorisations des retraites et des pensions.
Trop de hausses ne sont pas intégrées pour la détermination de l’inflation retenue pour la revalorisation des pensions, des retraites et des pensions de réversion. Les retraités constatent que contrairement aux données officielles, la part des dépenses contraintes dans leur budget est en constante augmentation, avec notamment la hausse : des denrées alimentaires, des loyers, de l’énergie, des carburants, des transports, des complémentaires santé, des assurances, des impôts et taxes, des déremboursements de médicaments, des tarifs des maisons de retraite, des « restes à charge » pour le maintien à domicile en cas de perte d’autonomie…).

✔ Les retraités et les personnes âgées sont aussi parmi les principaux contributeurs des économies attendues de la Sécurité sociale.
Pour des raisons physiologiques, les retraités sont ceux dont la santé s’altère de façon naturelle et seront ainsi les plus directement frappés par les 3,185 milliards d’euros d’économies demandées à la branche maladie, qui vont s’ajouter aux diverses dispositions en vigueur dites de « responsabilisation » pesant déjà lourdement sur les revenus des assurés et tout particulièrement des retraités. Nul ne peut ignorer qu’alors que le coût de la vie augmente avec l’avancée en âge, il faut faire face à des dépenses de santé conséquentes.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Sur le même sujet

Vidéos sur le même sujet

Dossiers sur le même sujet

Mots-clés associés

En complément