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Le CPA, mode d’emploi

, Clarisse Josselin

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Portail officiel du CPA : inscrit dans la loi Travail, il doit permettre à chacun de construire son parcours professionnel. © HAMILTON / REA

Le compte personnel d’activité, dont le site Internet a été lancé officiellement le 12 janvier, permet aux actifs d’assurer la continuité de leurs droits sociaux, même en cas de mobilité professionnelle ou géographique. Comment l’activer, qui est concerné, quels sont ces droits ? FO Hebdo fait le point.

Sorte de sac à dos social selon le gouvernement, le compte personnel d’activité (CPA), créé par la loi Rebsamen et finalisé par la loi Travail, est entré en vigueur le 1er janvier 2017. Il regroupe pour l’heure le compte personnel de formation (CPF), le compte pénibilité (C3P), ainsi que le nouveau compte d’engagement citoyen (CEC). Ces droits sont rattachés à la personne jusqu’à son décès, même en cas de changement d’employeur, de statut ou de région.

Le site Internet www.moncompteactivité.gouv.fr, géré par la Caisse des dépôts et consignations, permet de consulter et d’utiliser ses droits acquis. Pour créer son compte, il suffit d’entrer son numéro de sécurité sociale et un mot de passe Le CPA peut être ouvert par toute personne active dès 16 ans (15 ans pour les apprentis), salariée ou en recherche d’emploi. Les jeunes qui ne sont pas encore en emploi et les retraités peuvent aussi ouvrir un compte, mais ils ne bénéficient que du CEC.

Les indépendants devront patienter jusqu’au 1er janvier 2018 pour commencer à cumuler des droits. Dans la fonction publique, le CPA – limité au CPF et au CEC – sera mis en place progressivement. Ses modalités doivent être fixées par une ordonnance, présentée le 18 janvier en Conseil des ministres. L’objectif est que les droits soient visualisables dès le 1er janvier 2018, annonce le gouvernement. Il faudra prendre des décrets d’application, en réalité personne ne sait quand le CPA sera opérationnel, relativise Olivier Bouis, secrétaire fédéral à la fédération des fonctionnaires FGF FO.

Une concertation lancée début février

Au-delà de la consultation des trois comptes, l’utilisateur peut à tout moment mobiliser ses droits pour financer une formation, réaliser un bilan de compétences ou se faire accompagner dans une validation des acquis de l’expérience.

Il a accès à un certain nombre de services. Il peut ainsi remplir une sorte de CV pour connaître les métiers vers lesquels il pourrait s’orienter et les formations adéquates. Le site offre également l’accompagnement gratuit d’un conseiller en évolution professionnelle. C’est aussi sur ce portail que le salarié peut consulter ses bulletins de paie dématérialisés, dont la délivrance est facilitée depuis le 1er janvier 2017.

Le contenu du CPA est amené à évoluer. La loi Travail prévoyait qu’une concertation sur les différents droits et dispositifs pouvant y être intégrés soit engagée avec les interlocuteurs sociaux interprofessionnels avant le 1er octobre 2016. Elle devrait finalement être lancée début février 2017. 

Zoom : FO restera vigilante sur l’évolution du CPA
La position commune signée au niveau interprofessionnel par FO le 15 février 2016 a pour objectif d’encadrer le CPA, pour les salariés du privé et les demandeurs d’emploi. Mais, ici aussi, la loi Travail d’août 2016 a apporté des modifications. Ainsi le CEC, qui n’existait pas auparavant, y a été ajouté.
FO est attentive à ce que le CPA ne devienne pas un cheval de Troie d’une logique libérale d’individualisation, mais un portail facilitant l’accès et l’effectivité des droits en en préservant le caractère collectif. Elle estime que les trois comptes actuels doivent être effectifs avant tout élargissement et plaide pour une révision des modalités du C3P, dont l’accès est actuellement trop restreint.
Pour FO, certains droits n’ont pas vocation à intégrer le CPA, notamment l’Assurance chômage et les retraites complémentaires.
Elle s’opposerait également à une fongibilité totale des comptes ou à la monétarisation des heures du CPF.

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23 février 1903

Mort de Jean-Baptiste Clément
Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°379 le 23 avril 1953. L’une des plus belles figures de la classe ouvrière, Jean-Baptiste Clément vit aujourd’hui dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et de tous ceux qui ont appris à admirer son sublime désintéressement, son héroïsme (...)

Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°379 le 23 avril 1953.

L’une des plus belles figures de la classe ouvrière, Jean-Baptiste Clément vit aujourd’hui dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et de tous ceux qui ont appris à admirer son sublime désintéressement, son héroïsme indomptable, et à aimer sa poésie tour à tour tendre, âpre et exaspérée. Il est devenu célèbre par sa romance Le temps des cerises, écrit, il y a près de quatre-vingt dix ans, qui n’a pas encore perdu ni son charme mélancolique, ni sa signification humaine.

J.-B. Clément ne pouvait relire ou entendre sans émotion et sans larmes ses propres vers :

« J’aimerai toujours le temps des cerise - C’est de ce temps-là que je garde au cœur Une plaie ouverte... »

Il a, en effet condensé dans ces lignes toute la misère de sa jeunesse, la souffrance de ses années de luttes, son chagrin et ses déceptions. Et par ce qu’il a conservé le douloureux. souvenir au fond de son coeur viril, et sentimental à la fois, qu’il est devenu un combattant intrépide du prolétariat, un exemple émouvant de noblesse d’âme et de générosité.

J.-B. Clément était né pour la lutte sociale ; sa détresse et les injustices qu’il a endurées, avaient mûri et formé sa conscience révolutionnaire. Sa vie, très mouvementée, fut entièrement mise au service de l’idéal de la classe ouvrière, comme sa poésie bouillonnante, nerveuse qui se confondait avec la révolte intérieure et l’espoir des hommes humiliés et opprimés.

On ne peut évoquer cette existence ardente et tumultueuse, qui se passionna jusqu’à sa mort pour la cause socialiste, et sa poésie qui vibrait et s’exaltait pour un meilleur avenir de tous ceux qui souffraient et qui voulaient être heureux parce qu’ils aimaient la vie.

Jean-Baptiste Clément, avant d’être le poète-chansonnier célèbre du prolétariat, a fait toutes sortes de métiers : tourneur en cuivre, employé chez un architecte, chez un négociant en vin, puis manœuvre à la construction du viaduc de Nogent. A vingt et un ans, il s’insurge contre la tyrannie et l’exploitation patronales ; compose des poèmes avec une spontanéité naturelle et prend conscience de sa véritable vocation. En même temps, sa soif de culture s’éveille, que des lectures médiocres ne peuvent plus satisfaire. Il se rend compte de son ignorance et Clément travaille le jour, étudie la nuit, éclairé par une lampe à huile. « Autodidacte, écrivait-il, je devais passer par trente-six métiers et bien plus de misères pour m’instruire ! » II lit les œuvres de Balzac, de Flaubert, de Musset et la poésie de l’infortuné Hégésippe Moreau et de Béranger. Mais, c’est les vers enflammés de Pierre Dupont qui exercent sur lui une profonde attraction. A cette époque, il écrit des couplets nostalgiques et délicieux que seuls ses amis intimes connaissent, et il vit à la Butte Montmartre, dans une misère lamentable. Puis, vient le jour heureux... lorsqu’il a vendu à l’éditeur sa première chanson pour cent sous. II n’a jamais oublié l’étrange émotion qu’il avait ressentie alors. Encouragé par ce début de succès, il composa les Chansons du morceau de pain, jugées par lui « sans importance », mais qui révèlent un authentique poéte chansonnier du peuple. Dans les couplets rythmiques, tantôt satiriques, tantôt révolutionnaires : La chanson du Fou, Folie de Mai, Fournaise, Les Souris, L’Empereur se dégomme, Paysan, Quatre-Vingt-Neuf, il évoque la misère noire, le régime haï et détesté de Napoléon III, le souvenir frémissant de 89, la colère et l’inquiétude du peuple, que la censure impériale avait interdit et pour lesquels il fut emprisonné à Sainte-Pélagie.

Lorsqu’en 1867, la chanson du Temps des .Cerises, sur la musique de Renard, fut éditée à Bruxelles, le nom de Clément devint rapidement populaire en France. Et c’est dans une nouvelle édition de 1885 que Clément l’a dédiée : « à Louise Michel, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871. » Dans le mouvement d’émancipation de la Commune, J.-B. Clément prend une part active et se bat courageusement sur les barricades. C’est dans sa cachette quai de Bercy qu’il écrivit, pendant les jours tragiques de la répression, les strophes déchirantes de La semaine sanglante : « Paris suinte la misère - Les heureux mêmes sont tremblants - La mode est aux conseils de guerre - Et les pavés sont tous sanglants... »

Après la défaite de la Commune, il est contraint de s’exiler en Angleterre, où il végète, en donnant des leçons de français. En pensant aux trente-cinq mille communards massacrés, à ses amis fusillés et déportés à la Nouvelle-Calédonie, Clément met « la chanson au service, de la cause des vaincus et veut peindre dans un style simple et direct, les souffrances et les revendications des ouvriers ». Les événements de 1871 m’ont convaincu -écrivait-il - qu’il fallait par les paroles et les chansons, forcer le peuple à voir sa misère, à hâter ainsi l’heure de la solution du grand problème social. C’était, le but immédiat de ses chansons et de sa poésie. Et c’est ainsi qu’est né de l’inspiration socialiste : Les Traîne-Misére, à Mon Marteau, Le Diable. A son retour en France il compose Les Gueux, aux Loups, Jean Rat, Liberté-Egalité, poèmes émouvants par la sincérité de l’émotion et de l’accent, par la force de l’expression et par la sensibilité humanitaire. Dans ses chansons sociales : Le Trimardeur, La Grève, Crève-Coeur, Chômage, En avant paysan, Le Premier mai, il apparaît de plus en plus le poète engagé, en lutte contre la résignation, l’ignorance et la pauvreté, en exhortant les travailleurs aux combats pour une société régénérée. J.-B. Clément était redouté aussi comme pamphlétaire sous le règne de Napoléon III. Il a écrit avec une verve mordante, le Casse-Tête, le Pavé, Le club de la Redoute, La Lanterne Impériale, La Lanterne du Peuple, où il a fustigé avec une plume incisive et gouailleuse, les institutions réactionnaires de l’Empire libéral et eut le courage de dire en 1868 :
« Place à ceux qui ont l’amour de la liberté ! Il nous faut des hommes nouveaux et des idées nouvelles. » Les deux volumes de Questions sociales, contiennent la doctrine démocratique de cet admirable poète-militant qui dénonçait les maux organiques et les vices internes de la société bourgeoise, et annonçait avec ferveur, la société socialiste où « il n’y aura plus d’inégalités, où le travailleur ne sera plus esclave du capitalisme et l’homme ne sera plus exploité ». Cette conception élevée de la société future, lui a donné une raison de vivre et une raison d’espérance.