En guise d’éditorial - FO Hebdo

Lettre aux syndicats

, Jean-Claude Mailly

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Cher(e)s camarades,

Permettez-moi tout d’abord, au nom du bureau confédéral, de vous présenter nos meilleurs vœux pour 2016. Pour vous, vos proches et notre syndicat.

Depuis pas mal d’années, et encore plus depuis 2008, année du déclenchement de la crise financière internationale, j’ai coutume de dire qu’une partie importante de l’action syndicale indépendante relève de la résistance.

Résistance pour conserver les droits existants, à tous les niveaux.

Ce sera encore le cas en cette année 2016 dans la mesure où les pouvoirs publics n’envisagent pas de modifier leur politique économique et sociale.

En témoignent, fin 2015, leur approbation de l’accord honteux sur les retraites complémentaires, l’absence de coup de pouce au Smic, le maintien du gel du point d’indice dans la fonction publique, la poursuite du pacte de responsabilité et de la réforme territoriale ou la perspective d’une « réforme » du Code du travail et de la négociation collective.

Nous ne gagnons pas tout le temps, mais nous savons que si nous ne faisions pas ce travail de résistance, ce serait encore pire et personne ne le ferait à notre place.

De ce point de vue, nous constituons comme un rempart pour les champs sociaux, économiques et démocratiques.

C’est un des rôles du syndicalisme libre et indépendant depuis ses origines.

Nos positions sont démocratiquement débattues et arrêtées dans toutes nos diverses instances et je fais le constat qu’au niveau confédéral, elles recueillent une large majorité.

Pour autant, nous ne parvenons pas à obtenir satisfaction comme nous le souhaitons.

Cela est dû pour l’essentiel à deux éléments :

• Les difficultés, si elles revêtent effectivement une dimension nationale, comportent également une dimension européenne et internationale. Nous y travaillons au sein de la Confédération européenne des syndicats (CES) et de la Confédération syndicale internationale (CSI).

D’ailleurs les travailleurs français, même s’ils subissent des remises en cause des droits sociaux, sont encore ceux qui aujourd’hui ont, par exemple, le meilleur taux de couverture conventionnelle (+90% contre, par exemple, 60 % en Allemagne).

• Notre poids, même s’il progresse, est encore insuffisant pour peser plus efficacement.

Là où nous sommes présents, nous faisons globalement le travail militant reconnu par les salariés.

Notre développement est donc largement perfectible.

Compte tenu des règles actuelles de représentativité, l’adhésion et l’élection sont aujourd’hui plus déterminantes qu’hier.

Cela signifie qu’il est essentiel, pour toutes les structures syndicales et pour chacune et chacun d’entre nous, de faire du développement une priorité de tous les jours.

Là où nous sommes présents, il s’agit de développer notre nombre d’adhérents.

Là où nous ne sommes pas encore présents, il faut travailler pour s’implanter.

La confédération, sous l’impulsion du bureau confédéral, s’y emploie dans le cadre d’une stratégie associant tous les secteurs confédéraux.

En augmentant notre nombre d’implantations pour atteindre le même niveau que les deux autres grandes confédérations syndicales, nous serions en passe d’être la première organisation syndicale française.

Alors rapprochez-vous de vos unions départementales et fédérations nationales pour qu’elles vous appuient et vous conseillent, en lien avec la confédération, afin d’affiner ou d’établir votre stratégie de développement.

2016 sera aussi l’année des élections de représentativité pour les salariés des TPE (entreprises de moins de 10 salariés), qui concernent potentiellement 4,5 millions d’électeurs et d’électrices appelés aux urnes en fin d’année.

Nous connaissons et fréquentons tous des salarié(e)s de TPE (coiffeurs, commerçants, cabinets médicaux, garagistes, etc.).

Du matériel sera mis à la disposition des unions départementales, il est important que chacune et chacun d’entre nous s’en saisisse et le distribue.

Plus nous serons nombreux, plus nous aurons d’adhérents et plus nous serons représentatifs, plus nous serons en mesure de nous faire respecter et entendre.

Ce n’est pas simplement une question de patriotisme syndical, c’est aussi une question d’efficacité vis-à-vis de l’ensemble des salariés.

Nos positions sont démocratiquement arrêtées et diffusées. Elles constituent une partie de notre crédibilité syndicale.

Mais la part la plus importante de cette crédibilité c’est sur le terrain qu’elle se réalise et se prouve grâce à l’action de chacune et chacun d’entre nous.

Je compte sur vous.

Amitiés syndicalistes. 

Jean-Claude Mailly, Secrétaire général
@jcmailly sur Twitter

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Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Éphéméride

7 décembre 1949

Naissance de la Confédération Internationale des Syndicats Libres
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement syndical mondial ressent le besoin de fonder une organisation internationale, la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). Mais cette organisation unie ne survivra pas à la guerre froide. Face au noyautage communiste, de nombreux syndicats décident de (...)

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement syndical mondial ressent le besoin de fonder une organisation internationale, la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). Mais cette organisation unie ne survivra pas à la guerre froide. Face au noyautage communiste, de nombreux syndicats décident de créer la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL).

Le 24 octobre 1945, la FSM est fondée à Paris sous l’impulsion des Trade Unions britanniques, du Congress of Industrial Organizations (CIO) américain et des syndicats soviétiques. Son premier président en est l’ancien confédéré Louis Saillant, qui anime une tendance"centriste"entre Jouhaux et Frachon dans la CGT en 1946-1949. La FSM réunit la vieille Internationale d’Amsterdam créée en 1901 et l’Internationale Syndicale Rouge, fondéeà Moscou en 1921.

Nous sommes encore dans l’atmosphère de l’entente entre alliés, vainqueurs des nazis. La FSM obtient donc un droit consultatif au sein du comité permanent du conseil économique et social de l’ONU. Dès 1946, avec les prodromes de la Guerre froide, trois tendances se dessinent au sein de la FSM : les communistes (syndicats russes, syndicats des pays en voie de satellisation et la majorité de la CGT), les travaillistes (syndicats anglais, scandinaves, suisses et du Bénélux) et un centre (le CIO américain, la minorité de la CGT, la CGT italienne et le CHU chinois). Dès le 1er février 1947, le leader de l’American Federation of Labor (AFL), Matthew Woll, déclare que la FSM est la nouvelle forme du Komintern.

Le 11 mars 1947, le président américain Truman annonce sa doctrine visant à combattre l’expansionnisme soviétique. Deux mois plus tard, les ministres communistes sont renvoyés du gouvernement français. Le 5 juin suivant, les Américains lancent le plan Marshall visant à reconstruire l’Europe par une aide massive. Le 29, Staline refuse cette aide. Les communistes du monde entier doivent lui emboîter le pas. Les dirigeants polonais, tchèques, roumains et bulgares le regrettent mais sont obligés d’obéir. Les communistes français de la CGT n’ont pas ces états d’âme. Au comité confédéral du 12-13 novembre 1947, ils refusent catégoriquement le plan Marshall.

Un mois plus tôt le Komintern renaissait sous le nom de Kominform. En revanche, la minorité de la CGT est pour le plan Marshall. Le journal Force Ouvrière écrit le 3 juillet 1947 : « Dans les pays qu’ils gouvernent par l’intermédiaire des communistes, les Russes s’efforcent de supprimer toute liberté d’opinion, d’empêcher les contacts avec l’Europe occidentale... Ainsi la Russie refuse le plan Marshall ». Quant à Léon Jouhaux, il écrit le 24 juillet : « Le plan Marshall peut offrir une base positive à la reconstruction d’une Europe unie. »

En mars 1948, les antisoviétiques de la FSM constituent le Comité Consultatif Syndical International (CCSI), qui prépare la construction d’une nouvelle internationale indépendante des communistes. Le 19 janvier 1949, Anglais, Américains et Hollandais quittent la FSM. En juin le CCSI décide de former une nouvelle organisation. Les Américains de l’AFL et du CIO acceptent d’en faire partie. La CISL naît donc le 7 décembre 1949, avec comme vice-président Léon Jouhaux, 46 millions d’adhérents et comme slogan :"Ni Staline, ni Standard Oil".