Éditoriaux de Jean-Claude Mailly - FO Hebdo

Mais où s’arrêteront-ils ?

, Jean-Claude Mailly

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Le ministre chargé des relations avec le Parlement, après s’être fait le relais des positions patronales sur l’Assurance chômage, s’est prononcé sur le paysage syndical français et sur le trop grand nombre de syndicats, selon lui. Puis, partant du dossier du travail du dimanche, il a donné indirectement des consignes de vote syndical !

Monsieur Le Guen, puisqu’il s’agit de lui, adepte du libéralisme économique, donne le parfait exemple de l’autoritarisme social.

Il doit penser que les salariés attendent les consignes de vote d’un ministre pour savoir ce qu’ils doivent faire dans leurs entreprises. Il a dû oublier que l’article 49-3 de la Constitution ne s’applique pas au vote social dans les entreprises ou les administrations.

Nous n’aurons pas l’outrecuidance de lui demander de balayer devant sa porte sur le paysage politique car nous respectons trop l’indépendance syndicale.

Il y a d’ailleurs en France moins de syndicats que de partis et plus de syndiqués que d’adhérents politiques.

C’est curieux, attristant et dangereux de voir depuis quelques années des responsables politiques de différents bords s’en prendre aux syndicats (que certains qualifient à tort de corps intermédiaires) quand ils ne répondent pas à leurs attentes.

En fait, ils aiment les syndicats quand ceux-ci sont dociles et les accompagnent. Ce qui est une conception pour le moins étrange de la démocratie.

À moins qu’à travers ces déclarations, l’intéressé soit tout simplement dans les cordes.

Son jeune collègue de Bercy, lui, se dit partisan de la « réforme radicale », qui s’avère être une révolution libérale version Reagan et Thatcher.

Libérer l’entreprise et contraindre le salarié, tel est bien le créneau libéral-capitaliste. Ainsi, il ne faudrait plus majorer les heures supplémentaires !

Où s’arrêteront-ils ?

Aux salariés et à leurs organisations syndicales de les stopper. 

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Éphéméride

29 septembre 1864

Fondation à Londres de l’Association internationale des travailleurs
Article de René Gibère paru dans Force Ouvrière n°475, daté du 17 mars 1955. Il est hors de doute que la création de l’Association Internationale des Travailleurs à Londres (16 septembre 1864), fut un événement révolutionnaire dans l’histoire du mouvement ouvrier européen. Elle définissait le programme (...)

Article de René Gibère paru dans Force Ouvrière n°475, daté du 17 mars 1955. 

Il est hors de doute que la création de l’Association Internationale des Travailleurs à Londres (16 septembre 1864), fut un événement révolutionnaire dans l’histoire du mouvement ouvrier européen. Elle définissait le programme commun et le moyen de combat pour la classe ouvrière de chaque pays ; coordonnait et dirigeait les actions revendicatives sur le plan mondial ; donnait des directives à suivre pour toutes les sections et, par sa force morale considérable, elle constituait un facteur déterminant dans l’organisation syndicale du prolétariat, en pleine évolution, surtout en France, à la fin du règne de Napoléon III.
L’Association Internationale était née par une nécessité universelle de solidarité, d’union et d’émancipation. Georges Duveau a écrit avec justesse : « Sous le Second Empire, l’enthousiasme pour les expéditions de délivrance l’associe à un idéal de fraternité des peuples ».
Au premier Congrès, tenu à Genève, du 3 au 8 septembre 1866, la section française était représentée par Varlin, Benoît Malon, Tolain, Bardou, Emile Aubry (Rouen) et Albert Richard (Lyon).
Des problèmes importants préoccupaient plus particulièrement les délégués européens : la lutte entre le capital et le travail, la diminution des heures de travail, l’emploi des femmes et des enfants dans les manufactures, les sociétés ouvrières et leur avenir immédiat, les impôts, le crédit international, la guerre et la paix, la création des nouvelles sociétés de secours mutuels.
Certes, à ce premier Congrès de l’Association Ouvrière Internationale, des divergences de vues apparaissaient déjà entre les tendances proudhonistes, blanquistes et marxistes. Mais, au point de vue syndical, la première résolution du Congrès est la plus intéressante : « La réduction des heures de travail est le premier pas en vue de l’émancipation de l’ouvrier ; la journée de huit heures doit-être le principe de l’organisation du travail ; le travail de nuit ne doit être qu’une exception ; l’effort exténuant des enfants et des femmes est contraire à la santé et à la sauvegarde de la race. Enfin, le Conseil général de l’Internationale est chargé d’établir une statistique sur les conditions du travail dans tous les pays.
Or, l’Association ne se contente pas de décisions purement théorique, en 1867, elle intervient dans les grèves des mineurs de Fuveau, des tisseurs et des fileurs de Roubaix, et des ouvriers anglais, belges et suisses : en dénonçant la cupidité des panons et en assurant les salariés de sa solidarité et de son appui matériel et moral.
Au deuxième Congrès de Lausanne (I867), l’Internationale vote une résolution en faveur de l’organisation de l’école-atelier, d’un enseignement scientifique, tion sur le rôle de l’’Etat qui « doit anéantir le puissant monopole des grandes Compagnies qui, en soumettant les classes ouvrières à leurs lois arbitraires, attaquent à la fois la dignité de l’homme et la liberté professionnel et productif, et enfin une résolution sur le rôle de l’État qui « doit anéantir le puissant monopole des grandes Compagnies qui, en soumettant les classes ouvrières à leurs lois arbitraires, attaquent à la fois la dignité de l’homme et la liberté individuelle ».
Non moins importante est la décision du IIIe Congrès de Bruxelles (1868) : la création d’un conseil d’arbitrage pour les grèves éventuelles. Au cours de ce Congrès, Varlin, secrétaire de la section française, exposa sa thèse sur la réduction des heures de travail : « Par la diminution de la durée du travail, on réduira le nombre des chômeurs et on combattra efficacement l’avilissement des salariés ».
L’Internationale ouvrière avait enregistré un essor extraordinaire, qui inquiéta fort l’Empire libéral. En 1870, la section française comptait à Paris 70.004 membres, et en province 200.000. Et c’est pourquoi le gouvernement de Napoléon III traqua, emprisonna ses militants, et prononça l’interdiction de la section française, considérée comme société secrète, et son action pour le relèvement du niveau de vie des travailleurs jugée subversive.