Salaires - FO Hebdo

Mutuelles : bras de fer salarial avec le patronat de la branche

, Valérie Forgeront

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Les salariés de la MGEN étaient en grève le 15 février pour faire entendre leur refus des propositions salariales insuffisantes de la direction pour 2017. © Gilles ROLLE / REA

Rien ne va plus entre les salariés des mutuelles (80 000 environ) et l’Union des groupements des employeurs mutualistes (l’UGEM). L’intersyndicale a décidé de boycotter les instances paritaires de la branche et a lancé une pétition en ligne. Et pour cause. La chambre patronale a décidé qu’il n’y aurait aucune augmentation générale des salaires cette année. Même chose en 2018 et 2019. Pour FO qui demande aussi que la convention collective soit revisitée, la position patronale est inadmissible.

Le 15 février dernier les salariés de la MGEN (mutuelle générale de l’Education nationale/8 000 salariés) étaient en grève, contestant les propositions de la direction dans le cadre des négociations annuelles sur les salaires (NAO). Et pour cause. Ces propositions sont on ne peut plus minimalistes.

La direction a ainsi envisagé pour 2017 une augmentation générale de 0.3% pour les salaires inférieurs à 30 000 euros bruts par an et une hausse de 0.2% pour les salaires supérieurs à 30 000 euros. Les syndicats ont rejeté ces propositions de la direction laquelle a décidé comme l’an dernier de privilégier des mesures salariales individuelles, notamment à destination de la catégorie des commerciaux.

Chacun sait que les salaires ne sont pas vraiment terribles à la MGEN et qu’il n’y a pas eu de NAO dignes de ce nom depuis des années indique Nadine Duboe, la secrétaire fédérale adjointe de la section des organismes sociaux divers et divers (OSDD) au sein de la fédération FO des employés et cadres (FEC-FO).

Les méthodes salariales de la MGEN (dont le président est aussi le président de l’UGEM) font elles exception au sein de la branche de la mutualité ? Pas vraiment. Ainsi, l’UGEM, le patronat de la branche a annoncé à la fin de l’année dernière qu’il n’y aurait aucune augmentation des salaires au niveau de la branche pour l’année 2017. Concrètement zéro euro d’augmentation de la rémunération minimale annuelle garantie (RMAG).

Par ailleurs, les organisations syndicales, notamment FO (en troisième position au niveau de la branche) ont compris aussi que l’UGEM entendait adopter la même position pour 2018 et 2019 s’irrite Nadine Duboe.

Humour patronal…

Pour l’intersyndicale de la Mutualité comprenant notamment FO, cette attitude des employeurs dans le cadre de la négociation salariale est inadmissible. D’autant plus inadmissible précisent les cinq syndicats représentatifs dans la branche qu’il faut savoir que 60% des mutuelles n’appliquent que l’augmentation collective négociée dans la branche.

Le 8 février, sur la base d’une proposition unilatérale du patronat, le conseil d’administration de l’UGEM a adopté une mesure portant sur des primes. Pour 2017 et seulement pour cette année, les employeurs mutualistes décident de l’octroi d’une prime de 150 euros pour les salaires inférieurs à 20 000 euros bruts par an et de 100 euros pour les salaires compris entre 20 000 et 23 000 euros bruts.

Comble de l’humour patronal, ce système de prime, non pérenne, est soumis à conditions. Son application se conçoit en effet sous réserve que les mutuelles n’aient rien négocié au plan salarial d’ici le 30 juin 2017 explique Nadine Duboe.

En pratique cela signifie que les salariés des mutuelles recevraient soit des augmentations générales qui ont toutes les chances d’être rudimentaires à l’instar des propositions faites par la direction de la MGEN (mais refusées par les salariés), soit cette prime de 100 ou 150 euros.

Oubli de l’obligation conventionnelle

Pour les syndicats qui boycottent les instances paritaires de branche et ont lancé une pétition en ligne qui a déjà reçu près de 2500 signatures les employeurs balayent sans vergogne leur obligation conventionnel de négocier la hausses des salaires au niveau de la branche.

L’intersyndicale de la Mutualité a alors demandé à l’ensemble des syndicats des mutuelles de poursuivre le blocage des NAO en entreprises. Tandis qu’une prochaine commission paritaire nationale (CPN) doit se tenir le 8 mars, la précédente qui s’est tenue le 8 février (date du conseil d’administration de l’UGEM) a été l’occasion pour les syndicats de remettre quelques pendules à l’heure.

L’intersyndicale a ainsi souligné que sa simple présence en ces temps de boycott montrait une volonté de dialogue. Et de rappeler au patronat que le dialogue social de la branche se doit, pour être constructif et loyal, d’être respectueux des parties. Lors de cette CPN, FO a annoncé son rejet de l’accord de méthode proposé par le patronat dans le cadre de l’élaboration de l’agenda social de la branche pour 2017.

FO demande une nouvelle classification des emplois

L’humeur des salariés de la branche des mutuelles vire donc à la colère et la contestation de l’absence d’augmentation générale des salaires de branche en 2017 renvoie à un autre problème explique Nadine Duboe. La classification des emplois dans le cadre de la convention collective de branche est une véritable catastrophe indique la militante regrettant l’ancien système de classification (système Parodi créé en 1945) basé sur une codification précise et une hiérarchisation des emplois.

FO qui avait refusé de signer la nouvelle convention de branche il y a dix-sept ans se bat depuis dix ans pour que celle-ci soit revue et n’impose pas de référentiels de métiers assortis de paramètres si imprécis qui permettent ensuite aux employeurs de faire n’importe quoi.

Les critères classant les métiers sont ainsi fort différents d’une entreprise à une autre Pour un même métier, un salarié peut ainsi être considéré comme employé, technicien et même parfois cadre selon l’entreprise s’exaspère Nadine Duboe annonçant que FO poursuit le combat pour donner de nouvelles bases de classification à la convention. Le combat va se poursuivre aussi pour l’obtention d’une augmentation de la rémunération minimale garantie dans la branche en 2018.