Il ne faut pas être grand clerc pour constater que, face à une crise profonde du système capitaliste, le changement de modèle n’est pas à l’ordre du jour.
Certes, les États sont intervenus massivement et financièrement depuis l’automne 2008, évitant ainsi un scénario du type des années 1930. Entre sauvetage des banques et plans de relance, ce sont de milliers de milliards d’euros qui ont ainsi été engagés dans le monde.
Mais, en contrepartie, aucun changement de fond n’est intervenu en matière de réglementation bancaire et financière, en matière monétaire ou en matière sociale, ce qui impliquerait un changement de modèle.
Bref, la logique capitaliste d’avant-crise perdure, les États étant intervenus comme des États providence du capitalisme libéral (nationalisation des pertes, privatisation des profits).
L’économie est en quelque sorte sous respiration artificielle, l’endettement public s’est envolé et les deux mâchoires de l’étau en 2010 seront: l’une, une limitation des marges de manœuvre en terme de relance du fait des déficits, l’autre la mise en œuvre de politiques d’austérité publique et sociale pour réduire la dette.
D’où l’urgence de mettre en place de nouvelles règles aux niveaux international, européen et national pour sortir de ce piège.
En Irlande, bonne élève du capitalisme libéral avant et pendant la crise, des programmes d’austérité sociale sont déjà en place avec une réduction sévère des dépenses publiques (y compris les salaires) et sociales.
À ceux qui disent que la France est surendettée, nous rappellerons qu’elle ne figure pas parmi les onze pays dits les plus vulnérables (par exemple les pays de l’Est, la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, le Royaume-Uni et les États-Unis).
Cela veut dire que si la France était menacée et sa note dégradée*, ce serait synonyme de déflagration financière mondiale.
Dans une telle situation, il est évident que les travailleurs vont devoir se faire entendre pour échapper à l’étau capitaliste qui risque de se mettre en place et que le rôle du syndicalisme libre et indépendant sera essentiel, en France et ailleurs.
C’est pourquoi en 2010, tout est possible.
* Note accordée par les agences de notation qui n’ont rien vu venir, ont «couvert» certaines situations et continuent comme avant.
Les revendications salariales reviennent au-devant de l’actualité. Ce fut notamment le cas avec les routiers, qui ont réussi à obtenir des augmentations ainsi que la mise en place d’une mutuelle.
Comme d’habitude dans ce secteur, l’État a dû intervenir, les employeurs étant libéraux dans leurs conceptions mais attendant toujours de l’État qu’il compense les augmentations de salaires! On notera aussi, au passage, que dans ce secteur comme dans celui de l’hôtellerie-restauration, le foisonnement des organisations d’employeurs pose le problème de leur représentativité.
S’agissant de la restauration, à l’heure où ces lignes sont écrites, la question n’est toujours pas bouclée, trois organisations (FO-CGT-CFTC) s’opposant à un accord insuffisant.
Quand on sait que les contreparties à la baisse de la TVA (coût annuel de l’ordre de 2,5 à 3 milliards d’euros), auxquelles les restaurateurs s’étaient engagés, ne sont guère vérifiables en termes d’emploi et de prix, seule la question des salaires est directement mesurable. Et c’est sur ce point que les employeurs se montrent particulièrement radins. Autrement dit, c’est la portion congrue.
Autre secteur significatif en matière de revendication salariale, les banques. Qu’il s’agisse, par exemple, de HSBC ou de LCL, nos syndicats ont des exigences légitimes. Les employeurs de ce secteur sont vraisemblablement les plus cyniques. Ils ont empoché les aides d’État, continuent à spéculer sur les transactions financières et monétaires, prévoient des bonus, ne favorisent guère le crédit aux entreprises et aux particuliers, refont des bénéfices, mais ne respectent pas leurs salariés en matière de salaires ou de conditions de travail.
Alors que la crise perdure, que la situation est plus que fragile (en témoigne la situation de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal ou de l’Irlande dans la zone euro), il devient de plus en plus évident et indispensable qu’il faut changer de modèle économique. Face aux États-Unis et à la Chine qui sous-évaluent fortement leur monnaie, l’Europe a une responsabilité particulière. À condition que les gouvernements aient le courage d’imposer un changement de modèle, tant au niveau européen que national. Ce qui est encore loin d’être le cas.
On notera aussi de ce point de vue la position de la Commission européenne: elle prône la modération salariale et l’austérité budgétaire, mais accepterait de relever les salaires des fonctionnaires européens de 3,7%. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais, en quelque sorte.
Et pendant ce temps-là, en France, le gouvernement, conseillé par des experts qui sont loin d’être concernés par le salaire minimum, ne veut pas donner de coup de pouce au SMIC au 1er janvier 2010.
Face à de tels événements, comment ne pas être persuadés que seule la résistance et le rapport de forces sont et seront facteurs de progrès.

Quand on examine la question du droit syndical dans notre pays, on sait qu’il existe des lacunes, par exemple dans les PME et TPE, où il ne fait pas toujours bon – c’est le moins qu’on puisse dire – afficher son appartenance syndicale ou implanter une section ou un syndicat. On sait aussi que le développement de la sous-traitance ne s’est pas accompagné de règles sociales, pourtant indispensables dans la relation donneur d’ordre–sous-traitant. Ce sont là deux exemples parmi d’autres de ce que l’on pourrait appeler les lacunes sociales d’une démocratie.
Or ces questions sont restées à l’écart de la négociation, puis de la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale.
Parce que tel n’était pas l’objet pour les signataires de la position dite commune, qui donnera naissance à cette loi.
À maintes reprises, y compris publiquement – et notamment dans une «Lettre ouverte à Bernard, François et Laurence» –, nous avons exposé les dangers de cette position commune, ses perversions démocratiques, ses risques de remise en cause du modèle de la république sociale au bénéfice du modèle anglo-saxon dans lequel l’égalité de droit n’est ni une référence, ni un objectif.
Nous avons également maintes fois expliqué que ce dossier de la représentativité s’apparentait à un bal des hypocrites, pour ne pas dire un bal des faux culs.
Il s’agissait surtout de mettre des critères destinés à modifier le paysage syndical en éliminant certaines organisations.
Est-il logique de négocier cela avec les employeurs? Poser la question c’est y répondre.
Conformément à son histoire, à son attachement plus que sensible à l’indépendance et à la liberté, la Confédération Générale du Travail Force Ouvrière a combattu la position commune et la loi du 20 août 2008 et continuera à le faire. Parce qu’on n’abdique jamais quand il s’agit de la liberté, et notamment de la liberté syndicale.
Le syndicalisme ne doit pas devenir, à l’image du politique, une institution largement subventionnée, institutionnalisée, intégrée et ne nécessitant plus d’avoir des adhérents.
C’est pourquoi nous avons attentivement examiné cette loi du 20 août 2008 vis-à-vis des conventions internationales du travail, en particulier vis-à-vis de deux d’entre elles, parmi les plus importantes car fondatrices, la convention 87 sur la liberté d’association et la convention 98 sur la liberté de négociation.
Cet examen attentif, appuyé par ailleurs par l’expérience, nous a conduits à contester les dispositions auprès du Bureau international du travail (BIT) du point de vue de cette liberté syndicale.
Par exemple, en confondant désignation et élection pour les délégués syndicaux, la loi du 20 août remet en cause la libre organisation du syndicat.
Une première manche a été ouverte par le tribunal d’instance de Brest et un appel en cassation a très vite été déposé par les artisans de la loi.
Notre plainte au BIT concerne ce que l’on peut appeler les libertés fondamentales.
Il appartient maintenant au BIT d’examiner notre plainte et de se prononcer.
En matière de liberté et d’indépendance, Force Ouvrière ne baissera jamais les bras. Et nous ne vendrons jamais les droits des travailleurs pour des questions d’appareil – on ne transige pas sur la liberté.
Dans l’attente, il convient que par la syndicalisation, le développement et les résultats électoraux, nous rendions encore plus incontournables nos positions et analyses.
La liberté comme l’indépendance sont non seulement une garantie pour les travailleurs, mais aussi leur espoir; c’est le rôle d’hier, d’aujourd’hui et de demain de la CGT-Force Ouvrière.

Le président de la République a consulté la semaine dernière les cinq confédérations représentatives et les trois organisations patronales sur le rapport Rocard-Jupé relatif à l’emprunt, dont les modalités seront définitivement arrêtées avant le 10 décembre prochain.
Force Ouvrière a rappelé que, dès le départ, nous avions appuyé le principe d’un emprunt, tout en expliquant que notre position serait fonction des modalités de l’emprunt et de son utilisation.
Nous avons ainsi souligné que nous n’étions pas favorables à un emprunt auprès de la population. En effet, celui-ci ne pourrait être souscrit que par les plus aisés et serait alors source d’inégalités supplémentaires.
Mais nous avons indiqué que l’emprunt auprès d’institutions financières devait s’accompagner, comme exigence, que les banques ne devaient faire à cette occasion aucun euro de profit. Ce serait là une contribution minimale de ces dernières à la crise, notamment après toutes les aides qu’elles ont perçues.
Nous avons également expliqué que nous ne pouvions en aucun cas accepter que le coût de cet emprunt soit compensé par une réduction proportionnelle des dépenses de fonctionnement de l’État. Ce serait en effet un comble que l’emprunt destiné à «préparer l’avenir» soit un prétexte supplémentaire à la remise en cause des services publics.
Toujours sur les modalités, nous nous sommes opposés à la mise en place de nouvelles agences, une manière de contourner les ministères et administrations compétentes. Sur ce point, nous pensons avoir été entendus.
Concernant les priorités (utilisation) de l’emprunt, nous avons souligné qu’il n’y avait, dans le rapport des deux anciens Premiers ministres, aucune priorité sociale. Rien sur l’abondement du fonds de réserve des retraites, sur la dépendance en particulier, autant de besoins, là aussi, à moyen et long termes.
Nous avons enfin souligné nombre de problèmes de cohé-rence en matière de politique industrielle, ou du Grenelle de l’environnement.
Nous verrons ce qu’il adviendra en définitive de cet emprunt, qui s’apparente finalement à un avenant aux lois de finances précédentes. Ce qui est une façon implicite de reconnaître l’insuffisance des dépenses publiques dites d’avenir.
D’une certaine manière, l’heure de vérité approche.
Les pouvoirs publics oseront-ils contredire les dogmes européens en mettant en œuvre une politique économique et sociale différente? Ou retomberont-ils dans les purges budgétaires remettant en cause services publics et régimes de protection sociale collective?
Comme toujours, nous faisons et ferons le choix à FO de défendre la solidarité et l’égalité sans lesquelles la liberté n’existe pas.

Insertion
Au-delà des discours, il est important pour notre syndicalisme de réaliser concrètement ses revendications. Re-vendiquer est essentiel, obtenir satisfaction l’est encore plus. Il est vrai que depuis plusieurs années l’activité syndicale est souvent – et c’est indispensable – une activité de résistance. Mais nous obtenons tous les jours des résultats. C’est par exemple le cas en matière de chômage partiel, ou pour la signature de la nouvelle convention collective à Pôle emploi. Il y a aussi – comme l’on dit – des coins de ciel bleu. Depuis deux ans, au sein de l’entreprise Zara, notre syndicat, avec l’appui de la Fédération FO des Employés et Cadres et de la Confédération, a mis en place, par accord avec l’employeur, une procédure d’insertion de jeunes dits défavorisés ou désocialisés. Plusieurs dizaines de jeunes ont ainsi pu obtenir un vrai travail (CDI à temps plein) avec un vrai salaire. Comme autre conséquence, il a été convenu qu’il n’y aurait bientôt plus de temps partiel contraint dans l’entreprise.
De telles expériences, en l’occurrence menées conjointement par l’employeur et le syndicat FO, méritent d’être mieux connues. Elles expliquent également, même si l’action syndicale est bien entendu plus large, les résultats électoraux récemment enregistrés (42% pour les listes FO). Faire connaître ces résultats, c’est ce que nous avons fait la semaine dernière par une présentation conjointe Zara-FO des résultats à la secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville, Fadela Amara.
Identité nationale
Le débat qui s’ouvre, à l’initiative du gouvernement et du ministre chargé du dossier, M. Besson, est ambigu et malsain. Comment ne pas y voir une démarche électoraliste? Ce qui compterait dans notre pays, ce serait plutôt comment assurer un réel respect des valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. Ce qui passe aussi par la consolidation des services publics et des régimes de protection sociale collective. Et ce qui percute, bien entendu, les politiques économiques dites libérales, qui font du service public et des régimes sociaux des charges et des freins à la compétitivité!
Or ce débat-là est encore refusé, alors que la Constitution précise notamment que notre république est une république sociale, une et indivisible.
Transparence
Ce terme revient régulièrement et à propos de tout. Comme le disait Coluche, «plus blanc que blanc, c’est transparent»! Personne ne conteste que dans une démocratie, qui plus est républicaine, il doive y avoir des droits et des devoirs. De là à prôner la transparence totale, il y a un monde. Car cette transparence viendrait percuter les libertés individuelles et collectives, comme le respect de la vie privée. Seules les sociétés totalitaires se prévalent de la transparence à l’encontre de ceux qui les subissent afin qu’ils soient sous contrôle permanent. C’est bien pour cela d’ailleurs que sur le plan syndical nous continuons à défendre la loi de 1884, parce qu’elle assure la liberté syndicale.
Imagine-t-on dans une entreprise de rendre obligatoire la liste des adhérents? Que se serait-il passé pendant la dernière guerre si les syndiqués avaient tous été connus?
Et que dit-on par rapport à toutes celles et tous ceux qui spéculent sur le plan international, en toute légalité mais sans aucune «transparence»?
C’est aussi parce que nous avons toujours défendu la loi de 1884 que nous continuons à combattre la loi du 20 août 2008 sur la représentativité. De tout temps, par des moyens divers, les gouvernements (parfois avec l’appui de certaines organisations syndicales pour des raisons idéologiques ou d’appareil) ont voulu domestiquer le syndicalisme. C’est le cas quand on veut l’intégrer dans la gestion de l’État ou dans celle des entreprises en le transformant en sous-traitant social. Ce qui est, bien entendu, contraire à la liberté et à l’indépendance syndicale.
En cette année où nous célébrons le 60e anniversaire de la convention n°98 de l’OIT portant sur la liberté de négociation, et sans remettre en cause le rôle de la justice, nous considérons que certains commentaires, après les perquisitions dont ont été l’objet plusieurs fédérations syndicales des métaux, sont inacceptables et dangereux. Certains ont, en effet, fait un lien entre les perquisitions (dans le cadre de ce qu’on appelle l’affaire UIMM) et le fait que ces fédérations étaient celles qui négociaient et signaient des accords! Nos camarades de la métallurgie – auxquels la Commission exécutive a exprimé son soutien et sa solidarité – ont clairement affiché leur sérénité – ce que nous avons toujours affirmé en la matière – et leur attachement viscéral à l’indépendance et à la liberté.
En tout cas, il ne faudrait pas qu’au nom de la «transparence» on en arrive, demain, à un syndicalisme publiquement financé (comme les partis politiques), c’est-à-dire n’ayant plus besoin d’adhérents, transformé en machine électorale permanente et privilégiant la démocratie d’opinion sur la démocratie représentative ou de mandat. C’est l’un des risques majeurs de la position commune CGT-CFDT-MEDEF-CGPME et de la loi du 20 août 2008 qui l’a entérinée.

Plus de 200 délégués syndicaux du privé se sont réunis à l’initiative de la Confédération le 10 novembre à Paris.
Ils venaient de toute la France et d’entreprises ayant connu ou connaissant des difficultés. Tous n’ont pas pu prendre la parole, faute de temps, pour expliquer leur situation, la manière dont ils l’avaient gérée ou la géraient, et leurs attentes. Et nous avions volontairement limité le nombre global de participants, cette réunion n’étant pas un meeting.
De nombreuses questions furent abordées: emploi – chômage, donneurs d’ordre – sous traitants, brutalité des annonces et manque de respect, pouvoir d’achat en berne, notamment.
L’accent fut aussi mis sur l’indispensable solidarité entre les différentes structures de l’organisation pour faire face le plus efficacement possible aux problèmes rencontrés.
Les échanges ont été nourris, y compris les échanges d’expériences. La question de la dégradation des conditions de travail et de l’organisation du travail, antérieure à la crise mais qui s’accentue, a aussi été mentionnée.
Comment peut-on également accepter que les aides publiques aux entreprises ne soient pas conditionnées à des engagements de ces dernières, notamment en matière d’emploi?
Comment peut-on accepter que des entreprises bénéficiaires fassent des licenciements, en profitant de la crise?
Toutes ces questions restent posées et sont laissées sans réponse de la part du gouvernement.
De fait, les pouvoirs publics interviennent pour ne pas avoir à changer le modèle ou le système. Ils accompagnent financièrement le capitalisme.
Nous savons, nous, qu’il y a des mesures d’urgence à prendre, mais qu’il faut aussi exiger de profonds changements de système.
Là-dessus, nous ne transigerons pas. Notre rôle est d’être à côté des travailleurs pendant la crise, mais pas de les canaliser. Notre rôle c’est aussi de dégager les pistes pour que, demain, les droits et intérêts des travailleurs soient effectivement respectés.
L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

Peu de temps avant que la crise n’éclate, le Premier ministre avait déclaré, lors d’un déplacement en Corse, qu’il était à la tête d’un État en faillite. À l’époque, le déficit budgétaire s’élevait à 50 milliards d’euros. Avec la crise et les aides apportées essentiellement aux banques et aux entreprises, le déficit s’élève à 121 milliards d’euros. Et le Premier ministre d’annoncer la semaine dernière, dans une interview au Monde, que dès 2010 il allait engager un programme de réduction du déficit budgétaire de 1% par an jusqu’en 2014, pour passer en cinq ans de 8% à 3% de déficit afin de respecter les critères de Maastricht. Ce qui signifie la mise en place dès 2010 d’un programme pluriannuel d’austérité qui touchera les services publics et les droits sociaux, dont la maladie et la retraite.
Cela est tout simplement inacceptable. On augmente le déficit pour réparer les dégâts des capitalistes; ensuite, on serre la vis aux travailleurs et au peuple. Ce serait intolérable et remettrait en cause le pacte social républicain.
Et ce d’autant plus que, depuis plusieurs années, l’État s’est privé de dizaines de milliards d’euros de recettes fiscales par des allègements d’impôts pour les entreprises et les plus aisés.
Par exemple, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale vient d’expliquer que les allègements fiscaux sur les plus-values à long terme sur les cessions de titres ont coûté en deux ans 20 milliards d’euros de recettes en moins de l’impôt sur les sociétés! Cela fait des mois que nous expliquons que, si la crise est dure, la sortie de récession risque encore d’être plus dure. Si tel est le cas, elle sera nécessairement conflictuelle. Et Force Ouvrière prendra toutes ses responsabilités, comme nous l’avons toujours fait.
C’est aussi le cas sur d’autres dossiers importants, comme celui de la représentativité syndicale issue de la position commune CGT-CFDT-MEDEF-CGPME et de la loi du 20 août 2008. Depuis le début, nous expliquons que cette loi est une atteinte à la liberté syndicale et à la liberté de négociation, que son seul but est de supprimer des syndicats.
À l’initiative de l’Union départementale FO du Finistère, appuyée par la Confédération, le tribunal d’instance de Brest a confirmé une partie de nos analyses en déclarant légale la désignation d’un délégué syndical, alors que la liste FO avait fait plus de 10% dans un collège mais pas dans l’ensemble des collèges. Bien entendu – ce qui est révélateur –, la CFDT et le ministère du Travail veulent aller devant la Cour de cassation. Fidèles à nos conceptions, nous continuerons à la fois à contester le dispositif représentativité à travers une «guérilla juridique», mais aussi par des recours sur le fond. Car on ne joue pas avec la liberté.

Avant la crise, les tenants du capitalisme libéral vilipendaient les services publics et les régimes sociaux sources de dépenses dites improductives et d’endettement public. Il fallait laisser faire le marché.
Avec la crise, les mêmes, ou une partie de ceux-ci, se félicitent du «modèle social français» qui, grâce à ces amortisseurs sociaux permet de mieux résister, comparé notamment aux États-Unis ou au Royaume Uni.
Mais déjà, alors que certains voient poindre une sortie de récession, on voit ressurgir les discours sur l’explosion de la dette publique et sociale qui nécessite des mesures fortes, sous-entendu des réductions de services publics et des amputations des régimes sociaux. En gros: continuer comme avant la crise, en pire même, compte tenu de l’état des comptes publics et sociaux.
Tous les bons discours sur «après la crise il faudra que le modèle soit différent» semblent déjà appartenir au passé.
Changer de modèle est pourtant une ardente obligation. Cela vaut pour la politique économique, la réglementation financière, la réforme fiscale ou la répartition des richesses. Cela vaut aussi pour l’organisation du travail au sens large, dans le public comme dans le privé. Rappelons que selon le Bureau International du Travail le coût du stress au travail est évalué à 4 points de Produit intérieur Brut, soit 80 milliards d’euros dans un pays comme la France. De fait la dégradation de la vie au travail n’est pas contestable, c’est un constat très largement partagé.
Selon Christophe Desjours elle est due à la coexistence de deux phénomènes: les entretiens individuels d’évaluation et de performance, le concept de qualité totale ou zéro défaut. De là découle une pression accrue, la fixation d’objectifs arbitraires destinés à satisfaire in fine la rémunération des actionnaires, une individualisation des relations sociales, un contrôle, ou flicage, accru des salariés permis par les nouvelles technologies. Il est donc indispensable de revoir les objectifs et méthodes de l’organisation du travail. Ce qui renvoie inévitablement à la recherche d’un autre modèle que le capitalisme libéral et financier.
Comme souvent, il va falloir exister et revendiquer. Consolider les régimes sociaux solidaires et égalitaires, renforcer le service public redonner vigueur à la république sociale, tels sont les objectifs incontournables. Sur toutes ces questions, le syndicalisme libre et indépendant, notre syndicalisme, aura un rôle déterminant.

Le Parlement vient de commencer l’examen du projet de budget 2010.
Ce projet épargne très largement les entreprises en réduisant leur fiscalité (moins 11 milliards d’euros en 2010 pour la taxe professionnelle). Il épargne aussi largement les banques, qui ne sont même pas mises à contribution après avoir été massivement aidées par les fonds publics et qui accroissent fortement leurs profits.
Il n’épargne pas les collectivités territoriales, qui s’inquiètent à juste titre du manque de recettes lié à la suppression de la taxe professionnelle.
Il n’épargne pas non plus les travailleurs, qui auront à payer la taxe carbone et qui demeurent confrontés aux questions cruciales de pouvoir d’achat, d’emploi et de stress au travail.
L’accroissement du déficit budgétaire (8% du PIB) et de la dette publique (77% du PIB) lié à la crise sera le débat essentiel des mois à venir. Que se passera-t-il quand les experts économiques et les pouvoirs publics décréteront la fin de la récession?
Déjà des voix s’élèvent pour dire qu’il faudra rapidement réduire les déficits publics et sociaux, et programmer le zéro déficit budgétaire et la diminution de la dette publique.
On commence à dire également que la Commission européenne devrait épingler et sanctionner la France pour déficits excessifs. Et au plus haut niveau de l’État, on nous répète qu’il n’est pas question d’augmenter les prélèvements (c’est-à-dire les recettes). Dans ces conditions, il y a fort à craindre qu’après avoir lourdement subi la récession, les travailleurs soient les seuls mis à contribution quand la croissance reprendra.
Dans le collimateur, on trouve les droits sociaux (retraite, maladie, famille, chômage) et l’existence des services publics.
D’autres rappellent l’urgence de la flexibilité et de la compétitivité, ce qui signifie la «modération salariale». Si tel était le cas, cela signifierait que la logique à l’œuvre avant la crise reprendrait de plus belle après la récession. Ce qui voudrait dire qu’aucune leçon n’aurait été tirée, confirmant la formule du financier américain Warren Buffet: «La lutte des classes existe et les riches sont en train de la gagner.»
Depuis plusieurs mois, nous tirons la sonnette d’alarme, y compris en revendiquant une grande réforme fiscale.
Nous savons que la sortie de récession sera le moment de tous les dangers.
Il y a des limites à tout.
Dans un tel cas de figure, nous aurons la responsabilité d’expliquer aux travailleurs la nécessité de refuser l’inacceptable.

D’une certaine manière, ce qui se passe à France Télécom est symptomatique des évolutions économiques en vigueur depuis une quinzaine d’années. Anciennement partie prenante des PTT, France Télécom a été ensuite séparé de La Poste pour devenir une société anonyme. Ce fut la privatisation d’un service public, privatisation mise en œuvre au nom de la libéralisation décidée au niveau européen.
Pour un salarié qui avait fait le choix de travailler dans la fonction publique, se retrouver dans une entreprise où le culte de la compétitivité a été hissé au plus haut point, c’est par définition une rupture. Au moment du changement de statut, il n’était pas rare de voir des agents voulant rester fonctionnaires être mis à l’écart ou considérés comme ringards ou fermés à ce qui était présenté comme la modernité.
Cette évolution du secteur public ou privé est également perceptible en tant que consommateur. La notion de service au public s’est diluée, pour disparaître avec la privatisation. Qui plus est, au fil des années, la compétitivité-coût est devenue la priorité, avec comme deuxième priorité les évolutions technologiques. Résultat: le social, les conditions de travail sont devenus la variable d’ajustement. Réduction drastique des effectifs, mobilités forcées, déclassement, contrôle s’apparentant à du flicage, objectifs individuels, rien d’étonnant malheureusement dans la situation que traverse l’entreprise. Et ce ne sont pas quelques ajustements qui permettront de résoudre les problèmes.
De manière urgente, il faut que la direction de France Télécom recrute, remette en place un système de cessation anticipée d’activité, renonce aux contrôles permanents sur les salariés. Par ailleurs, il faut revisiter le modèle de gestion et ses priorités. C’est notamment ici que la question des conditions de travail est centrale.
On ne la réglera pas en embauchant des spécialistes pour apprendre à gérer son stress, mais en mettant en place une organisation du travail diminuant le stress et en réintroduisant du collectif.
Mais il n’y a pas que France Télécom, la pénitentiaire, l’ex-ministère de l’Équipement, la banque ou la police nationale connaissent aussi des suicides de salariés.
C’est le modèle économique qu’il faut revoir. Ce modèle a conduit à la crise sous tous ses aspects. En sortir suppose que l’on change de modèle. Or, à entendre aujourd’hui certains responsables ou experts, tout semble repartir comme avant. La vie des hommes et des femmes ne doit en aucun cas être subordonnée au profit et à la satisfaction des actionnaires.
