Combien de manifestants attendez-vous le 7 septembre?
Il y a énormément d’éléments réunis pour que cette journée soit forte.
La date est connue depuis la fin juin. Pendant l’été, nous avons fait, comme les autres syndicats, beaucoup d’information sur les plages, dans les entreprises. Et je n’ai pas rencontré de salariés d’accord pour partir en retraite à 62 ans ou retarder de 65 ans à 67 ans leur départ pour ceux qui n’ont pas toutes leurs annuités. De plus, l’ensemble des syndicats appelle à cette mobilisation. Sans compter le contexte global de rigueur et d’austérité de cette rentrée.
Où mettez-vous la barre?
Pour moi, il y aura plus de 2 millions de manifestants.
Nicolas Sarkozy a pourtant prévenu en juillet qu’il ne renoncerait pas à repousser l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, quel que soit le nombre de manifestants...
Est-ce une provocation ou une façon de dire qu’il ne bougera pas? Seul l’avenir le dira. S’il y a beaucoup de monde et s’il y a d’autres actions par la suite, il sera obligé d’en tenir compte. Il est certain que cette manifestation ne suffira pas. Mais j’ai eu l’occasion de relire pendant l’été le livre qu’il avait écrit juste avant l’élection présidentielle de 2007. Parmi les formules intéressantes, il explique que 3 millions de manifestants contre le CPE, ce n’est pas rien.
Chaque année, vous annoncez un automne social chaud, qui fait souvent un flop. Quelles sont les conditions pour une unité d’action durable?
Même si FO n’a pas signé le communiqué syndical, l’unité d’action existe. Cela étant, tout le monde sait bien que les manifestations à répétition ne sont pas efficaces. Le calendrier est court. L’essentiel va se jouer entre le 7 et le 17 septembre, au moment où les députés examineront le projet de loi. En fonction de la réussite de cette journée, il faudra trouver d’autres moyens pour maintenir la pression. Nous verrons comment le gouvernement et le Parlement réagiront. Mais Nicolas Sarkozy ne nous laisse pas d’autres solutions que le rapport de force. Il y a deux dossiers sur lesquels il veut se montrer intransigeant, pour des raisons financières et afin de satisfaire les marchés: la retraite et le budget. Aujourd’hui, on gouverne à la corbeille.
Pourquoi avez-vous refusé de signer le communiqué syndical de lundi?
Ce n’est pas une posture. Tout le monde fait le même constat. Cette réforme est injuste et inefficace et pourtant le communiqué syndical n’exige pas son retrait. Pourquoi les autres syndicats ne souhaitent-ils pas employer ce terme? Je ne le sais pas. La réforme des retraites, c’est comme la cuisine: si le plat est raté, indigeste, ce n’est pas parce qu’on va remettre une pincée de sel ou une cuillerée d’huile d’olive qu’il va être mangeable. On le balance et on prend une autre recette. Pour moi, il faut zapper tout le texte gouvernemental. Pas question donc de ne discuter, comme le propose encore hier dans un courrier Éric Woerth, que de la pénibilité, des carrières longues et des polypensionnés, et pas du reste.
Allez-vous tout de même répondre à l’invitation d’Éric Woerth?
Tous les syndicats ont déjà été reçus plusieurs fois pour donner leurs éclairages et leurs solutions. J’ai même écrit au début de l’été au ministre du Travail. Je ne refuse pas la discussion. On va à nouveau le rééclairer s’il a besoin de lumière, mais il ne va rien apprendre. Je resterai ferme sur mes positions.
Sur l’affaire Bettencourt et les implications supposées du ministre du Travail, les syndicats sont restés très discrets. Pourquoi?
Ça ne relève pas du rôle d’une organisation syndicale. Nous ne choisissons pas nos interlocuteurs, qui sont désignés par le président de la République et le Premier ministre. C’est vrai que cette affaire a fragilisé Éric Woerth. Mais nous n’avons pas à faire de commentaires là-dessus. Nous ne nous intéressons pas aux hommes ni à ce qu’ils peuvent faire, mais à leur politique. Ce qui m’importe, c’est la position du gouvernement sur les retraites. Pour le reste, que la justice fasse son travail. Cela a toujours été notre position.
Le gouvernement doit-il maintenir Éric Woerth à son poste?
C’est au gouvernement d’assumer ses choix. Ce n’est pas la préoccupation première des salariés, de plus en plus mécontents. Le plus grave à leurs yeux, c’est que rien n’a changé depuis la crise. Les entreprises du CAC 40 et les banques s’en sortent toujours aussi bien, alors que pour eux la situation s’aggrave. Mais il n’est pas impossible que le sujet soit présent dans les esprits des manifestants. Chacun est libre de venir avec la pancarte qu’il veut.
Propos recueillis par
Catherine Gasté-Peclers
La rentrée 2010 démarre sur les chapeaux de roue. Pendant l’été, Force Ouvrière a largement informé les salariés des dangers multiples et du caractère inacceptable du projet gouvernemental sur les retraites.
Lors de son examen en commission à l’Assemblée nationale en juillet, la majorité parlementaire a fait bloc sur les éléments essentiels du texte gouvernemental, notamment en matière de recul de l’âge du droit à la retraite et d’allongement de la durée de cotisation.
Dans son intervention télévisée du 13 juillet sur France 2 (motivée par «l’affaire Bettencourt»), le président de la République a souligné que les manifestations auxquelles il s’attendait n’auraient aucune influence sur la version finale de la réforme des retraites.
Nouvelle provocation et/ou conviction que des manifestations à répétition ne bloqueront pas son projet?
En tout cas le contexte est clairement posé, le projet gouvernemental s’inscrit dans une remise en cause importante des droits des salariés, dictée par une politique économique et sociale inchangée malgré les discours et la crise.
On continue avec la même logique qu’avant la crise, en pire parce qu’il faut réduire les déficits sans pénaliser le capital. En témoignent les bénéfices records enregistrés par nombre d’entreprises du CAC 40.
Du côté de la Commission européenne, un livre vert en préparation sur la retraite constate que «les États membres ont encouragé une plus grande part de la population à travailler plus longtemps en vue d’obtenir les mêmes droits qu’auparavant», et que «toutes les politiques, y compris celle des retraites, seront assujetties à l’assainissement budgétaire». Le tout en soulignant que «l’ampleur de la détérioration des finances publiques consécutive à la crise est équivalente à l’anéantissement de vingt années d’assainissement budgétaire».
Dans ces conditions, il convient de réussir le 7 septembre 2010. Force Ouvrière y sera pleinement engagée sur la base de l’exigence de retrait du texte.
Là encore, il faut être sans ambiguïté. Quand un projet ne convient pas du tout et qu’il n’est pas amendable, il faut revoir entièrement la copie, donc exiger le retrait du projet actuel pour obtenir une autre réforme des retraites, respectueuse des droits des salariés et du progrès social.
Quand un plat est raté et toxique, il vaut mieux le jeter pour en faire un autre. Car ce n’est pas en ajoutant une pincée de sel ou une cuillère d’huile qu’on changera la donne.
Or, c’est ce que le gouvernement veut laisser croire en disant que la porte n’est pas fermée sur la pénibilité ou les polypensionnés.
Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.
Le 7 septembre exigeons le retrait du projet gouvernemental!

Le tour de vis imposé par le gouvernement vise à diminuer de manière drastique et aveugle (donc sans tenir compte des conséquences) les dépenses publiques et sociales.
Pour les dépenses publiques c’est non seulement la poursuite de la révision générale des politiques publiques, ce sont aussi les diminutions des dépenses d’intervention allant jusqu’à remettre en cause certaines aides sociales.
Dans le même temps, alors que la formation professionnelle est prétendument une priorité gouvernementale, le gouvernement réduit ses crédits et veut en «piquer» au fonds de sécurisation des parcours professionnels mis en place par les interlocuteurs sociaux, ce qui s’appelle un hold-up.
Dans le domaine des dépenses sociales, c’est bien entendu le projet de contre-réforme des retraites, c’est aussi la contrainte d’un objectif plus serré en matière de dépenses d’assurance maladie, d’où la recherche d’économies pénalisant notamment les personnels et les assurés sociaux.
Une telle politique économique pénalisera inévitablement la croissance économique et l’emploi, elle ralentira l’activité au risque d’aller vers la récession.
Ces économies en cascade touchent également les collectivités territoriales dont, par exemple, les dépenses sociales tendent à augmenter du fait de la crise, sans compensation de l’État.
Finalité de tout cela: répondre aux critères définis au plan européen en matière de déficit budgétaire et de dépenses publiques. Ce qu’a d’ailleurs confirmé le Président de la République dans son intervention télévisée. Nous ne dirons jamais assez que les dettes publiques ont augmenté pour aider ceux qui sont à l’origine de la crise et que maintenant ce sont les travailleurs qui doivent rembourser.
Ce n’est d’ailleurs pas anodin – loin s’en faut – que la commission européenne se soit prononcée la semaine dernière pour un recul de l’âge du droit à la retraite.
Pendant tout l’été Force Ouvrière fera connaître largement ses positions sur le dossier retraites dans la perspective du 7 septembre, journée de mobilisation qu’il faut amplement réussir.
Le président de la République a bien compris que le rapport de forces se situe sur le retrait ou non du texte gouvernemental.
Nous aussi, car avoir une vraie réforme pour les retraites suppose qu’on puisse se débarrasser de ce projet de loi injuste et inacceptable.
D’ici là, pour toutes celles et ceux qui prendront des congés, sachons allier le repos et la défense de nos positions, en expliquant et en convaincant.
Rester nous-mêmes, à savoir libres, indépendants et déterminés, être dans l’action commune ou convergente quand c’est nécessaire, comme le 7 septembre pour un rapport de forces plus important: tel est le rôle d’un syndicat comme Force Ouvrière.

Comme nous l’expliquons depuis plusieurs semaines, le dossier «retraites» doit être traité au regard des ressources nécessaires, sans remettre en cause les droits des salariés quel que soit leur âge. Y compris en faisant une grande réforme fiscale et en favorisant la progression du pouvoir d’achat des salaires.
Ce n’est évidemment pas l’orientation délibérément choisie par le gouvernement qui veut faire payer toutes les générations par un recul de leurs droits, notamment en repoussant l’âge du droit au départ en retraite à taux plein et en allongeant la durée de cotisations.
Pour le gouvernement, il s’agit avant tout de satisfaire les attentes des marchés financiers.
Dans une telle situation, il faut zapper ce projet de loi avant d’exiger une réforme conforme aux droits et besoins des salariés. C’est pourquoi Force Ouvrière revendique en priorité un retrait de ce projet. Pendant tout l’été, nous allons informer, expliquer et convaincre largement du bien fondé de nos positions.
Celles-ci s’inscrivent dans une analyse globale au regard de la crise de système et du besoin de plus en plus pressant de justice sociale.
Nous défendons nos positions le 7 septembre où les militant(e)s Force Ouvrière devront être nombreux dans toutes les manifestations qui auront lieu sur l’ensemble du territoire.
Dès aujourd’hui, dans quelques départements, l’exigence de retrait du projet est portée par l’ensemble des organisations syndicales.
Du matériel d’information est actuellement en préparation. Il va rapidement parvenir aux unions départementales.
Les revendications ne prendront pas de vacances, les militants se relaieront dans la perspective d’un grand 7 septembre 2010.

Tout le monde reconnaît que la manifestation nationale Force Ouvrière du 15 juin à Paris était réussie. Les manifestant(e)s ont marqué leur unité et leur détermination pour obtenir le retrait du projet gouvernemental en matière de retraites.
Dans la foulée, la journée du 24 juin a montré une mobilisation en hausse, elle était elle aussi réussie.
Pour autant, le gouvernement n’entend pas retirer son projet. La seule ouverture qu’il fait c’est à la marge. Or quand un vêtement ne convient pas du tout, changer un ou deux boutons ne règle rien.
À partir du moment où c’est la logique et le fond de la «réforme» qui sont inacceptables, c’est son retrait qu’il faut obtenir avant d’exiger de construire autre chose.
Ce n’est pas une question de vocabulaire (on peut mettre abandon à la place de retrait), c’est une question de fond et d’efficacité.
- De fond, car ce que nous demandons pour les retraites ce sont des ressources nouvelles de financement, ce qui conduit à une réforme fiscale et à un changement d’orientation économique. Et c’est là aussi un point de divergence fort avec le gouvernement. Loin de modifier sa politique économique et sociale, le gouvernement s’inscrit dans l’austérité économique et sociale. On n’est pas dans une «crisette», mais dans une crise. On ne soigne pas une crise en l’accentuant, on ne guérit pas le mal par le mal. On est loin de l’homéopathie, c’est la chirurgie qui est nécessaire.
- D’efficacité, car une action syndicale commune exigeant le retrait conduit les syndicats à tenir ensemble et à ne pas se contenter d’aménagements à la marge. Ce qui est vrai pour les régimes sociaux l’est tout autant pour l’emploi, le pouvoir d’achat et les services publics.
À l’heure où ces lignes sont écrites, la réunion des syndicats du 29 juin n’a pas encore eu lieu. Force Ouvrière y défendra ses positions.
La rentrée sera la clé. Force Ouvrière sera présente dans l’action commune ou convergente.
Et pendant l’été nous informerons très largement. La retraite, c’est aussi la solidarité et la liberté. Et cela nous ne l’oublions pas.
C’est pourquoi la question de la production et de la répartition des richesses produites est essentielle. Comme nous l’avons affirmé le 15 juin à Paris, elle est au cœur de la république sociale.

La Commission exécutive confédérale se félicite du succès de la journée du 15 juin, qui a rassemblé 70 000 manifestants à Paris, la plus importante manifestation Force Ouvrière depuis longtemps. De ce point de vue le 15 juin est historique.
Ce résultat montre la détermination de Force Ouvrière et marque, pour la Commission exécutive, la première étape d’une mobilisation indispensable pour obtenir le retrait du projet gouvernemental en matière de retraites.
La Commission exécutive confirme que ce projet est profondément injuste au plan social et inefficace au plan économique. Il se situe dans la droite ligne du plan d’austérité, qui veut faire payer aux travailleurs une crise dont ils ne sont en rien responsables.
La Commission exécutive rappelle que Force Ouvrière est opposée à tout report du droit à la retraite à 60 ans et ses conséquences, à tout allongement de la durée de cotisation, à toute remise en cause du code des pensions, et revendique des ressources nouvelles pour le financement des retraites et de la pénibilité au travail dans le privé et dans le public, ce à quoi ne répondent pas les soi-disant ouvertures du gouvernement.
Face à un projet que le gouvernement affirme inamovible sur l’essentiel, la Commission exécutive approuve la décision du Bureau confédéral de ne pas s’être rendu à une concertation alibi.
La Commission exécutive marque la détermination de Force Ouvrière à s’engager pleinement pour un retrait du projet gouvernemental et sa volonté de tout mettre en œuvre pour y parvenir.
Concernant les modalités d’action, la Commission exécutive confirme, compte tenu de l’expérience, que si les manifestations ne suffisent pas, la nécessité d’une journée de grève interprofessionnelle reste posée.
Pour la Commission exécutive, le mot d’ordre de retrait du projet gouvernemental permet de rassembler clairement les salariés et de solidifier une action commune. D’ailleurs,
d’ores et déjà, au niveau local, dans des entreprises ou des administrations, un tel mot d’ordre permet une action commune ou conjointe. Ce qui est possible localement doit
l’être nationalement.
La Commission exécutive appelle ses structures à militer, expliquer et convaincre à tous les niveaux pour qu’une telle action commune puisse se généraliser à la rentrée. C’est ce que Force Ouvrière expliquera aux autres syndicats lors de la réunion du 29 juin.
Adoptée à l’unanimité.

Cette année encore, Force Ouvrière est partenaire du Tour de France. Cette épreuve sportive est toujours aussi populaire, quelles que soient les vicissitudes. Chose normale: le Tour, c’est l’effort individuel et collectif, c’est aussi une grande fête populaire gratuite.
Sur le Tour, FO rappellera que le couple efforts-résultats est aussi au cœur du «rôle syndical»: les efforts des salariés doivent trouver une juste contrepartie dans les résultats. La crise économique n’est pas finie, et les tentatives de sortie de crise sont encore plus dures que ce que l’on prévoyait, faute de pouvoir d’achat. Et en s’attaquant aux retraites comme il le fait, le gouvernement va contribuer à plomber la reprise sans réussir à rassurer les «marchés», qui sont pourtant à l’origine de celle-ci. Le dossier retraites est d’abord et avant tout lié à la mise en place de l’austérité sociale.
Alors que la pression est mise sur les salariés, les actionnaires se portent bien et, pour la première fois, les entreprises leur versent autant que ce qu’elles paient en cotisations et impôts.
Beaucoup d’efforts pour les salariés, beaucoup de «résultats» pour les actionnaires: quelque chose ne va pas!
À la rentrée, le projet de loi sur les retraites va être soumis au Parlement: il est clair que nous ne pouvons pas laisser passer sans réagir. FO ne renoncera pas et maintient ses revendications:
- 60 ans, c’est le droit de partir!
- 40 ans de cotisation, c’est déjà trop!
- maintien du code des pensions civiles et militaires!
Ensemble, exigeons une répartition offensive des richesses et une grande réforme fiscale.
Pour la trentième année, Force Ouvrière est présente sur le Tour. C’est non seulement de la fidélité, du respect pour les coureurs, c’est aussi célé-brer ensemble ce grand rassemblement populaire.
Alors bon Tour, bonnes vacances et soyons prêts à nous mobiliser dès septembre avec FO, organisation syndicale libre et indépendante!

Combien de manifestants attendez-vous de-main?
Jean-Claude Mailly: Nous tablons sur quelques dizaines de milliers de manifestants, pour une très grande majorité de FO. Ici ou là, il y aura aussi des gens de la CFTC, de la CGT et des syndicats autonomes.
Mais nous ne sommes pas naïfs. Cela pèsera, mais pas suffisamment pour faire reculer le gouvernement.
Quel est votre objectif ?
J.-C. M.: Réaffirmer ce que nous refusons: un report de l’âge de la retraite à 60 ans, un allongement de la durée de cotisation et la remise en cause du Code des pensions des fonctionnaires.
Faire cavalier seul, n’est-ce pas une erreur de stratégie?
J.-C. M.: Les autres organisations ont refusé ce que nous proposions. Sans doute parce qu’elles ont sur le fond des positions divergentes. FO ne veut pas participer à un marché de dupes. Nous ne sommes pas amnésiques. Nous nous souvenons de ce qui s’est passé lors de la réforme des retraites de 2003, avec une déclaration commune très ambiguë. Nous nous souvenons aussi des manifestations à répétition de 2009, qui ont fini par épuiser les salariés. Nous n’avons pas changé. C’est pourquoi nous allons reposer demain les conditions d’une unité d’action nécessaire si l’on veut faire reculer le gouvernement et le Parlement.
Le gouvernement vous fait un mauvais coup en annonçant son plan le soir, voire le lendemain de votre journée…
J.-C. M.: Le calendrier gouvernemental est calculé sur les rendez-vous syndicaux, sportifs et sur les vacances des salariés. C’est du marketing politique. L’exécutif doit aussi espérer secrètement que les Bleus aillent le plus loin possible, pas par passion du foot, mais parce que cela va l’arranger politiquement. Nos militants y voient une forme de provocation. Et je ne me fais aucune illusion sur ce projet de loi. Il va falloir mener la bagarre à la rentrée et demander le retrait pur et simple du texte pour défendre la retraite à 60 ans.
En attendant, vous joindrez-vous à la mobilisation du 24 juin appelée par la CFDT et la CGT?
J.-C. M.: Manifester ensemble en n’étant pas d’accord sur le fond? FO n’est pas favorable à l’allongement de la durée de cotisation. Nous l’avons toujours dit, depuis le début on est en désaccord là-dessus avec la CFDT. C’est incompatible avec la défense de la retraite à 60 ans. On voit déjà les conséquences de l’allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans décidée en 2003: de plus en plus de salariés, beaucoup de femmes et de précaires, ne peuvent déjà plus partir à 60 ans. En allongeant encore à 41, 42 ou 43 ans, comme le souhaite François Fillon qui se soucie surtout des marchés, la retraite à 60 ans, ce sera un mirage.
Plusieurs ministres en exercice perçoivent une retraite en plus de leur salaire de fonction. Faut-il revoir le cumul emploi-retraite?
J.-C. M.: C’est une évidence. Surtout à certains niveaux de rémunération. Il faut aussi que les élus réfléchissent à leur système de retraite. Ils se sont par exemple voté un système avantageux d’assurance-chômage quand ils sont passés de 55 à 60 ans, dont tout le monde aimerait pouvoir bénéficier.
PROPOS RECUEILLIS PAR C. G.-P

Le gouvernement devrait faire connaître son avant-projet de loi sur les retraites entre le 16 et le 20 juin, c’est-à-dire juste après notre appel à la grève et à notre manifestation à Paris du 15 juin 2010.
Cette journée du 15 juin est importante. Elle va montrer la détermination de Force Ouvrière sur la question des retraites, à la fois sur les revendications et sur les modalités d’action.
Nous sommes dans la continuité de ce que nous expliquons depuis plusieurs mois: ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.
On dit ce qu’il faut faire et on fait ce que l’on dit, et on assume clairement nos positions.
Au passage, rappelons que nous avons appelé dès le 4 mai au 15 juin, tout en disant que le 15 juin était ouvert.
Certaines organisations nous ont d’ailleurs rejoints depuis, comme le SNETAA (professeurs de lycées professionnels) ou la FGAF (Fédération générale autonome des fonctionnaires). Rien ni personne n’empêchait donc d’autres confédérations de faire de même, notamment en appelant clairement à une journée de grève.
Ce n’est pas leur choix. Nous en prenons acte.
Cela n’entache en rien notre détermination à faire reculer le gouvernement.
Comme toujours, Force Ouvrière agit en fonction de ses positions, de ses convictions et de manière pragmatique, en tenant compte des expériences passées et du contexte.
Cela s’appelle tout simplement la libre détermination et l’indépendance, auxquelles nous sommes profondément attachés.
L’action commune est bien entendu un atout dans la constitution d’un rapport de forces. Encore faut-il que nous soyons sûrs de tirer dans le même sens.
Pour ce qui nous concerne, nous n’accepterons jamais un report du droit à la retraite à 60 ans, un nouvel allongement de la durée de cotisation ou une remise en cause du code des pensions. Et nous avons proposé plusieurs pistes de financement pour régler le dossier retraites sans remettre en cause les droits des travailleurs, du public comme du privé.
Dans l’action commune, les organisations peuvent avoir des différences, mais pas sur l’essentiel. Quand on «marche ensemble», autant aller dans le même sens, sinon c’est le b... assuré et c’est alors le gouvernement qui tire les marrons du feu.
L’avenir nous dira -et rien n’est garanti- si faute de pouvoir être d’accord sur ce qu’il faut faire pour régler la question des retraites, on pourra être d’accord pour dire non au plan gouvernemental, c’est-à-dire revendiquer son retrait.
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui la priorité, c’est de réussir le 15 juin.

Jouant sur la communication en distillant progressivement les annonces, le gouvernement a fini par admettre, deux jours avant la journée de mobilisation de plusieurs organisations syndicales, qu’il allait reculer le droit au départ en retraite au-delà de 60 ans.
Il explique dans le même temps que ce sera progressif et que quelqu’un ayant 59 ans et pouvant partir à 60 ans n’aura que 3 mois de plus à faire. Une broutille en quelque sorte.
Mais, dans la même logique, quelqu’un qui a 56 ans et qui espérait pouvoir partir dans quatre ans devra travailler un an de plus. Un an ce n’est pas rien, surtout quand on compte les jours compte tenu notamment de la dégradation des conditions de travail, dans le privé comme dans le public. Une personne qui a 52 ans devrait quant à elle s’attendre à travailler deux ans de plus, à raison d’un trimestre supplémentaire par an de recul à compter de 2011.
Quant aux jeunes générations, celles qui d’ores et déjà savent qu’elles devront travailler au-delà de 60 ans, rien ne leur est garanti.
En effet, ce que prévoit le gouvernement n’assure aucun équilibre financier et, dès lors, tout est possible en termes de dégradation sociale: 65, 66, 67... 70 ans.
En quelque sorte, cela revient à dire: travaillez jusqu’à en mourir, on s’occupe du reste. Rappelons qu’a contrario, ce que propose Force Ouvrière en termes de financement assure un équilibre financier rapide des retraites. On est effectivement sur deux logiques opposées.
Pour le gouvernement, l’équilibre financier doit être trouvé en remettant en cause les droits sociaux. Pour nous, les droits sociaux doivent être protégés en prenant les décisions de financement nécessaires. D’un côté le gouvernement s’entête dans la logique du capitalisme libéral et financier à l’origine de la crise. D’un autre, nous proposons un changement de modèle qui vaut non seulement pour les retraites, mais également pour tous les autres dossiers.
Dans ces conditions, seul un rapport de forces efficace peut contraindre le gouvernement à renoncer. C’est dans cet esprit que nous avons lancé une journée de grève interprofessionnelle et de manifestation à Paris: pour montrer notre détermination. Nous assumons clairement nos responsabilités. Cet appel n’est pas fermé. D’autres organisations, «nos amis» d’autres organisations, sont libres de s’y joindre, le tout est de savoir si l’on veut se donner les moyens et si l’on veut donner aux salariés les moyens de contraindre le gouvernement à renoncer à ses contre-réformes.
Nous savons tous – ce n’est pas la peine de faire semblant – que les manifestations ricochets, sans les étudiants et les lycéens, ne sont pas efficaces. D’ores et déjà, certains syndicats ont décidé de nous rejoindre, comme le SNETAA, syndicat de professeurs de lycées professionnels. De son côté, la CFTC a considéré qu’après le 27 mai, il fallait savoir saisir le 15 juin.
En tout cas, pour ce qui la concerne, Force Ouvrière prépare la réussite de cette journée. Le dossier retraite durera jusqu’à l’automne. Mais il faut dès le 15 juin démontrer notre détermination, en appelant à une journée de grève interprofessionnelle et en manifestant à Paris. Dire ce qu’il faut faire et faire ce que l’on dit, cela s’appelle tout simplement assumer ses responsabilités.
