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Pour une ficalité juste et distributive
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Force Ouvrière spécial Tour de France 2010
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/// FORMATION SYNDICALE 

> 119 RÉPONSES TROUVÉES

C’est un sauna en été, le sol glisse à cause de la graisse. Les règles de sécurité ne sont pas toujours respectées. Si, par exemple, on n’a pas les bons gants, on se brûle facilement. Les horaires sont décalés, on peut être du matin, du jour ou du soir. En général, les sites sont ouverts de 7h à minuit. Sur les Champs-Élysées et dans les drive, c’est même 24 heures sur 24.

Je n’avais pas l’idée de faire carrière chez Quick, mais j’ai commencé à évoluer très rapidement. À 23 ans, j’étais directrice du restaurant Paris Rive Gauche au BHV, c’était assez prestigieux. J’ai continué à progresser. J’ai dirigé un drive, puis j’ai repris une franchise. Diriger un site, c’est gérer l’exploitation d’un restaurant. Je recrute les salariés, je fixe et je réalise l’objectif budgétaire, je m’occupe du marketing, de la paie.

Tout allait bien jusqu’à ce que je me marie et que j’aie un enfant. Là, ça a été fini pour moi. Pour la direction, la vie de famille est incompatible avec le rendement, on ne peut plus donner le même investissement. Les plannings changent au dernier moment, on nous demande de revenir le week-end ou de dépointer et de continuer à travailler. Si on refuse, ce n’est pas bon pour la promotion.

C’est à ce moment-là que je me suis syndiquée. J’ai rencontré Denis Raguet, de la fédération FO de la restauration, et je me suis reconnue dans ses revendications et son discours. Je me suis investie dans le syndicat avec la même énergie que j’avais mise auparavant dans mon travail. La direction était habituée aux syndicats maison, il a fallu tout reconstruire. Aujourd’hui, je suis déléguée centrale chez Quick, qui compte 4 000 salariés.

Je refuse les dessous-de-table, je ne signe pas les accords qui desservent les salariés. Il y a plein de combats. En ce moment on se bat pour la prime d’habillage-déshabillage, qui n’est pas considéré comme du temps de travail. On demande aussi la mise en place de la participation pour les équipiers et d’un plan épargne-retraite. On veut que la prime de risque soit donnée aux équipiers, pas seulement aux managers et aux responsables. En cas de braquage, ce qui arrive souvent, tout le monde est sur le terrain. J’ai été braquée à 18 ans à Rueil-Malmaison. Je n’ai bénéficié d’aucun suivi psychologique, c’est marche ou crève. On remporte aussi des victoires, comme la mise en place récente d’une mutuelle.

Actuellement, je gère le Quick de Parly 2 dans les Yvelines. Nous sommes 35 salariés, 15 équivalents temps plein. Mais je suis dans le collimateur de la direction, je la gêne. Quick préside le syndicat patronal de la restauration rapide, le SNAAR, tout est lié.

La direction vient de tenter un coup monté pour me licencier. Le 19 avril j’ai eu une mise à pied de trois mois pour manque de contrôle de site. Mais ce contrôle est incompatible avec mon mandat syndical. L’inspection du travail a tout démonté point par point et refusé mon licenciement.

Le 26 juillet, j’ai réintégré le restaurant. Là, j’apprends que le site ferme le 15 septembre. Le centre commercial va être en travaux et Quick sera déplacé. La direction est en train de nommer les salariés dans des sites éloignés pour les pousser à la démission. Dix d’entre eux sont syndiqués. Elle veut rouvrir dans quatre ou cinq mois avec une nouvelle équipe.

On continue à se battre. Le 30 août, FO a organisé une manifestation devant le siège pour me soutenir. J’espère aussi que dans quatre ans on aura de vraies élections. En avril dernier, le vote était organisé par la direction, il s’est fait sans isoloir. FO a obtenu 15% des voix. Le syndicat maison, une alliance entre la CFE-CGC et la CFTC, est resté majoritaire.

J’ai un salabre, c’est comme le filet utilisé par les pêcheurs pour récupérer le poisson, mais plus gros encore. J’attrape tous les détritus qui flottent à la surface et je les mets dans des sacs. Dans le Vieux Port on ramasse entre 400 et 600 kilos de déchets par jour, surtout en pleine saison. Mon secteur s’occupe aussi de nettoyer le port, les plages, les calanques et l’île du Frioul.

Je suis éboueur à Marseille depuis dix ans. Avant, j’étais ATOS dans les collèges et les lycées. Avant encore, j’étais tuyauteur dans le privé. J’ai fait le choix d’être éboueur. Pour moi c’était la seule façon d’entrer dans la fonction publique territoriale et de passer des concours. Je n’avais pas cette possibilité en restant à l’Éducation nationale. J’ai déjà passé un certain nombre de concours et j’ai réussi à changer ma situation. Je suis en catégorie C, ce n’était pas évident de conserver un salaire indécent.

Dans la communauté urbaine en tout on est 400 éboueurs, et 350 agents s’occupent du nettoiement des voies. Certains travaillent de nuit pour la collecte des ordures ménagères. Il y a d’autres sections le matin et l’après-midi. C’est un métier très difficile. Il y a une grosse pénibilité, surtout pour la santé. On se retrouve derrière une benne et on collecte. Ça fait du poids qui pèse sur les reins. Beaucoup d’éboueurs souffrent de troubles musculo-squelettiques au niveau des bras, des épaules et des articulations en général.

«Je voulais être dans un appareil et me battre pour les autres»

Par rapport à l’actualité sur les retraites, c’est inconcevable que quelqu’un travaille jusqu’à 62 ou 63 ans. À ce jour, plus de la moitié des éboueurs ne finissent pas leur carrière dans ce cadre d’emploi. Dans la communauté urbaine, pour le moment, on a la chance d’en faire reclasser certains pour raisons médicales.

Il y a aussi beaucoup d’accidents et d’agressions. Les gens sont pressés. Quand ils se retrouvent bloqués derrière le camion, certains nous agressent verbalement et physiquement. Heureusement, on a une nouvelle direction qui est proche des agents et qui entend nos revendications. Ça fait avancer nos démarches.

Je me suis syndiqué dès que j’ai commencé à travailler, en raison de ma jeunesse. Quand j’étais jeune, peu de gens s’occupaient de nous. Je voulais à la fois être dans un appareil et me battre pour les autres, c’est très important pour moi. J’ai rejoint FO car ses batailles correspondaient à mes convictions personnelles et à mon opinion. J’ai suivi l’élan des anciens.

Quand je travaillais à l’Éducation nationale, je m’occupais du CHS-CT de la territoriale. Maintenant, je suis secrétaire général de la section FO propreté des agents techniques à la communauté urbaine de Marseille. C’est la plus grosse section de FO avec 950 adhérents. Il y a tout le nettoiement, des cantonniers aux rippers.

Je travaille le matin, ça me laisse une certaine liberté pour aider les camarades l’après-midi et parfois la nuit. Je me bats pour faire évoluer certaines choses dans notre cadre d’emploi. Une de nos victoires, c’est d’avoir obtenu la NBI [NDLR : nouvelle bonification indiciaire] pour pas mal d’agents. Et on a un régime indemnitaire particulier qui n’est pas mal. On a aussi réussi à faire passer à 380 agents l’examen d’agent technique de première classe, avant ça n’existait pas. Ça leur permet de changer de grade et de faire évoluer leur carrière.

On entend souvent parler des grèves d’éboueurs à Marseille mais ce n’est pas nous, c’est le secteur privé avec qui on partage le travail. Nous, en dix ans, on a vécu trois grèves: une pour les retraites en 2003 et deux de cinq jours à la suite d’agressions.

C’est une entreprise de métallurgie. Je travaille sur le site d’Aulnat, près de l’aéroport de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme. On fabrique et on répare des pièces pour les avions. Ce sont des pièces en aluminium qui deviennent très résistantes à froid, un peu comme le titane. C’est ce métal qui permet aux avions d’être à la fois solides et légers. On travaille pour Aircelle, Eurocopter, Airbus. On fabrique aussi quelques pièces pour des voitures sans permis.

Dans la robotique, rien ne peut remplacer la main. Soit on travaille le métal à froid, soit il est trempé, c’est-à-dire passé dans un four pour pouvoir être remanié à chaud. On presse aussi des plaques de tôle. Une fois contrôlées, les pièces passent à la soudure et à la peinture. Ensuite, elles sont percées et montées.

On a un site de montage à Cournon, à côté de Clermont-Ferrand. C’est là qu’on met les rivets et les plastiques. C’est aussi là que sont faites toutes les réparations, par exemple pour les queues d’hélicoptère. On appartient au groupe Roger Lemoine, qui possède aussi un site en région parisienne, Aéro 92 à Chilly-Mazarin, et une entreprise à bas coût à Casablanca, au Maroc. En tout, on est 500 salariés, dont 310 pour Auvergne Aéronautique.

J’ai créé le syndicat Force Ouvrière il y a trois ans avec deux autres personnes. J’en avais ras le bol de me faire prendre pour un lapin de trois semaines. Il y avait déjà d’autres syndicats depuis une dizaine d’années, la CFDT, qui est majoritaire, la CGT et la CFTC. On m’a changé de poste. Je suis maintenant à la maintenance des petites machines. C’est le support technique pour la production, j’entretiens et je répare. Mais c’est stratégique pour le syndicat, je suis amené à rencontrer tout le monde.

Un an plus tard, aux élections, on a eu un poste au CE et un poste de délégué du personnel. Je suis également trésorier du syndicat départemental FO de la métallurgie. Aujourd’hui on est une trentaine de militants dans le groupe et le seul syndicat présent chez Aéro 92.

On lutte pour le respect de l’être humain. Dans les négociations annuelles obligatoires, ce sont toujours les mêmes qui ont les primes. Notre priorité, c’est de mettre en place une mutuelle et d’améliorer le taux horaire. On a négocié un accord sur les seniors. De 50 à 60 ans, les salariés bénéficient d’un jour de congé supplémentaire tous les deux ans. On s’est aussi battus sur l’intégration des personnes handicapées. L’entreprise respecte le quota de 6%.

Je participe aussi aux négociations annuelles obligatoires au niveau régional. J’ai constaté que beaucoup de choses n’avaient pas été mises en place chez nous. En ce moment j’essaie, par exemple, de faire appliquer le seuil d’accueil. C’est le coefficient dont doivent bénéficier les nouveaux salariés en fonction de leur diplôme.

Depuis le décès de notre actionnaire majoritaire le 1er avril 2009, l’entreprise est mal gérée. On a été en redressement judiciaire. On a été rachetés le 4 mai par SLICOM Aéro. Ils font de la mécanique aéronautique, on est complémentaires. Ils ont mis vingt-cinq personnes dehors, ils ont coupé la tête, les bras et les jambes. Pour l’instant, on attend de voir ce qui va se passer. Aéro 92 aussi attend de voir si le repreneur peut garder une trentaine de personnes.

On fabrique de la farine de boulanger pour les artisans, les industries et les hypermarchés. Je suis chargé du contrôle qualité. Je fabrique des pains et des viennoiseries à longueur de journée dans un fournil reconstitué dans le moulin, pour vérifier la qualité des blés et des farines. Pour avoir un produit régulier en qualité toute l’année, il faut bien doser les différentes variétés de blé venues des coopératives agricoles. J’observe toutes les étapes de fabrication du pain: le pétrissage, la fermentation, l’odeur, le goût, le croustillant... Je suis l’un de ceux qui donnent le feu vert pour la commercialisation des produits finis.

J’ai débuté le métier comme ouvrier boulanger-pâtissier avant de reprendre mes études et de passer un brevet de maîtrise. J’ai quitté l’artisanat pour travailler dans un moulin. J’ai commencé chez Interfarine, près de Troyes. Je suis ensuite entré dans le moulin de Vincelles, où je suis toujours, depuis dix ans. Il s’est appelé la Minoterie Pont, puis Oblé les Moulins avant d’être racheté en 2005 par le groupe Dijon Céréales. J’ai créé le syndicat Force Ouvrière en 2007, juste avant les élections de la délégation unique de personnel. Je trouvais qu’il y avait énormément de problèmes dans l’entreprise.

Certains cadres se donnaient trop de libertés par rapport aux ouvriers. J’ai d’ailleurs été victime de harcèlement moral et de discrimination. Des syndicats existaient, la CGT, la CFDT et la CFTC, mais ils ne se bougeaient pas beaucoup pour défendre les salariés en difficulté. Je ne voulais m’intégrer à aucun d’eux.

«J’ai toujours cherché à amener plus d’avantages aux salariés»

Chez Force Ouvrière, au niveau local et départemental, j’ai trouvé des gens avec un état d’esprit proche du mien. Aux dernières élections de délégation unique de personnel, j’ai eu 45% des voix et la CGT 50%. J’étais déjà connu pour ma grande gueule. Ça m’a permis d’être élu délégué du personnel. J’ai également été élu aux prud’hommes à Lons-le-Saunier, dans le secteur agricole, lors des dernières élections.

Dès la création du syndicat, j’ai mené plusieurs combats. J’ai fait remonter à la direction les mauvais comportements de cadres. Dans les négociations annuelles obligatoires, j’ai toujours cherché à amener plus d’avantages aux salariés, comme une augmentation de la prime des paniers repas ou du nombre de jours pour enfant malade. J’ai aussi imposé la mise en place d’un talon pour les augmentations. On prend tous les salaires de l’entreprise et on fait une moyenne qui servira de plancher. Les gens qui sont en dessous bénéficient d’une augmentation au niveau du talon.

En ce moment je négocie mon deuxième plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), 16 emplois sont supprimés. Au niveau du groupe, en 2005 nous étions 170 personnes sur quatre sites. En 2008, nous sommes passés à 110 pour trois sites. En juin 2010 nous serons 90 sur deux sites. La conjoncture n’explique pas tout dans ce naufrage. La direction est restée la même malgré le rachat par Dijon Céréales. À l’époque, à cause d’une mauvaise gestion, elle avait fait couler un moulin, maintenant elle coule un groupe. Le déficit est énorme. On dirait que nos dirigeants sont dépassés. Les négociations annuelles obligatoires, qui auraient dû commencer en janvier, n’ont toujours pas eu lieu.

Ma grosse difficulté, c’est d’avoir des adhérents et pas seulement des sympathisants. Avec le PSE, des adhérents et des personnes qui étaient sur le point de signer ne sont plus dans l’entreprise. Je défends toutes les causes, c’est le meilleur moyen d’attirer des nouveaux.

Il ne faut pas confondre avec la langue des signes. Je fais des gestes près du visage pour compléter visuellement la langue française. Il y a cinq positions de la main pour coder les voyelles et huit configurations de doigts pour coder les consonnes. Nous les associons pour former des sons, donc des mots, donc des phrases.

En lisant sur les lèvres, une personne sourde capte au maximum 30% du message. Certains mots ont la même prononciation comme main, pain ou bain. Elle devine, selon le contexte, ce dont il s’agit. Avec le code, la compréhension atteint pratiquement 100%.

Le code LPC existe en France depuis 1977, mais il est encore très peu connu du grand public. Nous ne sommes que 250 codeurs au niveau national, c’est peu comparé aux besoins. La formation est récente, c’est une licence professionnelle proposée par seulement deux écoles. Nous avons des cours de médecine, d’orthophonie, de langage, nous rencontrons tous les professionnels de la surdité, le programme est très chargé.

Je suis sortie de l’école l’an dernier. J’ai décidé de devenir codeuse car j’ai une cousine sourde, j’ai été sensibilisée à ce monde. Avant de connaître cette formation, j’avais d’abord pensé être professeur des écoles.

«LA RECONNAISSANCE DE NOTRE MÉTIER EST UNE NÉCESSITÉ»

J’ai choisi de travailler avec les enfants. Je suis rattachée au centre médico-social public de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. Je suis la référente pour huit enfants, trois en maternelle, deux en primaire, un au collège et deux au lycée. Ils sont intégrés dans des écoles ordinaires. Je vais avec eux en classe et je leur transmets ce que disent les professeurs et les autres élèves. Eux aussi ont plusieurs codeurs. Au collège et au lycée, ils ont en moyenne vingt heures de code par semaine, cela correspond à presque toutes les matières. En primaire, ils en ont seulement dix et encore moins en maternelle. Pour les plus petits, notre rôle est aussi de leur apprendre à décoder la gestuelle du code LPC.

C’est aux familles de choisir entre les différents modes de communication: l’oral, la langue des signes, le code LPC. En classe, le code aide les enfants car on utilise la langue française, il y a moins de décalage qu’avec le langage des signes. Nous pouvons faire passer les petits mots comme les conjonctions. Cela permet à l’enfant d’entrer plus facilement dans l’écrit. Nous pouvons utiliser tous les niveaux de langue et coder même les accents. Le codage est aussi possible à la plage ou à la piscine, là où les personnes ne peuvent pas porter d’appareil.

Dans notre métier, nous rencontrons plusieurs difficultés. Comme il y a peu de codeurs, nous faisons beaucoup de route. Surtout, nous ne sommes pas vraiment reconnus. Nous sommes répertoriés par la convention 66, mais nous n’avons pas de statut, nous sommes rattachés à un métier qui n’est pas le nôtre, je crois que c’est éducateur. Notre statut est précaire. Il y a beaucoup de CDD, très peu de temps plein. Les salaires varient selon les établissements. J’ai un bac+3 et je suis payée au SMIC. Je pourrais gagner plus. Officiellement je suis à 39 heures, mais je fais beaucoup plus.

Avec mes confrères codeurs, nous cherchons à créer un syndicat, mais comment faire?

La reconnaissance de notre travail est une priorité pour nous et une nécessité. Et il en va de même pour notre statut et notre salaire.

À 27 ans, j’étais chef d’atelier. Ensuite j’ai intégré le CESI, l’école d’ingénieur maison, et j’en suis sorti, en 1983, cadre et chef de service. En tout, j’ai passé vingt-quatre ans chez Renault. Par la suite, j’ai été directeur logistique en région parisienne.

Je suis entré chez Fermoba, l’ancien nom de Neov, en 2004 pour réaliser un audit en tant qu’ingénieur-conseil. J’y suis resté comme responsable de la logistique. L’entreprise, située à Saint-Doulchard dans le Cher, fabrique des fenêtres en PVC. On travaille pour des gros chantiers de 500 ou 600 fenêtres, souvent pour des administrations.

Maintenant, je suis responsable qualité, spécialisé dans la non- conformité et le service après-vente. Je me déplace beaucoup sur les chantiers. Quand il y a une anomalie, par exemple une fenêtre qui n’ouvre pas, j’essaie de trouver une solution, je regarde ce que je peux livrer à la place. On fait aussi en sorte de réparer l’erreur pour ne pas la renouveler sur les autres séries. C’est très intéressant, mais très prenant.

On a bloqué le site pendant une semaine

Chez Renault, j’étais déjà très actif syndicalement. À mon arrivée chez Fermoba il y avait plusieurs syndicats bien implantés, et un semblant de Force Ouvrière. Le délégué FO était mon collègue de bureau, j’ai décidé de m’impliquer à ses côtés. J’ai monté une liste aux élections en 2007. On a eu deux élus dans le collège ouvriers et un chez les cadres. Depuis, d’autres délégués sont passés à FO. Avec 4 titulaires et 4 suppléants pour 10 sièges, on est maintenant la deuxième organisation syndicale après la CFDT. Il y a aussi la CGT, les autres syndicats n’ont pas de représentation. Les prochaines élections ont lieu le 24 mars, c’est un gros morceau. J’espère qu’on va réussir un bon tir groupé.

On sort d’un conflit assez sévère. La situation financière de l’entreprise était désastreuse depuis 2004. Notre ancien président, Michel Coencas, surnommé le Bernard Tapie du Nord, avait une très mauvaise gestion. On avait recours à des droits d’alerte et des expertises financières. Finalement, on a déposé le bilan le 23 novembre 2009. On a été rachetés le 28 janvier dernier par Verdoso Industries, qui a créé Neov.

En arrivant, la nouvelle direction a supprimé 90 emplois sur notre site. On est passés de 212 à 122 salariés. L’annonce n’a pas été correcte. Trois listes différentes de gens licenciés ont été publiées successivement. Ça a agacé les copains. On a bloqué le site pendant une semaine. Si on ne pouvait pas empêcher les licenciements, au moins il fallait qu’ils puissent partir dignement.

À ce moment-là, j’ai eu l’occasion d’interpeller le Secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand. Par la suite, le cabinet du ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, m’a contacté. Ça a créé un rapport de force. L’intersyndicale a obtenu des primes de mutuelle et une cellule de reclassement digne de ce nom. On a aussi obtenu une priorité d’embauche des licenciés pour une période de 24 mois. Deux ou trois personnes ont déjà été réintégrées. On a d’autres dossiers en cours. On veut clarifier les qualifications des ouvriers. Pour l’instant, ils sont tous monteurs PVC alors qu’il y a différents métiers. On doit aussi être vigilants sur les salaires. Dans le dépôt, on est passés d’un rythme en 2x7 à des horaires normaux. Pour compenser la perte de prime de panier, la direction verse une prime exceptionnelle de 132 euros. On voudrait qu’elle soit intégrée aux salaires et on va vérifier que les nouveaux embauchés en bénéficient aussi.

À l’occasion d’un colloque récent organisé par l’Association des journalistes sociaux, à Jean-Claude Mailly qui, pour Force Ouvrière, et au nom de la liberté et de l’indépendance, rappelait que le pluralisme syndical était un fondement de la démocratie, Bernard Thibault répondit que l’unicité syndicale pouvait respecter le pluralisme. Unicité et pluralisme, telle devrait être donc la Confédération syndicale française de l’avenir. La priorité des priorités serait donc pour la CGT la recomposition syndicale. Dans cette perspective, sa direction n’hésite pas à manier simultanément la carotte et le bâton.

Le bâton, c’est naturellement la position commune et la loi du 20 août sur la représentativité syndicale, destinée à éliminer d’autres confédérations. La carotte, c’est l’«Intersyndicale». Croire que le syndicalisme rassemblé est indispensable pour le progrès social n’a fait illusion que jusqu’à l’après-29 mars 2009.

On comprend combien la CGT-FO, en posant la question de l’efficacité de ces intersyndicales porte le fer au cœur de la stratégie de la CGT.

Pour Force Ouvrière, l’unité d’action c’est un moment particulier, où la clarté des positions des uns et des autres, la convergence des revendications et l’accord sur les modalités d’action, permettent de construire ensemble un rapport de forces susceptible d’aider à la satisfaction des revendications.

Pour la CGT, c’est l’instrument d’intégration des autres confédérations syndicales. Avouer l’échec de l’intersyndicale de 2009, c’est accepter de reconnaître que sa stratégie adoptée depuis dix ans conduit à l’impasse.

Quand l’intersyndicale, en coma dépassé depuis qu’en juin 2009, Force Ouvrière l’a quittée en dénonçant son instrumentalisation par la CGT, reçoit le coût de grâce le 15 février, c’est l’intersyndicale en tant que prototype de la Confédération syndicale unitaire et pluraliste qui est remise en cause.

Non, l’avenir du mouvement syndical en France ne passe pas par un syndicat unique organisé en courants internes (politiques ou autres).

Dussent-ils en souffrir, ceux qui espèrent encore en la réunification syndicale sur les bases de la CGT originelle, devront bien se rendre à l’évidence: les choix faits par la CGT depuis vingt ans l’interdisent.

La liberté et l’indépendance impliquent la clarté et la non-confusion entre unité d’action et «Intersyndicale». L’avenir de Force Ouvrière passe par la défense de nos positions et exige de concentrer toute notre énergie militante sur notre propre développement.

On entoure des stades, des écoles, des prisons, des barrages. Ce sont des dimensions énormes, on ne travaille pas pour les particuliers. On vend en France et à l’étranger. L’entreprise est située à Doulevant-le-Château en Haute-Marne. On va passer à 122 salariés. C’était une boîte familiale jusqu’à ce qu’on soit rachetés par le groupe suédois Gunnebo en 2005.

J’ai 33 ans et je travaille dans l’entreprise depuis douze ans. J’ai un CAP de carrossier-peintre. J’ai fait mon apprentissage dans la carrosserie, mais j’ai toujours travaillé dans la soudure. Ici j’ai commencé sur une machine à grille, je ne sais pas comment l’appeler autrement. C’est une machine qui fabrique les treillis soudés. Maintenant je suis opérateur-régleur sur un robot qui soude des portes. C’est une sorte de cadre à l’intérieur duquel je dois souder des barreaux. J’ai suivi une formation pour apprendre à régler le robot. Mais la base, c’est la soudure. C’est un vrai métier, ça demande un coup de main.

Je viens juste de monter un syndicat Force Ouvrière. J’ai été nommé délégué syndical le 5 novembre dernier. Deux heures après avoir déposé les papiers chez le DRH, on faisait un débrayage. Le comité de groupe venait d’annoncer six licenciements.

J’avais déjà été délégué suppléant du personnel et membre du CHS-CT de 2004 à 2006, sans être syndiqué. En 2006 je ne m’étais pas représenté, parce que le groupe de la CGT au CE ne me plaisait pas. On n’était jamais d’accord dans les négociations. L’an dernier, le CE s’est divisé. Ils étaient six de la CGT, il y en a eu trois d’un côté et trois de l’autre. C’était le bon moment pour monter un syndicat. Trois d’entre eux sont passés à Force Ouvrière. Au bout de trois mois d’existence, on est déjà 24 syndiqués. Sur un total de 88 ouvriers, c’est très bien.

J’ai choisi Force Ouvrière en regardant les journaux et la télévision. J’ai eu l’impression que c’était la confédération qui se bougeait le plus. Au niveau de la fédération et de l’union départementale, j’ai été bien aidé pour monter le syndicat. Face aux licenciements, on a dû négocer. Je ne pouvais pas voter, mais j’ai pu compter sur les trois élus au CE. On a été conseillés par un juriste. ça a beaucoup aidé au démarrage du syndicat.

On a plusieurs dossiers importants en ce moment. On a commencé les négociations sur les modulations d’horaires. Dans notre domaine, les commandes sont plus nombreuses au printemps et en été. La direction voulait annualiser le travail, nous faire bosser plus en été et moins en hiver. On s’y oppose catégoriquement. La direction a l’air d’avoir abandonné la question pour l’instant, mais ce sera de toute façon un gros combat à venir.

Le 1er mars on a les élections professionnelles. On propose un changement au CE. Notre but, ce sera d’informer tout le monde. La CGT se la jouait assez perso. Les salariés ne savaient jamais rien. En sortant de réunion, on avait l’impression que les informations étaient toujours top secret. On va aussi se battre plus pour les augmentations de salaire dans les négociations annuelles. L’argent doit avant tout bénéficier aux ouvriers. J’espère maintenant gagner les élections, et bien! Comme ça, la CGT fera les frais de la représentativité qu’elle a signée.

On est une soixantaine de salariés. En tant qu’aide-soignante, j’assure les soins de nursing. J’aide les résidents à faire leur toilette, à s’habiller et à prendre leurs repas. Je m’occupe aussi de l’entretien des locaux. Je suis soit du matin, soit du soir, et je travaille un week-end sur deux. J’alterne une semaine de quatre jours et une autre de six jours. C’est un travail assez physique, même si on est plutôt bien équipés en matériel.

Durant mon entretien d’embauche, la directrice m’avait mise en garde contre le syndicat, qui avait été monté quelques mois plus tôt par les aides-soignantes. Elle m’avait conseillée de ne pas me laisser entraîner. Au bout de deux mois, j’ai commencé à réclamer mes droits. J’avais travaillé les 1er et 11 novembre, deux jours fériés, mais ils avaient été payés comme des jours normaux. J’ai aussi vu que si un jour férié tombait un jour de repos, c’était compliqué de le récupérer. La directrice m’a répondu que si je n’étais pas contente, je pouvais aller voir ailleurs.

Je me suis syndiquée en janvier 2008, trois mois après mon arrivée. C’était la première fois. Les aides-soignantes avaient toutes adhéré, ça m’a semblé normal de les rejoindre. En plus elles venaient de remporter quelques victoires, comme la récupération de l’ancienneté. Une collègue a touché 6 000 euros, d’autres ont récupéré entre trois et treize ans.

Avant je travaillais déjà en maison de retraite, mais en CDD. J’avais déjà hésité à me syndiquer car j’avais travaillé un mois et demi sans contrat. Mais quand on est en CDD, c’est moins facile.

Au moins avec un CDI, je savais que je ne risquais rien.

En décembre 2008, comme je suis assez combattante, j’ai été désignée déléguée syndicale. C’est le seul syndicat dans la maison de retraite, on est une dizaine. Avec la directrice, j’ai eu un conflit sur les élections des délégués du personnel. Elle m’a attaquée au tribunal en mars 2009, estimant que les effectifs n’étaient pas suffisants pour les autoriser. On est une soixantaine de salariés, mais moins de cinquante équivalents temps plein. J’ai gagné en première instance. La directrice a fait appel et j’ai perdu en cassation en décembre dernier.

Je participerai quand même à la prochaine réunion des délégués du personnel car le syndicat départemental m’a nommée experte libre. J’ai aussi été nommée secrétaire adjointe du syndicat FO de la santé privée dans le département.

On a plusieurs combats en cours. Pour la récupération des jours fériés, c’est réglé pour les personnes en CDI, mais celles en CDD ont plus de mal. À une période, le travail du dimanche n’a pas été payé au bon taux et la direction doit encore, en gros, une centaine d’euros par fille. L’amplitude horaire non plus n’est pas respectée. Certains finissent à 21h et peuvent reprendre le lendemain à 7h. C’est seulement depuis 2008 que le 1er mai est payé double. Il y a aussi les petites histoires. Par exemple, la directrice a essayé d’utiliser le droit individuel à la formation pour faire la prévention incendie.

Au quotidien, la directrice ne supporte pas de nous voir parler. Elle croit toujours qu’on parle du syndicat. Ça tourne au harcèlement moral, on se fait crier dessus pour rien. Elle m’a presque accusée de maltraitance après qu’une résidente est tombée en sortant de sa douche. Quand j’étais déléguée syndicale, elle refusait que je prenne mes heures de délégation durant le travail et je n’ai jamais pu les récupérer.

Je m'occupe de trois périmètres à Boulogne-Billancourt et à Paris XVIe. Sur ces trois sites, je manage le personnel chargé du nettoyage et je fais le lien entre les clients et l'entreprise.

Dès que j'ai commencé à travailler en France, j'ai rencontré des salariés en difficulté qui n'étaient soutenus par personne. Un jour, une femme enceinte risquait d'être licenciée car elle voulait garder son enfant. J'ai fait le nécessaire pour qu'elle conserve son emploi. Les salariés ont vu que je n'avais pas peur du patron et ils sont venus me voir quand ils avaient un problème. Je n'avais jamais adhéré à un syndicat, je n'avais aucune compétence, mais j'étais contre l'injustice. Je venais de Colombie et je voulais avant tout m'intégrer. De moi-même j'ai commencé à me former, j'ai acheté des livres, je suis allée à l'inspection du travail.

J'ai intégré la fédération du nettoyage FO une première fois, j'ai commencé à me former mais j'ai claqué la porte en 2004 car je ne m'entendais pas avec l'ancien secrétaire général du transport. Je suis revenue en 2005, avec toute mon équipe, 22 personnes qui ont pris la carte. Maintenant, je suis déléguée syndicale centrale à ISS, où le syndicat compte 150 adhérents.

Au quotidien j'ai deux gros soucis majeurs : faire respecter les contrats de travail et lutter contre des cadences terribles. La pression n'est pas toujours due aux patrons. Parfois ce sont les clients qui ne veulent pas payer plus et on doit faire en trois heures ce qui demande cinq heures.

Après il y a tous les problèmes liés à la profession. Mon équipe commence à 6 heures le matin. Ceux qui n'ont pas de voiture peuvent mettre plus de deux heures pour venir en transports en commun, pour un salaire très bas.

Sur certains sites, on a le sentiment d'être mal perçus. Quand il y a un vol ou de la casse, c'est toujours de la faute du ménage. Il n'y a aucune considération pour nous. 90% des salariés sont étrangers. Il y a des médecins, des ingénieurs, des architectes, des professeurs... Mais à cause du problème de la langue ou la non reconnaissance des diplômes, ils ne peuvent pas exercer leur métier.

Dans mon entreprise, on m'a dit que tout le monde devait être dehors à 8h15. J'ai demandé pourquoi. On a la lèpre ? J'essaie de faire accepter qu'on soit là en même temps que les salariés, on peut nettoyer les parkings à 10 heures, ça ne dérange personne. Mais la considération et le respect, ça passe aussi par notre image. Je demande au patron de soigner les uniformes, j'insiste sur la propreté.

En ce moment on a un nouveau gros problème, c'est le stress et le harcèlement. Ça vient des clients, des chefs ou de la grande direction. Il y a aussi de la discrimination syndicale. Mais c'est très dur à prouver au tribunal.

Je suis obligée d'être à la fois humaniste et philosophe pour continuer à me battre. Beaucoup de salariés viennent de pays où il n'y a pas de syndicat. Certains sont illettrés. C'est dur d'en faire de bons militants. J'essaie de leur expliquer qu'on ne change pas régulièrement de syndicat pour aller au plus offrant mais selon ses convictions. Je tiens à ce que la position de FO soit bien carrée.

Il faut aussi toucher l'humanité des grands patrons. On est face à des hommes puissants mais on n'est pas des machines à nettoyer. On fait un travail physique, qui nous fatigue et nous rend malade. Quand quelqu'un risque de se faire licencier pour inaptitude car il est usé par le travail, là toujours je me lève avec mon drapeau.

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