Non. Comme pour les réformes Balladur de 1993 et Fillon de 2003, le projet gouvernemental promet qu’il remettra à l’équilibre, en 2018, les régimes de retraite. La der des ders des réformes en quelque sorte.
Mais en observant les propres chiffres fournis par le ministre Éric Woerth, il est évident que ce ne sera pas le cas.
Notamment parce que les mesures envisagées se divisent en deux types: celles qui sont par définition pérennes et celles qui ne le sont pas. Dans la première catégorie, on trouve bien sûr la suppression de tous les acquis sociaux des salariés, du public comme du privé. Mais les mesures ciblées sur les hauts revenus, les revenus du capital et les entreprises relèvent évidemment de la seconde catégorie. Ainsi, qui peut prédire avec certitude si la –faible– majoration de 1% de l’impôt sur le revenu pour la tranche maximale existera toujours en 2018, ou si un nouveau bouclier fiscal n’y aura pas mis un terme? Qui peut savoir précisément combien rapportera la fiscalité sur les stock-options et les retraites chapeau, à supposer que les dirigeants d’entreprise n’aient pas, d’ici là, contourné le dispositif ? Bref, toutes les projections de recettes sont à prendre avec des pincettes sauf, hélas, celles qui ciblent, sous forme de restrictions, les salariés.
En fait, le plan Woerth, parce qu’il ne frappe avec certitude que les travailleurs, ne réduira qu’à moitié le déficit du système de retraite et le risque est grand de se retrouver en 2020 avec un nouveau déficit de 100 milliards d’euros.
De par ses effets massifs et rapides, le projet de réforme vise un autre objectif. Il a aussi pour but de rassurer les marchés financiers sur la capacité du gouvernement de prendre des mesures d’austérité, comme le font déjà d’autres pays occidentaux. Obsédé par le maintien de la trop célè-bre note AAA décernée par les agences de notation, le gouvernement insère sa réforme des retraites dans sa politique de rigueur, ce qui lui permettra, au passage, de se rapprocher de l’engagement pris devant les instances européennes de revenir à 3% de déficit en 2013.
Là réside peut-être la réelle motivation du gouvernement et de son projet, qualifié par FO «d’injuste socialement et d’inefficace financièrement».