J’ai un salabre, c’est comme le filet utilisé par les pêcheurs pour récupérer le poisson, mais plus gros encore. J’attrape tous les détritus qui flottent à la surface et je les mets dans des sacs. Dans le Vieux Port on ramasse entre 400 et 600 kilos de déchets par jour, surtout en pleine saison. Mon secteur s’occupe aussi de nettoyer le port, les plages, les calanques et l’île du Frioul.
Je suis éboueur des mers pour la communauté urbaine de Marseille. Je nettoie les eaux du Vieux Port. Je suis sur un bateau, avec un pilote. Il est aux commandes et moi je salabre tout ce qui est ordures.
J’ai un salabre, c’est comme le filet utilisé par les pêcheurs pour récupérer le poisson, mais plus gros encore. J’attrape tous les détritus qui flottent à la surface et je les mets dans des sacs. Dans le Vieux Port on ramasse entre 400 et 600 kilos de déchets par jour, surtout en pleine saison. Mon secteur s’occupe aussi de nettoyer le port, les plages, les calanques et l’île du Frioul.
Je suis éboueur à Marseille depuis dix ans. Avant, j’étais ATOS dans les collèges et les lycées. Avant encore, j’étais tuyauteur dans le privé. J’ai fait le choix d’être éboueur. Pour moi c’était la seule façon d’entrer dans la fonction publique territoriale et de passer des concours. Je n’avais pas cette possibilité en restant à l’Éducation nationale. J’ai déjà passé un certain nombre de concours et j’ai réussi à changer ma situation. Je suis en catégorie C, ce n’était pas évident de conserver un salaire indécent.
Dans la communauté urbaine en tout on est 400 éboueurs, et 350 agents s’occupent du nettoiement des voies. Certains travaillent de nuit pour la collecte des ordures ménagères. Il y a d’autres sections le matin et l’après-midi. C’est un métier très difficile. Il y a une grosse pénibilité, surtout pour la santé. On se retrouve derrière une benne et on collecte. Ça fait du poids qui pèse sur les reins. Beaucoup d’éboueurs souffrent de troubles musculo-squelettiques au niveau des bras, des épaules et des articulations en général.
«Je voulais être dans un appareil et me battre pour les autres»
Par rapport à l’actualité sur les retraites, c’est inconcevable que quelqu’un travaille jusqu’à 62 ou 63 ans. À ce jour, plus de la moitié des éboueurs ne finissent pas leur carrière dans ce cadre d’emploi. Dans la communauté urbaine, pour le moment, on a la chance d’en faire reclasser certains pour raisons médicales.
Il y a aussi beaucoup d’accidents et d’agressions. Les gens sont pressés. Quand ils se retrouvent bloqués derrière le camion, certains nous agressent verbalement et physiquement. Heureusement, on a une nouvelle direction qui est proche des agents et qui entend nos revendications. Ça fait avancer nos démarches.
Je me suis syndiqué dès que j’ai commencé à travailler, en raison de ma jeunesse. Quand j’étais jeune, peu de gens s’occupaient de nous. Je voulais à la fois être dans un appareil et me battre pour les autres, c’est très important pour moi. J’ai rejoint FO car ses batailles correspondaient à mes convictions personnelles et à mon opinion. J’ai suivi l’élan des anciens.
Quand je travaillais à l’Éducation nationale, je m’occupais du CHS-CT de la territoriale. Maintenant, je suis secrétaire général de la section FO propreté des agents techniques à la communauté urbaine de Marseille. C’est la plus grosse section de FO avec 950 adhérents. Il y a tout le nettoiement, des cantonniers aux rippers.
Je travaille le matin, ça me laisse une certaine liberté pour aider les camarades l’après-midi et parfois la nuit. Je me bats pour faire évoluer certaines choses dans notre cadre d’emploi. Une de nos victoires, c’est d’avoir obtenu la NBI [NDLR : nouvelle bonification indiciaire] pour pas mal d’agents. Et on a un régime indemnitaire particulier qui n’est pas mal. On a aussi réussi à faire passer à 380 agents l’examen d’agent technique de première classe, avant ça n’existait pas. Ça leur permet de changer de grade et de faire évoluer leur carrière.
On entend souvent parler des grèves d’éboueurs à Marseille mais ce n’est pas nous, c’est le secteur privé avec qui on partage le travail. Nous, en dix ans, on a vécu trois grèves: une pour les retraites en 2003 et deux de cinq jours à la suite d’agressions.