
Du temps de l’empire peul du Fouta-Djalon, au début des années 1880, un industriel croyant au progrès, Aimé-Victor Olivier, vicomte de Sanderval, était tellement fou d’Afrique qu’après avoir laissé femme et enfants en France, il s’embarquera avec sa suite pour l’Afrique.
Il deviendra l’un des rois de Guinée, le seul blanc devenu peul. Fon-dateur de Conakry, il y a toujours sa case portant son nom. Ce type d’entreprise individuelle ne fut pas du goût des politiciens français, qui l’ont éliminé. Pour exhumer le destin fabuleux de Sanderval, il fallait la plume bondissante de Tierno Monénembo, qui dans son précédent roman, Peuls, évoquait déjà ce comte exilé. C’était à travers l’unique mémoire de l’administration coloniale, qui n’avait conservé dans ses dossiers que les traces d’un mythomane. Grâce aux archives familiales de Bruno de Sanderval, le petit-fils de l’aventurier, l’auteur découvre un homme qui a fait date dans
la vision africaine de l’aventure des colonies.
Né en Guinée en 1948, Tierno Monénembo a fui la dictature de son pays en 1969. Il réside en France depuis 1973, devenu docteur ès sciences et enseignant, il devient l’écrivain de l’histoire coloniale, qu’il revisite en dehors de toutes diatribes idéologiques, afin de faire entrer cette période controversée dans l’imaginaire romanesque. Il était en lice pour le Goncourt de l’an passé, mais ce jury a encore manqué de talent.