Je suis conseiller prud’homal à Paris, section commerce, depuis 2002. Je suis aussi président d’audience depuis février 2008. J’ai l’occasion d’examiner beaucoup d’affaires, dans un secteur particulièrement vaste et diversifié : hôtellerie, restauration, commerces du prêt-à-porter, entreprises de nettoyage, ou grosses sociétés comme France Télécom… Sauf La Poste, car étant postier, je ne peux pas être à la fois juge et partie. Je travaille souvent en collaboration avec le secteur juridique de la Fédération pour défendre des salariés. C’est comme ça que j’ai attrapé le virus ! Être conseiller prud’homal, c’est avant tout garantir le cadre juridique du travail : le contrat. Sans un minimum de justice, c’est la jungle !
Tu sollicites un nouveaumandat, tu es donc prêt à rempiler?
Tout à fait ! C’est une expérience tellement forte, et aussi très riche. Je rencontre des situations à chaque fois différentes, toujours difficiles humainement, dans un environnement du travail particulier. Cela demande de la rigueur, du recul par rapport aux faits et vis-à-vis du justiciable pour juger le plus sereinement possible, en toute impartialité. Les audiences sont parfois tendues, surtout dans les affaires de harcèlement ou de licenciement. Le plus souvent, il s’agit de réintégrations de salariés licenciés à tort pour faute ou de niveaux d’indemnisations. L’un est licencié suite à la liquidation d’un petit commerce, d’autres sont mis à la porte d’un centre d’appels d’Orange pour des broutilles.
Qu’est que ça t’apporte sur le plan syndical?
C’est une autre façon d’aider les salariés. C’est une autre façon de militer, une autre dimension sociale. On défend le salarié autrement. La décision est souvent lourde de conséquences pour l’avenir des gens. Cette activité vient en complément de l’action sur le terrain. Je reste ainsi en contact avec tous les aspects de l’entreprise. Grâce à cette expérience, je peux aussi donner des « tuyaux » aux collègues sur leurs droits.
Sur quoi vous appuyez-vous pour rendre votre jugement?
Il faut se référer au Code du travail, mais aussi à la convention collective de la branche du salarié concerné. On ne juge pas sur des dires mais des preuves, d’où l’importance de l’écrit. Je le dis toujours aux salariés : n’hésitez pas à écrire ou conservez des pièces qui seront utiles pour monter votre dossier ! Si l’audience est publique, le délibéré se déroule à huis clos et notre décision n’est jamais rendue sur le champ.
Selon toi, pourquoi faut-il voter aux prud’hommes?
Il faut se battre pour cette instance car les conseillers prud’homaux, à leur niveau, veillent au respect de la loi et garantissent une bonne application de la réglementation du travail. Jusqu’à maintenant, la participation à cette élection a toujours été faible. Mais j’espère que cela va changer : avec la récession qui s’annonce, le chômage qui monte, les salariés vont prendre de plus en plus conscience qu’ils ont besoin d’être protégés.