/// INFORMATION PRUD'HOMMES 2008 DATÉE DU 29/11/2008
Les États-unis
> L’AGENCE PINKERTON CONTRE LE DROIT DU TRAVAIL
Le syndicalisme indépendant a toujours fait peur. À Moscou, c’est le Parti et les amis de Stakhanov qui réprimaient. À Washington, les polices privées et les gangsters s’en chargeaient.
L’agence de détectives privés «Pinkerton national detective agency» est fondée en 1850 à Chicago par Allan Pinkerton. Sa devise est «Nous ne dormons jamais». Pendant la guerre de sécession, les Pinkerton espionnent les sudistes et se mettent au service d’Abraham Lincoln. En 1869, l’agence emploie 10.000 agents et fait régner la loi dans un Far West où la police n’existe pratiquement pas. Mais cela ne rapporte pas assez. Dès 1877, elle se met au service du patronat pour casser le mouvement syndical naissant dans tout le pays. Ses agents sont alors payés pour infiltrer les syndicats et les usines. Les ouvriers les appelaient «les Pinkerton sanguinaires». Leur plus haut fait d’arme fut le massacre de Haymarket à Chicago le 3 mai 1886. C’est cet événement sanglant qui va lancer les journées de grèves internationales du 1er mai. Les Pikerton se sont infiltrés parmi les ouvriers grévistes des usines de Chicago. Lors de la manifestation du 3 mai, armés, ils se glissent dans les rangs des protestataires. Ils tirent sur les cordons de police qui ripostent et tuent six manifestants. Huit dirigeants syndicaux sont arrêtés, dont cinq seront pendus. Ce sont les fameux martyrs de Haymarket. La provocation a parfaitement fonctionné.
BARBOUZES CONTRE OUVRIERS
Fort de son succès à Chicago, Pinkerton remet le couvert en 1892 contre les métallos de Pennsylvanie. Cette fois c’est un fiasco retentissant. Les ouvriers armés de l’aciérie Hamstead font prisonniers 300 Pinkerton qu’ils virent de l’usine sous les quolibets. Avec l’apparition du syndicat révolutionnaire IWW (International workers of the world), patrons et autorités fédérales font de plus en plus appel aux Pinkerton et aux gangsters. Le plus connu est Axel Steele, qui sema la terreur dans l’Utah dans les années 1910. Truand notoire, il est nommé shérif adjoint et chargé de briser les grèves en recrutant des jaunes, en faisant tirer sur les manifestations et en assassinant les leaders syndicaux. Ce fut le cas en 1912 à Bingham contre le mouvement de la Western federation of miners, puis l’année suivante contre les mineurs de Salt Lake City où les mines appartenaient à la hiérarchie de l’église mormone.
Quant aux Pinkerton, on les retrouve à l’été 1917 à Butte, dans le Montana, où ils brisent la grève des mineurs de l’Anaconda copper compagny, en lynchant au sens propre, du terme le leader de la grève: Franck Little. Pendant l’entre-deux-guerres, le gouvernement américain promulgue des lois appelées «contre le syndicaliste criminel», entraînant l’arrestation de milliers de membres de l’IWW, simplement pour diffusion de journaux et de tracts. Il s’agit donc, ni plus ni moins, de la loi du plus fort contre le droit du travail. Les conflits du travail sont réglés à coup de pétards par les barbouzes à la solde du patronat. Aujourd’hui, la Pinkerton agency emploie 48.000 détectives.