Le P-DG de l’Agence France-Presse quitte ses fonctions pour rejoindre France Télécom. Pour FO, cela signifie la «mort dans l'œuf» de son projet néfaste de transformation de l'agence en société anonyme.
À l’Agence France-Presse (AFP ), personne ou presque ne regrettera le départ annoncé du président, Pierre Louette. Celui-ci a été appelé mercredi dernier à rejoindre le nouvel état-major de France Télécom. Le départ du P-DG deux ans avant la fin de son mandat, s’il «ouvre une certaine période d'incertitude (…), par bien des aspects, ne peut que réjouir le personnel de l'AFP», a réagi jeudi le Syndicat général des journalistes Force ouvrière (SGJ-FO). Il résumé ainsi le sentiment des 1.200 salariés aux prises depuis plusieurs mois avec des projets de réforme de toutes sortes profilant la désintégration minutieuse de l’indépendance de l’AFP.
L’un des projets laissés en chantier par M. Louette a «pour mots-clés étatisation, privatisation et démantèlement», explique le SGJ-FO. Ce projet prévoyait la transformation de l'AFP en société nationale à capitaux publics, sous la forme juridique d'une société anonyme (SA) par actions détenue à 100% par l’État, via la Caisse des dépôts et consignations. Pour les syndicats, cela signifie une remise en cause totale de la loi du 10 janvier 1957 sur le statut de l’AFP, qui a consacré l’indépendance structurelle et rédactionnelle de l’Agence. En vertu de cette loi et au nom du droit à l'information des citoyens, l'entreprise n'a pas de capital et est administrée de façon collégiale par des représentants de l’État, de la presse écrite et des médias audiovisuels. Lesquels sont par ailleurs bailleurs de fonds de l’agence à travers leurs abonnements aux divers fils d’informations de l’Agence. La crainte du personnel était de voir leur entreprise transformée en «agence gouvernementale», avant d’être livrée à terme, en totalité ou en partie, à des actionnaires privés. Et ce alors même que «depuis plus de cinquante ans, son statut ne l'a pas empêchée de devenir l'une des trois grandes agences de presse mondiales, présente sur les cinq continents et travaillant dans six langues», souligne une pétition lancée à l'initiative de tous des syndicats et qui a déjà recueilli «plus de 21.000 signatures individuelles et celles de 203 organismes».
En quittant l’AFP, Pierre Louette a peut-être tiré les conséquences du blocage dans lequel se trouvait sa réforme. Pour le SGJ-FO, son départ «signifie la mort dans l’œuf de ce projet de réforme radicale du statut» de l’agence et de ses personnels, plus que jamais attachés à leur «fonction de certification de l'information» dans l’indépendance. La levée de boucliers des syndicats avait déjà poussé en décembre le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand à charger une «commission d’experts» de réfléchir à l'avenir de l'AFP. Ils doivent rendre leurs propositions début avril. C'est aussi à cette date que l'AFP connaîtra son prochain patron.