Les mesures annoncées jeudi par M. Sarkozy ne peuvent suffire à relancer les usines, dans un secteur progressivement dévasté depuis près de trente ans.
On s’y attendait, la hausse chômage en France s’est accélérée à la fin de l’année 2009. Atteignant un niveau jamais vu depuis dix ans, il a touché fin décembre pas mois de 10% de la population active, en comptant les départements d'Outre-mer, selon le dernier baromètre trimestriel de l’INSEE. D’après les données officielles disponibles, les effectifs industriels sont tombés à 3,316 millions de salariés fin 2009, contre 5,3 millions en 1980.
C’est dans ce contexte que le président Nicolas Sarkozy a conclu jeudi les «états généraux de l'industrie» à Marignane (Bouches-du-Rhône) et a proclamé sa volonté de tout faire afin que «la France garde ses usines». Objectif affiché: augmenter la production industrielle du pays de 25% en volume (hors secteur de l'énergie) et «pérenniser» les effectifs du secteur. Pour y parvenir, il a proposé de renforcer les prérogatives de l'État actionnaire dans les entreprises publiques ou dans lesquelles l'État a une participation par la présence systématique d'un administrateur du ministère de l'Industrie. Il a appelé également le gouvernement à «repenser en profondeur la fiscalité de l'épargne» afin de l’orienter vers le financement des fonds propres des entreprises. L'une des pistes de cette réflexion porte sur la création d'un livret épargne industrie. M. Sarkozy a annoncé aussi le déploiement de 300 millions d’euros pour «structurer» certaines filières industrielles et 200 autres millions pour financer une «prime à la relocalisation» des activités en France. Enfin sera installée en septembre une «conférence nationale de l'industrie», sous la houlette du Premier ministre, qui sera chargée d'assurer une meilleure gouvernance de la politique industrielle et de présenter des «mesures concrètes d'allègement (de charges des entreprises) et de simplification» de la réglementation.
Dans le même esprit, il a préconisé la mise en place d'un «médiateur de la sous-traitance» pour «améliorer» les relations entre les donneurs d’ordre et leurs prestataires.
Pour la confédération FO, le mesures annoncées sont «insuffisantes» et «défendre, valoriser et développer l'emploi, les salaires, les conditions et les moyens de travail dans l'industrie, empêcher les délocalisations, les externalisations (…) impose plus que des annonces saupoudrées au gré d'un discours de stratégie générale». FO revendique notamment la création d'une banque nationale publique pour l'industrie susceptible d'imposer aux entreprises bénéficiant d'aides publiques des engagements sur l'arrêt des licenciements. Car souligne-elle, si l’on veut «stopper cette course infernale du dumping social et fiscal», il est temps d’impulser une véritable politique industrielle réaffirmant la «légitimité de l'intervention publique».