Exposition

Pompidou et l’art pauvre

, Michel Pourcelot

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Riche idée, l’Arte Povera, mouvement artistique italien des sixties, est l’objet d’une exposition au centre Georges-Pompidou, à Paris, du 8 juin au 29 août. A l’heure où les riches mécènes s’inscrivent au fronton de l’art.

C’était à la fin des années 60, c’étaient les années Pompidou en France, c’était l’Arte Povera en Italie. L’inverse de Jeff Koons à Versailles ? Pas tant que ça car l’objectif commun est le même : mettre en valeur (surtout pour Koons) le fétichisme de la marchandise, de l’objet artistique [1]. Pour réfuter l’art sacré, ou plutôt la sacralisation de l’art, ils sont plusieurs artistes transalpins à se tourner vers des matériaux vils. D’aucuns pourront penser qu’ils transformeront ainsi du plomb en or. Notamment le commissaire de l’exposition au Centre Pompidou qui a voulu « replacer l’Arte Povera dans une perspective plus large », notamment celles des riches collections de l’endroit. Et ce par le biais d’une traduction (trahison ?) de l’italien au français. Et de l’adjonction d’un article indéfini. L’Arte povera est devenu un art pauvre. Pauvre de lui.

Une volée de plombs

Plutôt qu’une perspective large, l’Arte Povera a une cible très précise. Et un mode d’action, sinon de vie : « il s’agit d’une nouvelle attitude qui pousse l’artiste à se déplacer, à se dérober sans cesse au rôle conventionnel, aux clichés que la société lui attribue pour reprendre possession d’une “réalité” qui est le véritable royaume de son être. Après avoir été exploité, l’artiste devient un guérillero : il veut choisir le lieu du combat et pouvoir se déplacer pour surprendre et frapper » écrit alors Germano Celant, auteur du manifeste de l’Arte Povera. Le commissaire artistique de l’exposition du Centre Pomidou le concède d’ailleurs, « le contexte de l’Arte Povera, c’est le contexte de l’Italie des années de plomb, c’est celui d’une réaction à l’impérialisme américain ». Dont l’une des matérialisations culturelles est alors le règne hégémonique de l’art abstrait. Les artistes de l’Arte Povera, eux, plongent dans le concret, le minéral, le végétal, ouvrant la voie au Land art. Ils cherchent à débarrasser l’art de l’artifice et à rétablir une connexion avec le réel au quotidien. Mais un quotidien désincarcéré. Avec « l’intention déclarée de jeter aux orties tout discours univoque et cohérent (la cohérence étant une caractéristique des enchaînements du système) », rappelle Germano Celant. Bref, l’obstacle à « il n’y a pas d’autre alternative », le grain de sable dans la machine.


Un art pauvre , du 8 juin au 29 août 2016 au Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 75004 Paris
Tarifs de 11 à 14€

Notes

[1« On avait senti à l’époque que la communication était toujours véhiculée à travers la marchandise du capitalisme et, dans le domaine artistique, à travers l’objet. Un objet sacré, comme tous les objets produits par le capitalisme ». Piero Gilardi, Etre artiste autrement, Opus International #63 – 1977.

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