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Réformes du marché du travail : la crise n’a fait qu’accélérer le processus

, Evelyne Salamero

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Avenir du travail. Les mots revenant le plus quand on l’évoque sont la flexibilité, les compétences, mais aussi le changement, l’automatisation et l’inégalité (forum OCDE du 14 janvier 2016). © F. BLANC

Licenciements facilités, affaiblissement de la négociation collective, plus grande flexibilité du contrat et de l’organisation du travail, modération salariale... Tout a commencé au milieu des années 1990.

Le nombre des réformes du marché du travail dans l’Union européenne (UE) « s’est accru très nettement à partir de 2008 », à la faveur de la crise économique, confirme le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), une instance du gouvernement, dans une étude publiée le 5 novembre qui porte sur dix pays : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, l’Irlande et la Suède. Ces réformes avaient toutefois commencé à se multiplier dès le milieu des années 1990, du fait notamment de la financiarisation de l’économie et d’une concurrence accrue due à la mondialisation. De telles évolutions, indique le COE, impliquant un « besoin accru de souplesse et d’individualisation dans l’organisation de la production », et une « réduction des coûts ». Mais la crise a « exacerbé les déséquilibres sur les marchés du travail ». Il a donc fallu accélérer la remise en cause des systèmes de protection contre les licenciements, aussi bien individuels (Espagne, Portugal, Royaume-Uni) que collectifs (Espagne et Portugal) et la décentralisation de la négociation collective à l’échelon de l’entreprise (Portugal, Espagne, Italie, Irlande).

Décentralisation de la négociation collective

Les pays du sud de l’Europe ont été les plus touchés, à l’inverse de ceux qui avaient déjà mis en place des réformes de grande ampleur avant le déclenchement de la crise, en particulier l’Allemagne, souligne le rapport qui pointe la « pression exercée » par la Troïka et les marchés financiers. L’affaiblissement de la négociation collective, déjà dénoncé par l’Institut syndical européen qui y a consacré un ouvrage en juin 2014, est confirmé par ce rapport du COE qui évoque « une décentralisation de la négociation collective et un assouplissement des mécanismes de flexibilité interne ». Au Portugal, en Espagne, en Irlande et en Italie, indique notamment le COE, les accords de niveau inférieur peuvent désormais déroger aux accords de niveau supérieur, voire à la loi. C’est ce que l’on appelle l’inversion de la hiérarchie des normes. Au Portugal et en Espagne, les employeurs peuvent aussi modifier unilatéralement le contrat de travail pour tout ce qui concerne l’organisation de la production dans l’entreprise. Quant aux effets de ces réformes sur l’emploi, le COE reste prudent, indiquant que toute évaluation reste « difficile à ce stade ». Citant l’exemple de l’Espagne, il relève qu’à ce jour « [...] une personne au chômage a toujours dix fois plus de chances d’intégrer un emploi temporaire qu’un emploi permanent ». C’est ce que l’on appelle la précarité. 


Repères : Salaires en berne, chômage en hausse
« La période 2009-2014 s’est traduite par un ralentissement significatif de la croissance des salaires réels » dans les pays étudiés, constate le COE, du fait des réformes des outils de régulation salariale et/ou de « nouvelles pratiques, généralement en lien avec les évolutions de la négociation collective ». Du côté de l’emploi, « le déficit lié à la crise est encore loin d’être résorbé ».
Le taux de chômage tant de l’Union européenne que de la zone euro « reste bien supérieur à son niveau de 2007 ».

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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