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Sénégal et Burkina Faso : FO à la rencontre des travailleurs du secteur informel et de leurs syndicats

, Evelyne Salamero

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La délégation FO à la rencontre du bureau de l’ONSL à Ouagadougou (Burkina Faso), le 10 mars 2017.

La délégation FO, composée de Jean-Claude Mailly, d’Andrée Thomas, secrétaire confédérale chargée du secteur international, et de Cristelle Gillard, assistante du secrétaire général, a constaté à quel point les deux organisations syndicales rencontrées au Sénégal et au Burkina Faso ont fait une priorité de la défense des intérêts des travailleurs informels. Et pour cause. L’emploi informel occupe 80 % de la population active au Burkina Faso et plus de 50 % au Sénégal.

La CNTS (Confédération nationale des travailleurs du Sénégal) a créé un syndicat du secteur informel en 1985, aujourd’hui structuré en 26 groupes locaux, fédérés au niveau des départements puis des régions. La délégation a ainsi pu rencontrer des travailleuses informelles, écailleuses de poissons à la tâche, sur le port de Mbour, puis participer à une réunion de délégués du secteur informel à la Bourse du travail de Kaolack.

Au Burkina, la délégation a tenu une conférence de presse à la Bourse du travail de Ouagadougou, avec l’ONSL (Organisation nationale des syndicats libres) et des membres de son comité des femmes, au cours de laquelle l’accent a été mis sur l’importance du Plan national de développement économique et social négocié par les organisations syndicales avec le gouvernement. Un plan porteur d’espoir pour l’ensemble de la population et des travailleurs informels.

La difficulté de formaliser l’informel

Rompre le cercle vicieux dans lequel la pauvreté et l’économie informelle se renforcent mutuellement n’est pourtant pas chose aisée, explique l’OIT dans son rapport 2016 sur le lien entre formes d’emploi et pauvreté. Il ne suffit pas, par exemple, d’interdire l’économie informelle en laissant sur le carreau ceux qui sont contraints d’en vivre.

Formation, protection sociale et facilitation de l’accès au micro-crédit pour les indépendants, mais aussi, quand il s’agit de travail dépendant sous ses multiples formes, reconnaissance de l’existence d’une relation d’emploi par laquelle les travailleurs et les employeurs ont accès aux réglementations visant à protéger leurs droits respectifs… La recommandation 204 sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle, adoptée par l’OIT en 2015, insiste sur l’importance d’un cadre global de politiques en interaction les unes avec les autres. 

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Evelyne Salamero

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Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, le gouvernement dissout la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Un an plus tard, une restauration monarchiste échoue de très peu. Mais aux élections législatives de février-mars 1876, royalistes et bonapartistes n’obtiennent que 155 sièges contre 360 aux républicains. Or, ces derniers ne sont pas hostiles au mouvement ouvrier. Les travailleurs de Besançon en profitent et créent le premier syndicat de l’horlogerie en 1876, en liaison avec le puissant mouvement suisse.

C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

Le congrès réclame la liberté de réunion et d’association, le droit au travail, un salaire décent et les assurances chômage, vieillesse et maladie. Il affirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État, des partis et de l’idéologie socialiste pour se pencher sur l’étude pratique des revendications citées en introduction par le Comité d’initiative. Il est remarquable que, durant la réunion, seuls les ouvriers eurent le droit de s’exprimer. Ce congrès, où se côtoient des mutualistes, des coopérateurs et des syndicalistes, est, à sa manière, un pas vers la construction du syndicalisme autonome.

Les communards socialistes en exil, par la plume d’Édouard Vaillant, critiquent violemment cette autonomie d’action, traitant les délégués de « syndicaux de formation versaillaise, auxiliaires et point d’appui du monde bourgeois ». Cette forme d’indépendance syndicale dérange, dans les rangs des militants marxistes comme Vaillant et Chabert. En revanche, proudhoniens et positivistes résistent à la propagande politique. Les collectivistes repassent à l’offensive lors du troisième congrès de Marseille en octobre 1879. Ils réussissent à faire voter un texte demandant « la collectivité du sol, du sous-sol, des instruments de travail et des matières premières ». Ils tentent, sans succès, d’affirmer la primauté du politique sur le social. Leur but ultime : la création d’un parti des travailleurs. Mais le syndicalisme français résista à cette tendance, contrairement à ses homologues allemands, belges et hollandais.

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