Congrés d’UD

Tarn-et-Garonne : un passage de témoin sous le signe de la combativité

, Evelyne Salamero

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Près de 300 militants ont participé au 24e congrès de l’union départementale FO du Tarn-et-Garonne, le 30 juin 2017 à Castelsarrasin, sous la présidence de Jean-Claude Mailly et en présence de Pascal Pavageau et de Patrick Privat, Trésorier confédéral.

Michel Coulom, secrétaire général sortant de l’Union départementale du Tarn-et-Garonne et qui a souhaité faire valoir ses droits à la retraite après douze années de mandat, est connu de son entourage pour ne pas mâcher ses mots.

Une réputation dont il a confirmé le bien-fondé lors de son dernier congrès. Oui mes camarades, ce 30 Juin 2017 on a toujours les deux pieds et les deux mains dans la m… Au plan national, une reconfiguration grand-format vient d’être faite. Les nouveaux gouvernants se sont installés et mettent en place leur volonté de réforme. Bien sûr, on ne connait que les contours. Les rencontres et les discussions ont lieu entre les parties. Mais d’où nous sommes, après un an de bataille et de randonnées dans nos villes respectives, on ne peut que craindre que ce que l’on a empêché de rentrer par la porte ne rentre par la fenêtre […]. Une question me taraude depuis longtemps. Jusqu’où nos gouvernants vont aller avant que les salariés relèvent la tête comme nos anciens ont su le faire à certaines époques ?, a- t-il ainsi déclaré en présentant le rapport d’activité des trois dernières années, adopté à l’unanimité.

Face à cette situation, FO poursuit son combat contre la loi Travail et s’opposera à toute loi remettant en cause le Code du travail, ont notamment réaffirmé les délégués dans la résolution générale qu’ils ont adoptée à l’unanimité.

En conclusion, reprenant la résolution du Comité confédéral national d’avril dernier, le congrès demande à toutes ses organisations, à tous ses militants, à tous ses syndiqués de rester particulièrement vigilants et mobilisés. Il donne mandat à la CE, au bureau pour prendre toutes les dispositions et initiatives qu’exigerait la situation.

Le développement syndical, la priorité des priorités

Éliane Teyssié à qui Michel Coulom a passé le témoin, a bien l’intention de poursuivre le combat de son prédécesseur, tant sur le terrain des revendications que sur celui du développement de l’organisation syndicale (lire interview ci-dessous), dont les délégués ont réaffirmé qu’il doit être nécessairement [leur] priorité des priorités.

La nouvelle secrétaire générale, élue à l’unanimité à l’issue des travaux, ainsi que les 18 délégués qui sont intervenus à la tribune n’ont pas manqué de remercier chaleureusement Michel Coulom pour le travail déjà accompli.

De fait, FO a largement conforté sa deuxième place dans le département ces dernières années, creusant l’écart avec la CFDT, en troisième position. Elle l’a fait en termes de voix recueillies aux élections professionnelle et en termes de nouvelles implantations, en particulier dans le secteur privé.

Quand l’intérim augmente de 19% en un an

Pour le congrès, c’est à travers l’augmentation du pouvoir d’achat par les salaires, qui demeure la revendication prioritaire et immédiate pour les travailleurs, que la consommation et l’investissement notamment public, l’innovation, en particulier industrielle, relanceront l’activité, l’emploi et la croissance, ont souligné les délégués dans leur résolution.

La question de l’emploi reste en effet des plus cruciales dans ce département rural, mais dont l’activité agricole ne cesse de ralentir. Le taux de chômage s’y élève bien au-dessus de la moyenne nationale (14,5% en 2014 et encore 11,5% fin 2016) et l’intérim y a augmenté de 19% en un an.

Dans ce contexte de précarité galopante, les délégués ont également réaffirmé l’importance d’un vrai CDI : Le CDI à temps plein est la forme normale de relation de travail et doit le demeurer. Aussi, le congrès dénonce l’utilisation abusive des contrats courts et précaires, les temps partiels imposés ainsi que toutes formes d’ubérisation et de relations de travail déguisées.

Autre question vitale pour la population du Tarn-et-Garonne : la sauvegarde des services publics, dont plusieurs intervenants ont dénoncé la forte dégradation.

Défendre les locaux syndicaux

Enfin, les délégués conscients qu’ils devront agir dans les mois à venir pour la défense des locaux syndicaux ont aussi posé leurs jalons sur ce front-là.

Ils ont revendiqué le maintien des conditions de mise à disposition et d’accès libre pour les locaux de l’Union Départementale FO 82 et Unions Locales et dénoncé les attaques, pressions et formes de harcèlement contre les équipes syndicales et leurs moyens d’action […] inadmissibles et qui vont à l’encontre de la défense des intérêts des travailleurs.

 

Interview
Éliane Teyssié, nouvelle secrétaire générale FO du Tarn-et-Garonne

On risque fort d’avoir beaucoup à faire



A 52 ans, Éliane Teyssié vient d’être élue secrétaire générale de l’Union départementale FO du Tarn-et-Garonne. Elle travaille depuis l’âge de 16 ans, a connu aussi bien le secteur public que le secteur privé et entend bien mettre à profit cette double expérience pour poursuivre le travail de développement des syndicats FO dans le département.

Peux-tu nous raconter ton parcours syndical ?

Éliane Teyssié : J’ai 52 ans et j’ai travaillé dans le secteur public et dans le secteur privé. L’année de mes 16 ans, j’ai passé un concours pour entrer aux PTT. J’ai passé 2 ans et demi en région parisienne, puis, pour pouvoir rejoindre mon mari agriculteur dans le département, j’ai pris un congé sans solde de 13 ans durant lesquels j’ai travaillé dans une grande surface spécialisée en articles chaussants. Nous n’avions aucune convention collective. Je me souviens qu’il a fallu menacer de faire grève pour qu’une collègue puisse aller à l’enterrement de son grand-père. Quand j’ai réintégré la nouvelle Poste en 1998, j’ai spontanément voulu me syndiquer, sans pourtant avoir un besoin immédiat de me défendre. J’ai lu les tracts, discuté, pris le temps de la réflexion et choisi FO. Mes collègues étaient mécontents de leurs conditions de travail, mais n’adhéraient à aucune organisation. Je pensais qu’il fallait aider ceux qui essayaient de changer quelque chose. A force de discussions, et forte de mon expérience dans le privé, j’en ai fait adhérer plusieurs. Le syndicat m’a alors remarqué et c’est ainsi que j’ai été appelée très vite, en 2003, à prendre la tête de FO COM en Tarn-et-Garonne. Au début je suis allée à l’Union Départementale pour y chercher un soutien, puis j’ai commencé à donner un coup de main. Quand la Poste a repris nos locaux syndicaux, nous sommes venus nous installer à l’UD. Militer en interprofessionnel est très vite devenu une nécessité. L’isolement n’est jamais bon et j’ai trouvé dans l’interpro des outils, des conseils et un soutien précieux.


Comment les militants du Tarn-et-Garonne appréhendent-ils la situation actuelle ?

Éliane Teyssié : Nous suivons de près l’actualité et nous sommes prêts à démarrer quand la confédération nous le dira. On risque fort d’avoir beaucoup à faire, d’une part pour défendre les droits des travailleurs avec la loi Travail version « Macron Président », mais aussi face à la menace de plus en plus prégnante de Madame le maire de nous expulser de la Maison du Peuple de Montauban.


Quelles sont tes autres priorités ?

Éliane Teyssié : Le développement de nos syndicats pour commencer. J’ai lancé quelques nouvelles pistes au congrès, comme renforcer notre équipe de militants qui vont négocier les protocoles électoraux dans les entreprises et leur donner plus de moyens. Mais il faut maintenant y réfléchir collectivement. Je souhaiterais aussi que l’on relie les 70 ans de l’Union départementale FO en 2018 avec la campagne pour les élections dans la Fonction Publique et celle à la MSA (Mutualité sociale agricole). Autre chose me tient beaucoup à cœur : que nous nous intéressions davantage aux risques psycho-sociaux auxquels sont confrontés nos propres militants. Pour l’instant personne n’en parle, ou très peu. Pourtant militer dans les entreprises et les administrations n’est pas chose facile. Le risque naît lorsqu’un militant se retrouve isolé. Je souhaite que l’Union départementale s’empare du problème. Pour lutter contre ce risque, il n’y a qu’une solution : le travail en équipe.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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