Revue de presse

Un revenu universel sans unanimité

, Michel Pourcelot

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Le revenu universel revient à la « une » des médias, à la faveur des « primaires citoyennes », d’autant que l’un des deux candidats élus pour le second tour en a fait sa mesure-phare. Le sujet est même devenu l’un des thèmes économiques les plus débattus dans la presse ces derniers jours. Aperçus.

Courrier international
Six mois après son rejet à près de 77 % par le peuple suisse, le revenu de base inconditionnel (RBI) revient sur le devant de la scène internationale. Au cœur des débats de la primaire de la gauche en France [...] il est également depuis le 1er janvier testé en Finlande. Contrairement au cas suisse, où des partis de gauche soutenaient l’initiative, c’est un gouvernement de droite élu en mai 2015 et engagé dans une politique d’austérité destinée à relever le pays qui en est à l’origine. Deux mille chômeurs ont été désignés pour recevoir, en remplacement de leurs allocations-chômage, 560 euros.

Ouest-France
L’idée est déjà pratiquée outre-Atlantique : Une autre expérience est en cours dans l’Ontario, au Canada. L’Alaska pratique déjà le revenu d’existence depuis 1982, mais à un faible niveau (144 € par mois), financé par les revenus pétroliers, mais son niveau est dépendant des cours. La votation des Suisses a, en tout cas, mis sous les projecteurs le vieux projet de revenu d’existence (on en parlait déjà au Canada dans les années 1920), qui trouve des partisans à droite (Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Boutin, Frédéric Lefebvre) comme à gauche.

Le Figaro
En effet, le revenu universel trouve des défenseurs dans beaucoup de camps mais pas pour les mêmes motifs : Certains ont une approche libérale du sujet : le revenu de base aurait surtout pour but de réduire le rôle de l’État-providence et libérer l’individu ; il garantit le minimum et le marché prend le relais. La seconde vision témoigne d’une approche influencée par le marxisme : le revenu de base libère l’individu du travail et le rend libre de ses choix d’activités (travail salarié à temps plein ou partiel, entrepreneuriat, travail bénévole, engagement social ou politique…). Pour d’autres, le revenu de base poursuit une ambition plus pragmatique : améliorer le système actuel et le rendre plus efficient afin de mieux l’adapter aux bouleversements de notre société, peut-on lire dans le rapport de la mission d’information du Sénat. Et quand certains parlent d’efficience, il y a tout lieu de s’inquiéter.

Le Monde
A Montpellier, pour les syndicalistes rencontrés par Le Monde, [...] trop floue, la mesure ne serait surtout pas opportune : Mettre cette proposition sur la table au moment où la droite est en position de force, c’est dangereux, souligne ainsi Jean-Marc Benoît, élu CFDT d’[une] entreprise de pharmacie, qui craint qu’elle n’entraîne une refonte de la protection sociale. Même inquiétude à IBM : Le revenu universel peut devenir une arme aux mains des patrons pour payer moins les salariés, s’inquiète Florence Buscail, secrétaire CGT du comité d’entreprise.

L’Obs
Le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, a lui aussi mis en cause le projet de Benoît Hamon. Ou c’est un revenu universel pour tout le monde, avec tous les inconvénients que ça peut avoir par rapport au coût global et c’est quasi-impossible à mettre en œuvre aujourd’hui, ou alors, c’est comme l’expérience finlandaise et ça équivaut à la prime d’activité dans notre pays [...] le défaut majeur (du revenu universel), c’est qu’on risque d’être dans un système d’assistance, ça peut jouer à la baisse sur les salaires, a-t-il expliqué.

La Charente Libre
Une inquiétude partagée en Finlande, où pour la Confédération syndicale des salariés SAK, le danger est de subventionner l’emploi sous-payé, en exonérant les entreprises d’offrir des pleins-temps correctement rémunérés - puisque l’État pourvoit en partie aux besoins des personnes. En France, certains n’attendent pas les résultats du test finlandais : le département de la Gironde a lancé une simulation préalable à la mise en œuvre d’une expérimentation à la finlandaise en retenant quatre scénarios : une fusion de plusieurs aides sociales, une fusion de dix minima sociaux, un revenu de base universel et inconditionnel de 750 euros et un revenu de base universel et inconditionnel de 1 000 euros.

Le Point
Pour l’instant, six Français sur dix sont opposés à l’instauration d’un revenu universel, qui serait versé à tous les Français de leur naissance à leur mort, selon un sondage Harris pour la chaîne LCP publié lundi. Interrogés sur une série de réformes du travail, 61 % des sondés se disent défavorables au revenu universel, 38 % y sont favorables. Un revenu peut-être universel mais qui ne trouve guère d’unanimité.

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