Livre

Voyage dans la bulle d’un monde impitoyable, les start-ups

, Michel Pourcelot

Recommander cette page

Elle a travaillé dans une douzaine de start-ups à Berlin. Elle raconte son expérience dans un livre qui vient de paraître, Bienvenue dans le nouveau monde. Un monde siliconisé où la « coolitude » n’est que de la poudre aux yeux pour mieux exploiter les aspirants à un nouveau monde, vieille histoire.

De 2011 à 2015, Mathilde Ramadier vit dans le monde enchanté des start-ups. Celui où règne une atmosphère friendly, où l’on travaille en team, où les smileys fleurissent à tout bout d’écran, sur un fond d’argent facile. La Silicon Valley version Bisounours. Mathilde Ramadier révèle l’envers de ce décor d’opérette cybernétique. Des employés précarisés et sous-payés avec des patrons persuadés d’appartenir au monde des nouveaux dieux, comme celui qui ne cessait de publier des photos de lui sur les réseaux sociaux, où ne manquaient jamais les palmiers. Des employés qui bossent avec la « carotte 2.0, » constamment baignés dans l’idée que c’est le nouveau monde, qu’ici on est en train d’inventer la nouvelle manière de travailler. Bref, les gens ne se méfient plus. Une bonne vieille manipulation managériale qui rappelle le monde de la pub des années 80. Entre autres exemples, Mathilde Ramadier raconte l’anecdote de cette très jeune DRH de Vesta, que je suis allée voir pour lui demander s’il n’y avait pas une faute de frappe dans mon contrat : j’avais un CDD de 6 mois, et ma période d’essai durait 6 mois. Elle me dit que c’est normal et qu’elle a le même contrat : elle ne voyait pas où était le problème. Impression sans doute due au fait de vivre dans une bulle, celle de la nouvelle économie...

Quelque chose de Schumpeter

Mais qu’est-ce exactement une start-up ? La directrice de la communication de Station F/La Halle Freyssinet, le futur campus de start-ups, est claire : aujourd’hui on a tendance à parler de start-up pour toute entreprise qui se crée, alors que ce n’est pas le cas. Une start-up propose un produit innovant, cherche un business model, a une forte croissance et disrupte [1] le secteur. Les start-uppers ont tous en eux quelque chose de Schumpeter. Ils vont disrupter le monde ancien pour un nouveau monde où l’herbe est aussi verte qu’à Silicon Valley. Disrupter, mot franglais cher au jargon sans l’utilisation duquel on ne serait se prétendre un vrai start-upper, se retrouve dans le livre du journaliste et écrivain américain Dan Lyons Disrupted, My Misadventure in the Start-Up Bubble (éd. Hachette Books, 2016). Un brûlot dans lequel il narre avoir vécu à peu près les mêmes ambiances outre-Atlantique, n’en déplaise aux start-uppers hard-cores qui ont étrillé le livre de Mathilde Ramadier, coupable d’avoir écorné l’image d’un monde paradisiaque. Un univers où le management du bonheur, sous ses habits neufs, brodés d’algorithmes, organise en réalité une concurrence impitoyable entre des travailleurs jetables et sous-payés. Aujourd’hui, Mathilde Ramadier a changé de bulle : elle est scénariste de bandes dessinées.

 

Bienvenue dans le nouveau monde, comment j’ai survécu à la coolitude des start-ups, Mathilde Ramadier, éditions Premier Parallèle, 160 pages. Publié le 23 février 2017. Prix : environ : 16 €.

Notes

[1Néologisme et américanisme, calqué sur le verbe anglais disrupt (perturber fortement).