1870-1871 : la Commune de Paris

Histoire par Christophe Chiclet

Si la Commune tient une place si importante dans l’histoire du mouvement ouvrier français et international, c’est qu’il s’agit pour la première fois d’une tentative de prise en main de leur destin par les travailleurs, en jetant les bases d’un véritable pouvoir ouvrier.

Pour sauver son empire, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Bismarck, qui vient de battre les Austro-hongrois, n’attend que cela pour réaliser l’unité allemande autour de Berlin. Les 265.000 soldats français seront vite écrasés par les 500.000 prussiens qui vont se livrer à de véritables crimes de guerre. L’Empereur, prisonnier à Sedan, capitule sans condition le 2 septembre. Deux jours plus tard, les Parisiens entrent dans l’Hôtel de Ville et y proclament la IIIe République. Le 19, les Prussiens encerclent la capitale. Léon Gambetta s’échappe en ballon et tente d’organiser depuis Tours la résistance républicaine à l’occupation étrangère.

C’est là que la Commune de Paris va prendre toute sa spécificité, liant libération nationale et sociale : contre l’occupant, mais aussi contre les conservateurs héritiers d’un empire disparu, regroupés à Versailles autour d’Adolphe Thiers. Paris dispose de près de 500.000 défenseurs. De quoi refroidir les stratèges prussiens qui préfèrent alors mettre le siège et assister à leur grand étonnement, mais aussi à leur grand plaisir, à une terrible guerre civile franco-française. En clair, Bismarck laisse le « sale boulot » à Thiers. D’autant que parmi les 500.000 défenseurs, il y a 340.000 Gardes nationaux qui sont en relation étroite avec les sections de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs, ou Première Internationale, fondée en 1864 par Marx et Bakounine). Le 28 janvier 1871, l’armistice est signé. Thiers fraîchement élu à la tête de la jeune République cède l’Alsace-Moselle, retire les troupes régulières de Paris et supprime la solde des Gardes nationaux. Ces derniers avaient mis à l’abri l’artillerie de défense de la capitale sur le plateau de Montmartre, à l’endroit même où la réaction cléricalo-versaillaise fera construire avec l’argent et le sang des Parisiens le Sacré Cœur. C’est en voulant reprendre ces canons le 18 mars que Thiers va mettre de feu aux poudres.

L’épopée de la Commune

Non seulement les canons resteront parisiens, mais les deux généraux apprentis voleurs sont fusillés sur place. Le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de Ville et les élections au Conseil général de la Commune se déroulent le 26 mars. Sur les 65 élus, il y a 25 ouvriers, une première dans l’histoire politique de la France contemporaine. On retrouve des républicains, des radicaux, des socialistes, des blanquistes et des anarchistes. La Commune se proclame alors gouvernement de la France et prend contact avec la dizaine de Communes de province (1). Mais les Communards ne sont guère plus de 60.000 (80% d’ouvriers) dont seulement 30.000 en armes, contre les 130.000 versaillais qui ont remplacé les terribles uhlans aux portes de Paris.

Alors que les combats font rage en avril-mai, la Commune prend nombre de décisions. Elle remplace le drapeau tricolore par le drapeau rouge. Plus concrètement : gel des dettes et des loyers, interdiction de l’usure et des retenues sur salaire, suppression du travail de nuit, mise en place de coopératives ouvrières pour remettre en marche les usines abandonnées par les patrons, école primaire et secondaire gratuite, ainsi que l’université et les musées et participation des femmes dans tous les organismes de direction de la Commune. Sans oublier la destruction de la colonne Vendôme et de la guillotine.

Pour les conservateurs (royalistes, bonapartistes, républicains) et même pour les libéraux, il ne s’agit plus de combattre la Commune, mais de l’exterminer ! Le 21 mai, par la porte de Saint Cloud, « les loups sont entrés dans Paris » (charmante Elvire...). C’est le début de la « semaine sanglante » avec ses derniers combats à Belleville et dans le cimetière du Père Lachaise (d’où le mur des Fédérés). La répression est à la hauteur des peurs de la bourgeoisie. 20.000 Communards trouvent la mort (sur les barricades, dans les bombardements, fusillés). 38.000 sont arrêtés dans les semaines suivantes. 400 sont déportés aux bagnes (Algérie, Calédonie). Paris vivra sous état de siège jusqu’en 1878 et sera privé de maire de la ville jusqu’en 1977, un siècle ! Enfin, la sociologie urbaine de la ville sera définitivement changée. Paris la rouge du temps des cerises cessera définitivement d’exister.

(1) Lyon, Marseille, Saint Étienne, Le Creuzot, Grenoble, Limoges, Toulouse, Nîmes, Narbonne, Perpignan, Périgueux, Bordeaux. Isolées, elles seront écrasées au bout de quelques jours par l’armée impériale passée fidèlement à Thiers.

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